A l’instar du secrétaire général du PPS, Nabil Benabdallah qui s’est récemment montré très critique sur le bilan gouvernemental, Mohamed Ouzzine plaide pour la « nécessité d’un changement de majorité au prochain scrutin législatif de 2026 ». « Optimiste » sur les chances du 2ème parti d’opposition de le remporter et de diriger le futur nouveau gouvernement, le leader haraki met en avant le positionnement de son parti avant de souligner les préoccupations majeures de la population.
Tout en reprochant à la coalition actuelle son « absence de vision stratégique, sa mauvaise gestion de l’inflation (prix de la viande…) et son manque d’initiatives pour promouvoir l’emploi », le leader du Mouvement populaire estime que son parti a tous les atouts pour être, le moment venu, une force d’opposition constructive qui proposera des alternatives pour répondre aux défis actuels du Maroc.
– Médias24 : un an après notre précédent entretien, qu’est-ce qui a évolué au MP ?
– Mohamed Ouzzine : au regard de la dynamique qui anime notre parti via sa présence continue sur la scène, que ce soit à travers les médias ou au niveau organisationnel à travers la création de plusieurs alliances professionnelles, en plus de la performance notable qui n’a pas fléchi au niveau législatif de par notre position au sein de l’opposition institutionnelle, croyez-moi, je sens à peine le temps passer.
– A l’approche des élections législatives de 2026, où se situe votre parti au sein de l’opposition ?
– À l’aise dans notre position au sein de l’opposition, nous sommes tout autant satisfaits de notre rôle qui consiste à contrôler l’action gouvernementale que de notre force de proposition à travers le nombre et la qualité des propositions de lois que nous avons initiées.
Je crois que cette présence a accordé à notre parti davantage de rayonnement dans les différentes sphères, grâce au sérieux dont il a fait preuve et à l’adoption d’un discours franc établi sur le langage des chiffres et le diagnostic objectif de la situation.
En réponse à votre question directe, je laisserai seuls juges vos lecteurs et les observateurs.
– Qu’est-ce qui vous distingue des 3 autres partis de l’opposition, à savoir le PPS, l’USFP et le PJD ?
– Je n’ai pas tendance à comparer les partis, par respect mutuel et par appréciation des choix et des positions de chaque parti. Quant aux partis que vous avez mentionnés et qui se positionnent dans l’opposition, je crois que notre présence dans ce camp a été imposée par les résultats des élections du 8 septembre 2021.
Nous nous sommes donc retrouvés face à une réalité qui exige la coordination au sein du Parlement autour de certaines questions, tout en respectant, bien entendu, la liberté de chaque parti d’exprimer ses propres positions sur d’autres questions, en raison de la différence des référentiels.
En termes d’union de l’opposition, l’option valable ne va pasau-delà de la coordination
– Pourquoi malgré plusieurs tentatives d’union, vous n’arrivez toujours pas à constituer un bloc homogène en face de celui de la majorité ?
– J’ai une réserve par rapport au terme « union », car l’expérience a démontré l’échec de toutes les tentatives d’union ou de fusion entre les partis politiques à l’image des expériences peu convaincantes du « Bloc Démocratique », de « L’Entente Nationale » et du « G8 ».
Par conséquent, l’option qui reste valable ne va pas au-delà du niveau de la coordination.
Quant à ce que vous avez décrit comme étant le pôle de la majorité, la réalité confirme l’absence d’harmonie entre ses composantes, comme en témoignent les échanges récents de « tirs amis » entre ses composantes et les déclarations contradictoires sur plusieurs questions et décisions.
– Avez-vous prévu un rapprochement voire des consignes de vote avec les autres partis de l’opposition ?
– Votre question nous incite à rappeler que le mode de scrutin ne permet pas de nouer des alliances préalables entre les partis partageant des orientations et des principes rapprochés.
De ce fait, j’exclus la possibilité d’un accord au sujet de l’opération de vote. En revanche, nous aspirons à la tenue d’élections saines exemptes du recours au pouvoir de l’argent, à l’autorité et à la rente pour acheter les voix.
La balle est par conséquent désormais dans le camp de la masse électorale, aussi bien de ceux qui avaient cru aux promesses chimériques que de ceux qui avaient boycotté le vote, facilitant ainsi la tâche des entremetteurs des élections.
