À l’occasion du GITEX Africa 2025, nous avons reçu sur le plateau du M24 Live Studio, Majda Lahlou Kassi, présidente d’Ericsson Maroc et vice-présidente Afrique de l’Ouest et australe, pour faire le point sur l’état de préparation du pays, les cas d’usage concrets de la 5G et les leviers technologiques qui peuvent accélérer l’inclusion numérique et booster la compétitivité des TPE et start-up.

Médias24 : Vous êtes présents au Maroc depuis plus de quarante ans. Quel regard portez-vous sur la trajectoire de transformation numérique du pays en comparaison à d’autres régions du monde ?

Majda Lahlou Kassi : D’abord, il est essentiel de souligner la vision du Maroc de se positionner en tant que hub régional et de devenir une locomotive pour l’Afrique, notamment l’Afrique francophone, mais également pour l’ensemble du continent. Nous voyons aujourd’hui le Maroc établir des liens solides avec toute l’Afrique. Et, à travers ce positionnement, nous avons été présents depuis le début de cette transformation numérique.

Comme vous l’avez mentionné, cela fait plus de quatre décennies que nous accompagnons les acteurs marocains dans le développement des infrastructures mobiles et fixes, et, plus récemment, dans le déploiement du réseau 4G. Aujourd’hui, nous nous préparons activement à déployer la 5G.

Je pense qu’il est important de souligner que cette préparation se fait en plusieurs phases. Elle commence par la modernisation des réseaux, une initiative que nous avons lancée il y a plusieurs années. Nous constatons également des progrès significatifs dans les infrastructures filaires, notamment la fibre, qui est cruciale pour le lancement de la 5G. Et cela va bien au-delà, car la fibre permet également de gérer la grande quantité de données générées par les divers cas d’usage.

  • En parlant de la stratégie Maroc Digital 2030, cette stratégie vise à combler un retard technologique et à réaliser un saut significatif. Dispose-t-on des infrastructures nécessaires pour cette percée ?

— Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’évolution vers la 5G est un parcours, et non une destination. Ce parcours commence par la préparation de l’infrastructure. Au Maroc, l’infrastructure est solide. L’électrification des réseaux, par exemple, est un point clé, et heureusement, ce n’est plus un problème ici grâce aux énergies renouvelables déployées dans de nombreux sites.

La partie backbone est également bien développée, et la technologie faisceau hertzien soutient ce développement. Nous avons travaillé avec nos partenaires pour moderniser les réseaux, tant sur la partie cœur du réseau que sur la partie radio.

Depuis 2016, Ericsson fournit des radios capables de supporter la 5G. Nous sommes prêts pour le déploiement. Il ne reste plus qu’à commencer, et nous pensons que nous serons au rendez-vous. Le Maroc est en bonne voie pour lancer la 5G.

  • Comment Ericsson se prépare-t-elle à accompagner ce tournant ?

— Nous sommes pleinement mobilisés pour ce lancement. Cela a commencé il y a plusieurs années avec des workshops, des tests et des simulations. Nous avons également travaillé étroitement avec les opérateurs et les services publics pour définir les cas d’usage de la 5G. Cette génération de technologie ne se concentre pas uniquement sur le consommateur, mais offre également une plateforme d’innovation pour les industries et les PME.

Grâce à notre expérience, nous avons lancé plus de 160 réseaux 5G et, aujourd’hui, plus de 50% du trafic mondial de 5G (hors Chine) est géré par des réseaux Ericsson. Nous avons également une équipe d’ingénieurs marocains hautement qualifiés, capables d’accompagner le déploiement et le support après déploiement.

  • Le Maroc est-il prêt, d’un point de vue technique, à déployer rapidement la 5G ?

— Oui, absolument. Les réseaux actuels sont déjà équipés pour supporter la 5G. Depuis 2016, Ericsson livre des radios compatibles avec la 5G. Toutefois, ces radios dépendent des fréquences qui seront assignées. Dès que nous disposerons des fréquences définitives, il sera nécessaire d’ajouter certains équipements supplémentaires. Mais l’infrastructure de base est prête pour offrir une expérience 5G rapidement.

