Avec la publication des premiers résultats du Moroccan Genome Project (MGP) dans la revue Communications Biology, le Maroc se dote pour la première fois d’un outil fondamental : un génome de référence propre à sa population, baptisé MMARG.
Ce travail inédit, piloté par des chercheurs du Centre Mohammed VI de la recherche et de l’innovation (CM6RI), a été dirigé par le professeur Elmostafa El Fahime, directeur scientifique du centre et auteur correspondant de l’étude. Dans un entretien accordé à Médias24, le Pr El Fahime revient sur les retombées médicales et scientifiques attendues, l’importance stratégique du MMARG dans les parcours de soins ainsi que les perspectives d’avenir du Moroccan Genome Project (MGP).
Un levier immédiat pour la médecine génomique
« Cette étude nous permet de disposer d’une cartographie précise des variations génétiques spécifiques à la population marocaine », explique le professeur El Fahime. Les premières retombées sont d’abord médicales. En identifiant des variants génétiques potentiellement liés à des maladies rares ou héréditaires propres à notre région, les chercheurs pourront affiner les diagnostics. Il précise également que « le projet va contribuer à renforcer les compétences marocaines en matière de séquençage et de traitement des données génomiques« , créant ainsi une dynamique nationale en bio-informatique et en recherche translationnelle.
Mais les effets ne s’arrêtent pas au court terme. À moyen terme, selon notre interlocuteur, « le MMARG nous permettra d’optimiser les outils de diagnostic génétique et d’améliorer l’interprétation des variants observés chez les patients marocains ». Cette meilleure connaissance du profil génétique local favorisera la mise en place de programmes de dépistage ciblés, tout en ouvrant la voie à des traitements individualisés, conformément aux principes de la médecine de précision. « C’est une nouvelle ère pour la santé publique au Maroc », souligne-t-il.
Un socle pour les protocoles de diagnostic et de traitement
Interrogé sur la place du MMARG dans les futurs protocoles médicaux, le Pr El Fahime insiste sur son rôle fondamental. « Le génome de référence marocain constitue une base de comparaison fiable pour détecter les mutations pathogènes ou bénignes dans un contexte local », affirme-t-il. Là où les bases de données internationales comme GRCh38 montrent leurs limites, le MMARG apporte une réponse adaptée aux réalités génétiques du Royaume.
Son intégration dans les parcours de soins est également un objectif clé du projet. « Nous envisageons son utilisation dans le diagnostic de maladies complexes comme les cancers, les maladies cardiovasculaires ou les troubles métaboliques« , indique l’auteur correspondant de l’étude. Le MMARG doit aussi contribuer à l’élaboration de guides de bonnes pratiques en génomique médicale, en harmonie avec les standards internationaux, mais adaptés aux spécificités ethniques et régionales du Maroc.
Un projet de génomique à l’échelle nationale
L’étude publiée n’est qu’un prélude à un projet de plus grande envergure qu’est le Moroccan Genome Project (MGP). Celui-ci ambitionne de séquencer 1.000 génomes représentatifs des diverses régions et composantes ethnoculturelles du pays. « Cette première phase représente la fondation d’un édifice plus vaste », insiste Elmostafa El Fahime.
Il annonce que le projet prévoit l’élargissement progressif de la cohorte, avec un souci accru de représentativité géographique, ethnique et pathologique. Une biobanque nationale est également en cours de constitution, intégrant ADN, données cliniques et phénotypiques.
Par ailleurs, le MGP devrait s’inscrire dans des dynamiques régionales plus larges. « Nous visons une participation active à des réseaux panafricains et euro-méditerranéens, afin de renforcer la visibilité scientifique du Maroc et son impact en matière de santé publique », affirme-t-il.
Enfin, le Pr El Fahime évoque les enjeux de gouvernance liés à ces données sensibles : « Il est essentiel d’accompagner cette initiative par des politiques nationales sur la protection des données génétiques, la formation des professionnels à la médecine génomique et la mise en place d’un cadre éthique adapté« . Pour lui, ce projet illustre une ambition claire : faire du Maroc un acteur majeur de la médecine génomique en Afrique.
Médecine de précision : le Maroc dévoile son projet de génome de référence