Dans le cadre de notre émission spéciale sur la cybersécurité au M24 live Studio, nous avons accueilli Éric Besson, ancien ministre français du Numérique et président de SICPA Maroc.
SICPA est une entreprise technologique suisse de premier plan, spécialisée dans des solutions de souveraineté telles que le marquage fiscal, la certification d’identité et la protection des marques.
Elle est notamment reconnue pour être le leader mondial dans la fourniture d’encres et de solutions de sécurité pour les billets de banque et les passeports à travers le monde. Éric Besson a partagé avec nous son regard sur les défis actuels de la cybersécurité, les enjeux de souveraineté numérique, et nous a dévoilé en exclusivité les innovations présentées par SICPA cette année.
Médias24 : En tant qu’ancien ministre du Numérique et aujourd’hui président de SICPA Maroc, comment percevez-vous les défis actuels en matière de cybersécurité pour les États, surtout dans un contexte de transformation numérique accélérée et, si je puis dire, augmentée par l’intelligence artificielle ?
Éric Besson : Vous avez raison, il s’agit d’un défi gigantesque, majeur. Aujourd’hui, si vous parlez avec des experts en défense ou en géopolitique, ils évoquent ce qu’on appelle la « guerre hybride ». En effet, il est désormais possible d’attaquer un État ou une institution sans recourir à des attaques physiques, en frappant ses infrastructures critiques via des attaques virtuelles. Cela s’est récemment produit au Maroc, où une grande institution a été visée par une cyberattaque.
Ces incidents, bien qu’ayant des conséquences économiques et sociales considérables, ont au moins le mérite de rappeler à tous – citoyens, entreprises et gouvernements – l’importance d’investir dans la cybersécurité. Nous devons protéger les données, qu’elles soient personnelles ou administratives, de manière vitale.
- Quel regard portez-vous sur le positionnement technologique du Maroc à l’échelle africaine ?
— Il suffit de regarder le succès du GITEX, ici à Marrakech, pour voir le dynamisme du Maroc dans le secteur technologique. Quand j’ai participé à GITEX à Dubaï il y a dix ans, je n’aurais jamais imaginé qu’un tel succès serait possible ici. Le Maroc a de nombreux atouts : une stabilité politique et juridique, des ressources humaines qualifiées et des infrastructures modernes. Le pays attire ainsi des entreprises du secteur technologique et s’affirme comme un acteur clé en Afrique du Nord et au-delà, notamment en Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient.
Quand j’ai participé à GITEX à Dubaï il y a dix ans, je n’aurais jamais imaginé qu’un tel succès serait possible ici
Quant aux points faibles, si je peux me permettre, le Maroc doit continuer à améliorer son système éducatif, notamment dans les domaines de l’informatique et des télécommunications, ainsi que les services de santé et d’éducation de base. Cela contribuera à renforcer l’attractivité du pays et à former les talents de demain.
- SICPA opère dans des secteurs sensibles. Comment appréhendez-vous les risques croissants liés à la sécurité des données ?
– Chez SICPA, notre mission est de sécuriser, authentifier, identifier et tracer. Nous proposons aux États une plateforme sécurisée pour interagir avec leurs administrés, afin de garantir la qualité des données et leur protection tout au long de leur utilisation dans la vie quotidienne. Nos solutions permettent de ne partager que les données strictement nécessaires, ce qui limite le risque d’abus.
Il est essentiel, surtout dans un monde interconnecté, que les gouvernements gardent un contrôle souverain sur leurs données, tout en garantissant leur sécurité face aux menaces externes.
- Vous présentez cette année des solutions innovantes au GITEX. Pouvez-vous nous en parler davantage ?
– Nous continuons à développer des solutions pour garantir la confiance dans les transactions et les données. Une des innovations majeures que nous présentons concerne la traçabilité des minerais, comme l’or. En Afrique, près d’une tonne d’or est détournée chaque jour, représentant une perte de 30 milliards de dollars par an. SICPA a mis en place un système qui permet de suivre l’or depuis son extraction jusqu’à sa transformation en lingots, grâce à un marquage physique et une plateforme de traçabilité.
En Afrique, près d’une tonne d’or est détournée chaque jour, représentant une perte de 30 milliards de dollars par an
Une autre solution porte sur l’identité digitale. Nous collaborons avec l’Union européenne sur un projet de portefeuille numérique qui permettra de centraliser des informations essentielles sur un appareil mobile, avec une sécurité renforcée.
- Cette solution de traçabilité des minerais semble particulièrement pertinente pour les pays riches en ressources. Pourquoi est-ce si important ?
– L’or, comme d’autres ressources précieuses, est souvent exposé à la fraude et à la contrefaçon.
Le système de traçabilité que nous avons développé vise à sécuriser toute la chaîne de valeur, de l’extraction à la transformation, afin d’empêcher les détournements massifs qui privent les pays africains de ressources vitales.
- Vous proposez également une solution de suivi intelligent du parcours passager, notamment en lien avec la Coupe du monde 2030. En quoi consiste cette technologie ?
— Cette solution permet de fluidifier le parcours des passagers dans les aéroports et de sécuriser l’identification des voyageurs. En parallèle, elle assure aux autorités une vérification efficace, contribuant à la sécurité nationale. Cela fait partie de notre approche visant à rendre l’expérience utilisateur plus simple et plus rapide tout en garantissant la sécurité.
- Quels usages concrets anticipez-vous pour cette technologie, et à quels acteurs s’adresse-t-elle ?
— Cette technologie s’adresse aux gouvernements, aux administrations publiques et aux entreprises privées, notamment dans les secteurs du transport et de l’hôtellerie. L’objectif est d’améliorer l’efficacité des processus d’enregistrement tout en réduisant le temps d’attente pour les passagers.
- Ces innovations sont-elles en phase de test ou déjà en déploiement ?
— Certaines de ces solutions, comme le suivi des passagers, ont déjà été testées avec succès en Espagne, notamment dans la région de Benidorm. Les résultats sont très prometteurs et démontrent la faisabilité de ces technologies à grande échelle, comme ce que l’Union européenne prévoit pour 2026.