Santé numérique : Ahmed Benana détaille la vision de la Fondation Mohammed VI pour l’hôpital du futur
Dans le cadre de notre émission spéciale GITEX Africa 2025 consacrée à la santé numérique, Médias24 a reçu le professeur Ahmed Benana, directeur général du site de Rabat de la...
Dans le cadre de notre émission spéciale GITEX Africa 2025 consacrée à la santé numérique, Médias24 a reçu le professeur Ahmed Benana, directeur général du site de Rabat de la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé, également directeur général de l’Hôpital universitaire international Mohammed VI de Rabat.
Au cours de son intervention, le Pr Benana est revenu sur les ambitions, les choix technologiques, les défis anticipés et les implications organisationnelles du projet hospitalo-universitaire porté par la Fondation, en particulier le futur CHU Mohammed VI de Rabat, dont l’ouverture est prévue pour le dernier trimestre 2025. Plus largement, il a livré la vision stratégique de la Fondation en matière de transformation du paysage sanitaire marocain et africain, en misant sur l’innovation, la formation et l’accès équitable aux soins.
Un hôpital intelligent, agile et tourné vers l’avenir
Le CHU Mohammed VI de Rabat, dont l’ouverture est prévue pour fin 2025, se veut l’incarnation concrète de cette ambition. Un établissement hospitalier intelligent, « mais surtout agile », précise le Pr Ahmed Benana.
« Ce n’est pas seulement un hôpital connecté ou équipé de robots. C’est un hôpital qui pense le futur. La technologie évolue très vite, ce qui est innovant aujourd’hui peut devenir obsolète demain. Nous avons donc conçu une structure capable de s’adapter en permanence, avec une organisation et une gouvernance qui intègrent cette dynamique », insiste-t-il.
Ce projet hospitalier prévoit environ 600 lits extensibles, des plateaux techniques de dernière génération, et une capacité d’adaptation pensée dès la conception. Pour le Pr Benana, l’ »intelligence » d’un hôpital ne se résume pas à ses équipements, mais à la façon dont il articule la technologie, l’organisation des soins et les compétences humaines.
Anticiper les mutations plutôt que les subir
Cette logique d’agilité guide également le fonctionnement de l’écosystème hospitalier mis en place par la Fondation. Un écosystème en constante expansion, qui s’appuie sur plusieurs établissements – à Rabat, Casablanca, et bientôt dans d’autres régions – chacun disposant d’une direction générale autonome. « Nous avons choisi une structuration par site. Chaque établissement a sa direction, adaptée à ses spécificités, tout en partageant la même vision stratégique. C’est une organisation agile, pensée pour accompagner la croissance et les mutations futures », souligne le Pr Benana.
L’un des défis majeurs anticipés concerne les ressources humaines, enjeu crucial pour tous les systèmes de santé. Pour le CHU de Rabat comme pour les autres établissements, la Fondation mise sur une stratégie de formation intégrée, à travers son écosystème universitaire. « Nous formons dans tous les domaines de la santé : médecine, pharmacie, soins infirmiers, ingénierie biomédicale. Nos étudiants sont immergés dans l’univers hospitalier dès leur première année. Ils apprennent dans l’environnement dans lequel ils travailleront », explique notre interlocuteur.
Une innovation technologique au service de la pédagogie et des soins
Cette immersion précoce permet de familiariser les étudiants avec les technologies les plus avancées. Le CHU Mohammed VI de Rabat prévoit ainsi des blocs opératoires robotisés, une logistique hospitalière automatisée, ainsi que des plateformes de simulation médicale de pointe.
« La formation se fera dans un hôpital entièrement équipé, opérationnel, où l’on pratique la médecine de précision, la robotique chirurgicale, les diagnostics assistés par intelligence artificielle. L’idée est de préparer des professionnels parfaitement opérationnels, conscients des enjeux technologiques mais aussi éthiques de la médecine moderne », souligne le Pr Benana.
La recherche et l’innovation sont intégrées à tous les niveaux. La Fondation développe des programmes de collaboration avec des industriels, des laboratoires et des universités partenaires, aussi bien au Maroc qu’à l’international. L’objectif est d’inscrire la production de savoir médical et l’innovation technologique dans une dynamique continue.
Une vision panafricaine de la santé
Mais la vision portée par la Fondation Mohammed VI ne s’arrête pas aux murs de ses établissements. Elle s’inscrit dans une dimension régionale et continentale, tournée vers l’Afrique. L’objectif est clair : contribuer à la construction d’un modèle africain de santé, à la fois innovant et inclusif.
« L’accès aux soins reste un enjeu central pour de nombreux pays du continent. À travers la Fondation, nous voulons apporter des réponses concrètes : en formant des professionnels de santé, en partageant notre savoir-faire, en créant des passerelles académiques et hospitalières », affirme le Pr Benana.
Cette ambition panafricaine se traduit déjà par des actions concrètes à travers l’Académie africaine des sciences de la santé, mais aussi par le développement de futurs sites hospitaliers dans les régions sud du Royaume. « Dakhla est au cœur de notre stratégie. Ce site hospitalier sera une véritable plateforme africaine, un point d’ancrage pour la coopération médicale Sud-Sud ».
Le Pr Benana rappelle qu’il ne s’agit pas simplement de bâtir des hôpitaux high-tech, mais de repenser la médecine, l’organisation des soins, la place du patient et le rôle des soignants dans un monde en mutation.
« Nous sommes dans un moment où la technologie bouleverse tout, mais elle ne remplace pas l’humain. L’hôpital de demain doit être intelligent, oui, mais aussi humain, accessible, ouvert sur son territoire. C’est cela que nous construisons », conclut-il.