Le programme électoral du MP s’intitulera l’alternative harakie
– Est-ce que votre programme électoral est déjà prêt ?
– Bien évidemment, nous disposons d’un programme qui est en cours d’actualisation sous la dénomination « L’alternative harakie ».
Actuellement, nous sommes d’ailleurs en train de l’enrichir en faisant appel à de larges consultations avec les citoyennes et les citoyens, en plus des contributions attendues de nos alliances professionnelles en fonction de leur spécialisation.
– Sur votre ligne politique, le Mouvement Populaire est souvent perçu comme un parti rural et communautaire, que répondez-vous à ceux qui disent qu’il n’a pas su se moderniser ?
– Bien qu’ayant toujours été contre les classifications arbitraires des partis et que notre formation soit issue des zones rurales et montagneuses, il n’en demeure pas moins que le Mouvement populaire est un parti national qui a toujours su imposer sa présence dans les villes et les grands centres urbains.
Notre parti en a d’ailleurs dirigé un grand nombre avant que l’hégémonisme et l’injection d’argent déferlent sur le champ électoral, exploitant l’indigence et l’ignorance de certains cercles populaires dans les ceintures de pauvreté.
Entre sa fondation et sa relance, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Ainsi, le parti a fait évoluer ses idées, fondées à l’origine sur les valeurs de liberté et d’ouverture qui sont des valeurs modernistes dans le langage de l’ère actuelle.
On peut donc dire que nous avons toujours été à l’avant-garde de la modernité par rapport à des questions sociétales telles que la question des femmes.
Les valeurs de Tamaghrabit
– Justement, quelles seront les valeurs que vous comptez défendre lors de la campagne électorale ?
– Au risque de me répéter, ce sont les valeurs de Tamaghrabit qui nous résument, à savoir celles relatives au patriotisme, à la citoyenneté, à la dignité pour tous et avec l’équité territoriale comme porte d’entrée vers la justice sociale, ainsi que la réhabilitation de l’identité marocaine à partir de tous ses affluents linguistiques et culturels confondus.
Bien entendu, cela ne pourra se faire que dans le cadre de la sincérité, de la franchise et dans le respect de l’intelligence des Marocains.
– Quel est le profil type des électeurs que vous voulez séduire en 2026 ?
– Nous ne sommes pas un parti élitiste ou catégoriel, mais plutôt nationaliste dans tous le sens du terme, représentant toutes les strates de la société issues de toutes nos provinces et régions.
Bien évidemment, vous conviendrez que la promotion du monde rural est une priorité, parce que la réalité démontre que ce territoire a subi beaucoup d’injustices en matière de développement.
Notre message s’adresse donc à tous les Marocains, sans distinction catégorielle ou spatiale.
– Considérez-vous que le MP qui a 29 sièges est le leader de l’opposition sachant que l’USFP a 35 députés, le PPS 21 élus nationaux et le PJD 13 sièges ?
– Votre question n’est pas innocente, tout comme vos précédentes qui cherchent à me pousser à faire une comparaison inappropriée avec les autres partis, qu’ils soient dans l’opposition ou la majorité.
N’étant pas adeptes du concept de leadership désormais dépassé, nous avons besoin actuellement des projets sociétaux pionniers qui transcendent les classifications des individus et des organisations.
– Ayant longtemps participé à des gouvernements aux côtés du RNI et de l’Istiqlal, ne pensez-vous pas que certains électeurs déçus par le gouvernement actuel risquent de vous rejeter ?
– Nulle personne ne peut être tenue responsable des méfaits d’une autre. En effet, l’histoire rendra justice à chaque parti en fonction de ses positions, qui peuvent être correctes ou le résultat d’une mauvaise appréciation dans la gestion.
Nous devons comprendre que la nature de la structure politique marocaine et du système électoral impose le recours à des alliances pour obtenir une majorité et former un gouvernement sur la base du plus petit dénominateur commun.
Partant de ce constat, je crois que l’électeur marocain dispose de suffisamment d’intelligence et surtout de la capacité de distinguer et de ne pas confondre les choses.
– À ce propos, qu’est-ce qui vous différencie aujourd’hui de vos anciens alliés du RNI et du PI ?
– Ce qui nous distingue et fait la différence par rapport aux deux partis que vous avez cités, c’est que nous sommes simplement dans les rangs de l’opposition et qu’ils sont dans ceux de la majorité.