  • À quoi les utilisateurs marocains peuvent-ils s’attendre avec l’arrivée de la 5G ? Quels seront les premiers cas d’usage visibles ?

— La 5G apportera une meilleure expérience utilisateur grâce à un débit plus rapide, une plus grande capacité et un temps de latence réduit. Les premiers cas d’usage incluront le gaming, le streaming vidéo et les technologies immersives comme la réalité virtuelle (VR) et augmentée (AR). Les utilisateurs auront une expérience immersive plus fluide.

Nous avons réalisé une étude l’année dernière dans des pays où la 5G a déjà été déployée, et les utilisateurs ont exprimé une satisfaction générale bien plus grande que pour la 4G. 35% des utilisateurs de la 5G disent même qu’ils seraient prêts à payer pour une performance premium.

Un autre cas d’usage important est le Fixed Wireless Access, qui va permettre d’apporter une qualité de service équivalente à celle de la fibre, mais sans les coûts associés au déploiement de la fibre dans des zones reculées.

  • Lors du GITEX, Ericsson a mis en avant des technologies comme les réseaux programmables et les API de réseau. En quoi ces solutions peuvent-elles transformer l’écosystème numérique marocain ?

— Ces technologies ouvrent de nouvelles possibilités. La 5G permet déjà d’envisager une connectivité différenciée, avec une qualité de service adaptée à chaque cas d’usage. Par exemple, imaginez une file d’attente dans un aéroport où vous pourriez accéder à une « queue express » grâce à la connectivité différenciée.

Pour le Maroc, en particulier avec les grands événements sportifs à venir, la 5G permettra une expérience immersive dans les stades, que ce soit pour les spectateurs présents ou à distance, avec des interactions en temps réel.

Les API de réseau, quant à elles, permettront de donner aux développeurs et aux entreprises marocaines un accès direct aux capacités des réseaux pour créer de nouvelles solutions innovantes, une véritable opportunité pour les start-up locales.

  • L’intelligence artificielle et l’automatisation des réseaux sont-elles devenues des leviers d’efficience pour les opérateurs au Maroc et en Afrique de l’Ouest ?

— Oui, l’IA est déjà utilisée depuis plus de deux décennies dans les réseaux télécoms. Aujourd’hui, l’IA permet d’améliorer la productivité et la gestion des réseaux de manière significative. Elle est un levier pour la création de réseaux autonomes, et nous sommes sur le chemin de la révolution dans la gestion des réseaux. Ces technologies sont mises à disposition de nos clients pour accroître leur efficacité et leur capacité à répondre aux besoins des consommateurs.

  • Vous avez récemment annoncé un partenariat avec le ministère de l’Inclusion économique. Quels en sont les axes concrets ?

— Nous sommes ravis d’avoir signé ce partenariat qui vise à accompagner les petites entreprises et les start-up au Maroc, en leur offrant des formations sur des technologies clés telles que l’IA, le cloud et la 5G. Ce partenariat inclut également un programme de mentoring et de coaching.

  • Quelles solutions ou services Ericsson mettra-t-il à disposition pour accompagner les TPE et start-up marocaines ?

– Nous mettons à disposition notre programme Ericsson Educate, une plateforme digitale avec des formations interactives en ligne. Nous avons également des ingénieurs marocains prêts à accompagner ces entreprises et à partager leur expertise.

  • Quels sont les grands chantiers prioritaires d’Ericsson au Maroc ?

– Notre priorité est bien sûr le lancement de la 5G, en accompagnant nos partenaires locaux, notamment les opérateurs télécoms. Nous souhaitons aussi explorer de nouveaux secteurs, comme l’industrie minière, la santé et la formation, pour explorer ensemble les multiples cas d’usage de la 5G.