PUBLICITE
Brand 17 Avr 2025 Par Angeline Pia 8 min de lecture

Réseaux, services, langues locales : Orange mise sur une IA appliquée aux réalités africaines

Médias24 : L’Afrique semble être un terrain d'expérimentation en matière d'IA. Cependant, l'enjeu aujourd'hui est de passer à l'échelle, d'innover localement, de créer de la valeur durable. En tant que...

Médias24 : L’Afrique semble être un terrain d’expérimentation en matière d’IA. Cependant, l’enjeu aujourd’hui est de passer à l’échelle, d’innover localement, de créer de la valeur durable. En tant que dirigeant d’un groupe actif sur tout le continent, comment voyez-vous cette transition ?

Brelotte Ba : C’est une excellente transition, puisqu’il y a quelques années, il y avait très peu de débats sur l’IA en Afrique. Même quand on en parlait, c’était surtout pour utiliser ou consommer certaines technologies. Aujourd’hui, on se rend bien compte que l’IA va profondément transformer le continent, les métiers, les chaînes de valeur et toutes les entreprises.

Partant de là, il faut forcément avoir une approche locale pour voir quels sont les besoins du continent et comment on arrive à utiliser ces technologies pour y répondre.

L’heureuse nouvelle, c’est que cette dynamique est enclenchée partout. On est présent, comme vous l’avez indiqué, dans dix-huit pays, en Afrique et au Moyen-Orient, et on voit des start-up émerger, on voit des besoins clients satisfaits, et c’est extrêmement positif pour la suite.

Nous avons plusieurs incidents qui ne génèrent aucune action humaine, c’est-à-dire que, de l’analyse à la résolution de l’incident, tout est automatisé

  • Entre l’expérimentation et l’innovation locale, il y a un saut à franchir. Qu’est-ce qui bloque, selon vous ? Est-ce les données, les talents ou les infrastructures ?

– C’est peut-être tout à la fois, mais plus important encore, c’est d’avoir une approche locale. Pour innover localement, il faut répondre aux besoins des clients. En Afrique, il y a beaucoup de challenges, que ce soit dans la relation client, dans la logistique, dans la façon d’opérer les réseaux, dans l’énergie,… Les besoins sont très divers. Ce qui est important, c’est d’abord de voir à quels besoins on répond, puis d’avoir une approche globale sur les infrastructures, sur les talents, sur la donnée, pour y répondre.

Je prendrai juste un exemple. L’automatisation des réseaux pour répondre aux enjeux de croissance et de qualité de service, c’est quelque chose de très important. Nous avons des équipes sur le continent, notamment au Sénégal et en Côte d’Ivoire, qui collaborent avec des partenaires pour analyser l’ensemble des causes d’incidents, ce qui implique l’utilisation de données. Nous avons également sur le continent les infrastructures, donc cela signifie qu’on répond à ce besoin-là. On forme les personnes pour pouvoir automatiser le réseau et la gestion du réseau.

Aujourd’hui, nous avons plusieurs incidents qui ne génèrent aucune action humaine, c’est-à-dire que, de l’analyse à la résolution de l’incident, tout est automatisé.

  • Peut-on innover en IA sans une maîtrise locale des infrastructures cloud ?

– Déjà, se pose la question de la disponibilité des infrastructures cloud. On n’a pas de data centers partout. Heureusement, Orange a non seulement des infrastructures pour ses propres besoins, mais nous avons aussi des partenariats.

L’année dernière, nous avons lancé ici même, au Gitex, le partenariat avec AWS pour avoir des clouds publics, notamment au Maroc et au Sénégal. On considère que nous devons fournir ces infrastructures et permettre justement à l’écosystème local de les utiliser avec notre accompagnement pour résoudre leurs problèmes, qu’il s’agisse d’opérer un business à Douala ou à Dakar, ou encore quand on est une start-up ici au Maroc qui veut déployer des solutions sur l’IA et établies sur les infrastructures de cloud privé ou de cloud public.

Donc, en tant qu’acteurs, nous devons être des facilitateurs et, ensuite, il revient à chaque start-up d’avoir concrètement des applications qui sont pertinentes pour les clients.

  • Quels sont aujourd’hui les usages concrets de l’IA que vous développez ou testez en Afrique ? 

– Nous avons une approche qui se veut résolument inclusive. Quand on regarde le champ des possibles dans le domaine de l’IA, il est vraiment très large. Cela va de la partie client à l’automatisation, en passant par l’amélioration des process ou encore de l’agent augmenté, c’est-à-dire apporter aux équipes une multitude d’outils pour leur permettre d’être plus efficaces.

Mais nous voulons aussi que cette IA soit inclusive, que ces technologies ne soient pas réservées à ceux qui finalement sont les mieux éduqués, ont le plus d’opportunités

Vous prenez l’exemple de l’utilisation de nos services mobiles ou Internet. Il y a beaucoup de clients qui ne sont pas lettrés en français, et donc pour qui, peut-être, utiliser une application mobile peut être très compliqué.

Ainsi, nous travaillons avec des partenaires pour pouvoir vocaliser un certain nombre de parcours. Imaginez si, demain, dans votre application Max It ici au Maroc, au lieu d’aller dans l’application, il suffit juste de dire en darija : « Je veux souscrire à un forfait mobile », et automatiquement, l’opération est réalisée. Et on lui répond en darija : « Vous avez souscrit à votre forfait ». Ça permet d’inclure vraiment beaucoup de clients.