Mais surtout le fait que nous adoptons un discours réaliste, dicté par le souci de préserver les intérêts de la nation et des citoyens.
Contrairement à eux, nous n’avons pas cédé aux sautes d’humeur, ni opté pour la fuite vers l’avant.
L’idéologie a été déchue depuis la chute du mur de Berlin
– Des exemples précis de vos différences ?
– Commencez à les énumérer à partir de l’année 2021 et vous en trouverez plus d’un exemple.
– En termes idéologiques, de quels partis le MP est-il le plus proche ?
– L’idéologie a été déchue depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’ex-Union soviétique, sachant que les régimes qui avaient adopté des slogans nationalistes ont également disparu.
En conséquence, la chose qui peut nous réunir avec tel ou tel autre parti est notre appartenance au Maroc et notre partage d’idées et de programmes visant à développer et à préserver le Maroc.
– Droite ou gauche, progressiste ou conservateur, où vous situez-vous sur l’échiquier politique ?
– En référence à ma réponse à votre précédente question, nous sommes un parti qui n’est attiré ni par la droite ni par la gauche. Nous sommes le parti du Maroc et vous êtes libres de nous classer.
Nous sommes conservateurs quand il s’agit de nos sacralités spirituelles, de notre authenticité et de notre attachement à notre système politique, et progressistes quand il s’agit d’embrasser la modernité, les valeurs de liberté et d’ouverture sur la pensée humaine qui n’est pas en contradiction avec notre identité nationale.
Nous sommes un parti qui n’est attiré ni par la droite ni par la gauche.
Nous sommes aussi parfois extrémistes quand il s’agit de défendre la patrie et ses symboles.
– Peut-on imaginer que le MP s’allie avec des partis de l’actuelle majorité pour gouverner en 2026 ?
– Encore une fois, c’est une question prématurée, car comme vous le savez, notre mode de scrutin national ne permet pas de nouer des alliances préalables.
En fin de compte, ce qui compte vraiment est de convenir d’un programme qui soit adapté à notre orientation et à nos choix, car en réalité, nous sommes un parti avec des positions constantes et pas de positionnements éphémères.
– Pourquoi malgré sa longue histoire, le MP ne parvient-il pas à dépasser un plafond électoral ?
– Cela est certainement malheureusement lié à la réalité du multipartisme qui a battu tous les records sans compter le recours croissant au pouvoir de l’argent à l’origine d’une razzia électorale dans certaines zones qui étaient auparavant considérées comme étant des fiefs du Mouvement populaire.
Cependant, et en dépit de tous ces changements, notre parti a préservé sa position et son influence.
Eternels optimistes, nous pensons toutefois que le temps sera à même de réhabiliter la justice, après que même ceux qui ont été dupés par le recours à l’argent et aux promesses veloutées sont désormais certains que la pensée harakie représente l’authenticité et l’avenir.
– Sur combien de députés table le Mouvement populaire en 2026 ?
– Il ne s’agit pas d’un jeu de pari ou de divination mais nous pensons que notre action continue, notre crédibilité et la sincérité de notre discours finiront par porter leurs fruits et nous rendront justice.
– 18 mois avant les élections, comment jugez-vous le bilan du gouvernement actuel ?
– Diplomate et indulgent, je dirais que le bilan gouvernemental est catastrophique.
Pour illustrer le fond de ma pensée et mieux me comprendre, je vous recommande simplement de descendre dans la rue pour y sonder le pouls des citoyens et d’être fixé sur leurs attentes déçues.
La bataille des viandes rouges
– Que pensez-vous de l’affaire de la viande subventionnée exploitée par l’opposition sachant qu’en réalité, l’Etat n’a octroyé que 437 millions de subventions et pas 13 milliards de DH; et que son objectif était de de faire baisser le prix de la viande pour les consommateurs finaux ?
– Il s’agit d’un incident grave qui n’a pas été exploité, comme vous le dites, par l’opposition.
Elle a plutôt fait face à la manipulation des ressources des Marocains et a simplement dénoncé l’utilisation de l’argent facile pour gonfler les comptes des proches même si les composantes de la majorité ont annoncé des chiffres différents concernant les allocations de soutien accordées. Au final, le résultat que nous connaissons tous est que les Marocains n’accompliront pas cette année le sacrifice de l’Aïd Al-Adha.
