Après avoir profondément transformé le secteur de la santé, de la recherche biomédicale et du diagnostic assisté, l’intelligence artificielle étend aujourd’hui son influence à d’autres points stratégiques de l’économie.
Dans l’industrie, elle devient désormais un levier d’optimisation, d’agilité et de durabilité, puisqu’elle redéfinit la façon dont les usines s’organisent, produisent et collaborent.
À l’heure de l’industrie 4.0, l’IA s’impose donc aujourd’hui comme un outil-clé de compétitivité.
En marge du Gitex, Médias24 a échangé avec Diaretou Madina Gaye Dieng, présidente Afrique francophone & Iles, Schneider Electric et Aveva.
M24LiveStudio. On parle d’industrie 4.0, où en est la transition vers cette industrie en Afrique francophone ? Quels freins et quelles dynamiques observez-vous ?
Diaretou Madina Gaye Dieng. Pour nous, cette transition est à un stade relativement avancé, je dirais. Avancé, parce qu’il y a beaucoup d’opportunités et parce que nous avons la conviction que, de plus en plus, les entreprises ont conscience de ce que l’industrie 4.0 peut leur apporter.
Nous ne voyons pas de freins, nous voyons plutôt une multitude d’opportunités. La première opportunité que nous voyons, c’est la maturité de la technologie, en particulier l’intelligence artificielle. Probablement qu’on va y revenir dans notre discussion.
La deuxième opportunité que nous avons, c’est la disponibilité des talents. Nous avons une jeunesse au Maroc et dans toute l’Afrique francophone, qui a envie de se lancer dans ces technologies-là et qui peut donc apporter quelque chose dans le domaine de l’industrie 4.0.
-Comment accompagnez-vous les industriels dans l’optimisation de leur opération à grande échelle ?
– Le parti pris de Schneider sur ce sujet-là, c’est de le faire à travers le software ou, disons, la digitalisation. Aujourd’hui, cette digitalisation s’est enrichie par l’intelligence artificielle. J’illustrerai de manière très précise ce que je veux dire par là. Prenons l’exemple d’une industrie dans l’agroalimentaire. Pour que cette industrie fonctionne bien et de manière efficace, elle a besoin d’énergie. Elle a également besoin d’un processus qui soit optimisé.
Notre manière de contribuer à cela, c’est d’abord de mettre à la disposition de nos clients les solutions d’électrification. Le deuxième niveau que nous apportons est lié à l’automatisme, tout ce qui permet de mécaniser ou d’automatiser le fonctionnement de l’industrie. La troisième couche, c’est la digitalisation. Cette dernière apporte d’abord de la visibilité parce qu’aujourd’hui, tous les équipements sont connectés, donc ils produisent de la donnée.
Avec les logiciels et l’intelligence artificielle, cette donnée peut être exploitée et fournir des indicateurs grâce auxquels le patron de l’entreprise ou le technicien qui conduit la chaîne de production peut décider. L’intelligence artificielle apporte, elle, la capacité de prédire.
Au-delà d’avoir juste des informations statiques qui permettent de prendre des décisions grâce à l’intelligence artificielle, les logiciels que nous apportons et que nous mettons à la disposition des industriels leur permettent de prévoir les éventuelles pannes, les éventuels pics de production et donc de prendre les décisions judicieuses.
Pour un industriel, cela se résume à améliorer sa production et par ricochet, améliorer ses revenus, ses coûts et ses marges. Donc, vraiment, nous essayons d’agir grâce à la technologie sur le volet augmentation des revenus, mais également sur le volet optimisation des coûts.
– Alors, la collaboration au sein de l’écosystème industriel est un enjeu clé. Comment la facilitez-vous concrètement?
– En effet, cet aspect collaboration est très important. Schneider est une multinationale présente dans une centaine de pays avec un hub au niveau du Maroc pour l’Afrique francophone. Le marché marocain est très dynamique, très ouvert. Mais, nous y sommes aussi parce que le Maroc a une stratégie de co-développement vers les autres pays africains.
Dans le cadre de cette approche, nous développons des partenariats locaux. Nous avons deux types de partenaires : ceux qui créent des usines d’assemblage de matériel électrique et ceux qui opèrent dans le domaine du logiciel.
Le Maroc a une population très jeune, très connectée, très dynamique, très digitale. Nous nous appuyons sur ces partenaires pour développer la compétence, transférer cette compétence et que ce soient des sociétés marocaines basées au Maroc qui fassent tous les déploiements logiciels dont les clients finaux, en particulier les industriels, ont besoin.
– Quels sont actuellement les usages de l’IA les plus avancés dans l’industrie ?
– Une des solutions prioritaires que nous mettons en avant pendant ce Gitex, c’est notre solution Aveva. À travers cette solution, nous créons un jumeau numérique du processus industriel.
Aujourd’hui, vous avez une chaîne de production, elle est physique. Vous pouvez la voir, vous pouvez la toucher, vous pouvez la visiter. Avec la solution que nous apportons, nous créons cette même chaîne de production, mais de manière numérique. Ce qui apporte énormément d’avantages.
Le premier, c’est qu’on monitore et on pilote en temps réel ce qui se passe dans la réalité. Le deuxième, c’est que grâce à l’intelligence artificielle, on peut prévoir ce qui va se passer, parce que nous disposons de beaucoup de données. Ces informations nous permettent de dire : « Attention, une panne va intervenir sur cette chaîne de production si on n’agit pas », et donc on prend les actions, on évite la panne. En évitant la panne, on ne ralentit pas le processus de production.
– En quoi votre approche de l’IA améliore-t-elle la performance opérationnelle ? Avez-vous des exemples, peut-être, chiffrés à nous donner ?
– Je ne pourrais pas forcément citer de clients, mais la promesse que nous faisons, c’est que grâce à l’intelligence artificielle, nous pouvons les aider à optimiser un certain nombre de paramètres dans leur production.
Le premier, c’est d’abord la consommation énergétique. Et vous savez que, dans un processus industriel, la consommation énergétique est un élément très important dans les coûts, dans les intrants de production. Ainsi, nous les aidons à optimiser la consommation d’électricité.
Le deuxième aspect, c’est qu’en évitant les pannes, en évitant les ruptures de production, nous leur permettons d’augmenter leur productivité et donc de pouvoir facturer. Ce sont sur ces deux aspects-là que nous agissons.
Et bien entendu, les entreprises en général sont très sensibles aux revenus, mais également aux charges.