Donc, voilà ce que nous apportons de différent en Afrique : en même temps adopter ces technologies et leur permettre de les adapter et de répondre à des besoins très spécifiques. Je terminerai par citer trois exemples concrets de notre utilisation.

Je vous ai parlé de l’automatisation, de la gestion de nos réseaux. Il y a également le personnel. Nous avons développé des outils en interne pour permettre à toutes les lignes de métier d’utiliser au quotidien les solutions de LLM pour chacun dans son domaine, que l’on soit responsable de marketing ou de communication ou encore agent du service client.

Nous avons aussi un certain nombre de bots, ce qu’on appelle les chatbots, y compris dans les langues locales pour interagir avec les clients.

Et nous travaillons aussi beaucoup sur la personnalisation. Vous savez, aujourd’hui, les clients veulent des offres de plus en plus personnalisées. Donc, grâce à la donnée, grâce aux usages de clients, nous arrivons à leur faire des offres vraiment personnalisées.

L’IA pour nous, c’est la relation client, c’est l’automatisation de nos process, mais c’est aussi l’accompagnement de nos salariés pour être plus efficaces.

  • Orange ambitionne-t-il de faire émerger des solutions d’IA africaines conçues en Afrique pour des besoins africains ?

– Nous avons un partenariat avec OpenAI et Meta pour adapter les solutions d’IA génératives aux langues locales. Nous avons commencé par le wolof. Nous avons directement les interactions en wolof qui permettent de générer un certain nombre d’analytics sur les raisons d’appel, sur la satisfaction des clients, etc.

À terme, l’idée c’est d’avoir, dans les pays où nous opérons, ces IAs génératives adaptées dans les langues locales. Et c’est vraiment quelque chose d’extrêmement spécifique. Et ce sera également en open source. Cela signifie que toutes les communautés de start-up et d’associations pourront également les utiliser pour résoudre les problèmes du continent.

De ce fait, nous générons des IAs génératives conçues en Afrique pour régler les besoins africains. Et la bonne nouvelle, c’est que ce sont des modèles qui sont « scablable », donc qui peuvent être portés à l’échelle.

  • Vous parlez souvent de co-innovation avec les start-up. L’IA est-elle déjà une réalité pour ces jeunes pousses africaines ? Avez-vous des exemples concrets à partager avec nous ?

– Vous savez qu’Orange est moteur dans l’accompagnement des start-up en Afrique. Depuis plusieurs années, nous avons le prix Orange de l’entrepreneur social. Nous avons les Orange Summer Challenge où, tous les étés, nous accompagnons des start-up à se professionnaliser avec certains de nos partenaires. Et nous voyons au quotidien se développer des start-up dans beaucoup de domaines, dans le domaine du cloud et récemment, dans le domaine de l’IA.

Que l’on soit à Tunis ou à Dakar, il y a beaucoup de start-up qui développent des solutions concrètes dans le domaine de l’IA. Et nous les faisons aussi accompagner par nos partenaires (AWS, Ernst & Young, Nokia) pour leur donner vraiment les dernières technologies. Nous voyons évidemment émerger des start-up, certaines que nous accompagnons.

Et c’est finalement notre rôle, celui d’agir pour qu’il y ait en Afrique un écosystème très dense qui se crée avec l’accompagnement que nous apportons, qu’il s’agisse d’infrastructures, qu’il s’agisse aussi de notre savoir-faire ou de ceux de nos partenaires.

  • L’innovation passe par des compétences. Est-ce que les filières tech et IA en Afrique sont prêtes ?

– Dans nos Orange Digital Center, nous formons gratuitement des milliers d’Africains. Jusqu’à présent, nous avons formé plus d’un million d’Africains sur les métiers du numérique, qu’il s’agisse du codage, de la cybersécurité ou de l’IA, avec nos partenaires.

Le défi des compétence est très important et, aujourd’hui, il est mondial. Sans compétences, on ne peut pas adresser les enjeux du numérique. C’est une chose d’avoir quelques personnes formées, et une autre de le faire à grande échelle. Notre promesse, c’est vraiment de le faire à grande échelle pour permettre aux start-up d’avoir les compétences locales. Cela devrait aussi donner la possibilité aux personnes qui sont vraiment formées de développer elles-mêmes de nouvelles entreprises dans le domaine de l’IA.

  • Et d’ici cinq ans, à quoi ressemblerait selon vous un succès africain en matière d’IA ? Une start-up, une plateforme, un service public… ?

– Ce sont des infrastructures disponibles. Cela voudrait dire que personne ne se posera la question de savoir sur quelles infrastructures une IA pourrait être déployée, car ces infrastructures seraient disponibles.

Un succès africain en matière d’IA consiste en des besoins concrets du quotidien qui sont réglés dans divers domaines. Il y a vraiment beaucoup de start-up dans le domaine de l’agriculture qui utilisent les technologies d’IA, par exemple, pour s’assurer que les plantes ne sont pas agressées par des animaux ou pour prévenir les maladies de certaines plantes.

Quand on regarde les enjeux du continent, qu’il s’agisse de l’urbanisation, du développement de l’agriculture, de la santé, de l’éducation, une IA réussie en Afrique, c’est une IA qui permettra à l’Afrique d’avoir un saut qualitatif très important dans ces domaines-là pour, finalement, accompagner le développement du continent.

A lire aussi