C’est une sage décision royale mais dans le même temps, il est indéniable que le gouvernement n’a pris aucune mesure concrète pour réduire les prix des viandes rouges et permettre aux Marocains de bénéficier d’une alimentation équilibrée.
– À la place du gouvernement, est-ce que vous auriez maintenu les droits de douane de 200% et les 20% de TVA qui ont occasionné ce qu’on a appelé un manque à gagner de près de 13 milliards de DH qui est tout à fait virtuel ?
– La réduction du taux de TVA en soi n’est pas une mauvaise mesure, surtout dans des situations extrêmes. C’est pleinement justifié par la reconstruction du cheptel et donc la réduction des prix.
Mais cette mesure seule ne peut devenir que contreproductive quand elle n’est pas suivie par des mesures de contrôle pour éviter que certains opérateurs bénéficient de l’exonération tout en organisant la pénurie par des actions de spéculation.
Selon moi, c’est là où le gouvernement a failli.
– Qu’auriez-vous fait à sa place pour faire baisser le prix des produits alimentaires ?
– L’action d’un gouvernement ne consiste pas à se substituer au marché dans la fixation des prix car cette politique inefficace et coûteuse a montré s’il en était besoin que ce gouvernement est incompétent.
En effet, quand il y a des facteurs structurels (sécheresse, augmentation des intrants, etc.), aucune politique gouvernementale ne sera en mesure d’enrayer la dynamique du marché, à part continuer à épuiser les caisses de l’État.
Dans pareilles circonstances, la responsabilité du gouvernement est de s’assurer qu’il n’y ait pas d’entente entre les producteurs ou alors d’entrave à la concurrence qui augmentera artificiellement les prix, comme cela s’est produit aujourd’hui.
Pour répondre à votre interrogation, le Mouvement populaire aurait entrepris des actions à long terme de préservation du cheptel national par de l’optimisation des pâturages, la recherche et développement et une meilleure traçabilité des troupeaux pour en optimiser la gestion.
À court terme, nous aurions exercé un contrôle strict sur les producteurs pour éviter toute éventuelle entente contre-nature ou spéculation.
Si nous aurions accordé quelques avantages fiscaux dans un cadre global, il est indéniable que, sur ce dossier, le gouvernement a fait montre d’un manque de compétence consternant.
En fait, il ne s’agit pas d’inflation au Maroc, mais de tachanakt qui a fait la part belle à une incroyable prolifération d’intermédiaires à l’origine d’une hausse prohibitive pour les consommateurs finaux.
– Votre avis sur l’apport du PAM qui participe pour la première fois à un gouvernement ?
– En tant que parti d’opposition, ce n’est pas notre rôle d’évaluer individuellement la performance de chacun des partis de la majorité gouvernementale mais pour être clair, nous sommes face à une alliance politique dont toutes les composantes doivent assumer la responsabilité de l’échec.
– Pensez-vous être en mesure de constituer une alternance au gouvernement actuel ?
– Si les partis de l’opposition ne peuvent pas constituer une alternative et proposer une alternative au gouvernement, alors je m’interroge à mon tour sur la légitimité de leur existence.
Ceux qui manquent d’alternatives devraient chercher autre chose en dehors des murs de l’action politique.
– Considérez-vous que la campagne électorale a d’ores et déjà commencé ?
– Étant un tant parti qui respecte les règles de la démocratie, nous pensons que la date des élections n’a pas encore été fixée pour que nous puissions envisager le lancement d’une campagne électorale.
Cependant, selon notre conception de l’action politique, nous considérons que la campagne est une simple occasion conjoncturelle, et que nos actions de rayonnement sont des actions durables et une mission qui doit être accomplie 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
– Sachant que vous avez toujours été un parti d’appoint, est-ce que vous pensez que votre base électorale fidèle s’est vraiment élargie pour prétendre jouer les premiers rôles ?
– Une fois de plus, votre question vous fait tomber dans le piège des classifications arbitraires et inexactes, car nous n’avons jamais été, ne sommes pas et ne serons jamais un parti qui meuble le vide.
Malgré la perte de positions à cause du nomadisme politique, notre parti a toujours constitué une valeur incontournable dans toute équation politique, car le Mouvement populaire est en effet le plus ancien parti d’opposition de toute l’histoire du Maroc indépendant.
Nous avons toujours été influents et le resterons peu importe le changement des positions, car notre force et le secret de notre continuité résident dans nos positions.
– Pensez-vous que la majorité actuelle va rester unie à l’approche des scrutins ?
– Je n’ai pas la capacité de prédire ou de deviner l’avenir, mais tout ce que je peux dire est que l’harmonie a fait défaut à cette majorité dès le départ, car elle a été fondée sur la force arithmétique en l’absence de toute vision sociétale claire.
Cette majorité a été fondée sur la force arithmétique en l’absence de toute vision sociétale claire.
– Qu’attendez-vous en matière de découpage, de loi électorale, de quotients, de nombre de sièges par circonscription ?
-Nous avons des propositions concernant les lois électorales, le mode de scrutin et le découpage territorial, que nous présenterons lorsqu’un débat réel et responsable sera engagé.
Il semble que le gouvernement tergiverse à lancer ce chantier, peut-être pour exploiter le facteur de la surprise afin de préserver sa position par tous les moyens et à n’importe quel prix, même si cela se fait au détriment de la démocratie et de l’avenir du pays.
– Une petite analyse des élections de 2021 qui vous ont permis d’obtenir 29 députés ?
– Ces élections ont leurs avantages et leurs inconvénients, car l’ambiance dans laquelle elles se sont déroulées n’était pas ordinaire avec la poursuite des effets et des répercussions de la pandémie COVID-19.
Elles ont enregistré un recours excessif à l’argent sans compter et été l’objet de promesses chimériques et de l’exploitation de la vulnérabilité de larges catégories de la société qui ont vécu des moments très difficiles durant la pandémie.
Si nous avons obtenu le nombre de sièges que vous avez mentionné, il est plus qu’évident que nous aurions pu en obtenir largement davantage si nous n’avions pas souffert d’un manque de ressources et du vol d’un certain nombre de nos élus par certains partis qui composent la majorité actuelle.
– Quels seront d’après vous les thèmes essentiels de la campagne électorale ?
– Le temps de la campagne électorale n’est pas encore intervenu, mais je pense que les électeurs attendent une alternative pour les affranchir des dernières années de vaches maigres.
Quoi qu’il se passe, on agira en fonction de ce qu’il adviendra.
Mode de scrutin et possibilités d’alliances
– Bien qu’il soit encore tôt pour se prononcer, avez-vous une idée des combinaisons possibles de partis avec qui vous pourrez construire une majorité ?
– Comme je l’ai affirmé précédemment, le mode de scrutin national adopté par notre pays ne permet pas de nouer de véritables alliances préalables.
S’il existe des possibilités de coordination avec certains de nos alliés dans le Bloc populaire, nous examinons toujours comment activer cette coordination avec des mesures pratiques et concrètes.
– Y-a-t-il un ou plusieurs partis avec qui vous excluez de vous associer pour 2026 ?
-Une fois de plus, je vous renvoie vers ma précédente réponse.
– Quelles sont les lignes rouges en termes d’association politique ?
– Au Mouvement populaire, nous n’avons pas défini de lignes rouges ou jaunes.
Nous travaillons sur des programmes, adhérons à une éthique fondée sur la sincérité et la franchise et exerçons la politique selon l’art du possible.
– Sachant que la participation antérieure du MP à plusieurs gouvernements a été plus symbolique que véritablement influente, pourquoi le cas échéant cela pourrait-il changer ?
– Non, notre participation aux précédents gouvernements n’a jamais été symbolique et encore moins informelle.
Ayant géré des départements ministériels importants, nous sommes très fiers de notre bilan et ne sommes donc par conséquent pas du genre à désavouer notre passé.
– Pouvez-vous citer des mesures phares (économique ou sociale) adoptées grâce au Mouvement populaire dans les gouvernements auxquels vous avez participé dont vous êtes le plus fier ?
– Fondé à l’aube de l’indépendance puis interdit en 1957 avant d’obtenir une reconnaissance officielle en 1959, notre parti est derrière la promulgation du décret des libertés publiques, qui a mis fin au système du parti unique, et a donc été consacré dans la première Constitution du Royaume en 1962.
Il convient de rappeler que le Mouvement populaire a exercé l’opposition contre la domination partisane et contre les ennemis des institutions depuis sa création. Il a également participé au gouvernement à certaines étapes cruciales de l’histoire du Maroc indépendant, où il a laissé une marque indélébile et des réalisations qui sont une source de fierté pour le parti et la nation.
Entre-autres, il y a lieu de citer la présidence du premier Parlement élu dans l’histoire du Maroc indépendant, en la personne du Dr El-Khatib, la direction du ministère de la Défense nationale à deux reprises, en la personne du leader Mahjoubi Aherdane, et du ministère de l’Intérieur à trois reprises, en la personne de Lahcen El-Youssi, El-Habib El-Bekkay et Mohand Laenser, l’élaboration d’une stratégie de réforme agraire à partir du milieu des années 1960, des contributions importantes dans le domaine de la profondeur africaine, notamment à travers le ministère des Affaires africaines, le développement et la modernisation du secteur des postes et des communications, l’instauration d’une politique nouvelle dans le domaine de la jeunesse et des sports et enfin l’adoption de réformes structurelles et stratégiques dans le système d’éducation et de formation.
Pour résumer, le Mouvement populaire est fier de son histoire et de son horizon futur, car il est resté et demeure une forteresse solide pour la consolidation du Maroc des institutions et des libertés, avec une pensée politique ancrée dans la profondeur du Maroc authentique.
– Sur la démocratie interne du MP, certains membres vous reprochent un leadership autoritaire, que répondez-vous aux accusations d’étouffement du débat interne ?
– Honnêtement, je suis très curieux de savoir qui sont les membres du parti qui colportent de telles allégations et assertions car la démocratie interne au sein du parti du Mouvement populaire va très bien.
De plus, étant ouvert à tous, je suis très loin de croire au leadership individuel, car j’ai foi en la capacité collective de formuler des projets sociétaux et en la capacité de les défendre.
Si certains colportent de telles allégations, c’est parce qu’ils sont incapables d’accompagner la nouvelle dynamique, fondée sur l’action collective et l’innovation. Ils ne se rendent pas compte qu’on ne peut pas nager deux fois dans la même rivière, car l’eau de la rivière se renouvelle.
– Estimez-vous possible de quadrupler en 2026 votre score de 2021 et si oui comment ?
– Je ne suis ni devin et encore moins adepte de paris pour répondre à cette question, mais nous travaillons avec sérieux et déployons tous nos efforts pour améliorer nos performances politiques.
– Vos années dans l’opposition ont été profitables pour rebondir électoralement en 2026 ?
– N’étant pas novices en matière d’exercice de l’opposition et étant issus de sa matrice, je considère que nous nous sommes distingués dans notre rôle au sein de l’opposition, car nous avons représenté la voix du peuple et avons été la meilleure expression de ses préoccupations et aspirations.
– Si vous deviez revenir au gouvernement, à quel portefeuille seriez-vous crédible aujourd’hui ?
– Les positionnements et les postes éphémères sont la dernière chose à laquelle nous pensons.
Notre première préoccupation est surtout de réhabiliter l’action politique et la gestion des affaires publiques en faisant prévaloir la sincérité et la compétence.
Aujourd’hui, je continue donc à lever la raclette pour lutter contre la corruption et les corrompus.
– Pensez-vous sérieusement être capable de diriger le prochain gouvernement de 2026 ?
– Effectivement, en tant que parti, nous disposons de toutes les qualités pour diriger un gouvernement formé autour d’un projet de société réel, réaliste et réalisable.
Le Mouvement Populaire n’est pas stérile, mais la décision revient aux Marocains, c’est eux qui auront le dernier mot.
– Ne pensez-vous pas que votre image personnelle a été entachée par votre départ précipité en 2015 du ministère de la Jeunesse et des sports ?
– Pour moi, l’histoire de la raclette n’est pas une source de complexe, loin s’en faut.
J’ai en effet payé le prix de ma volonté de promouvoir le secteur du sport et j’en suis fier, surtout après que les événements ont prouvé que l’utilisation de la raclette, qui dépend des compétences de la FIFA, a eu lieu dans plusieurs stades situés dans des pays développés.
Aujourd’hui, je continue donc à lever la raclette pour lutter contre la corruption et les corrompus.
– Etes-vous en mesure de repositionner le MP dans le trio de tête des partis marocains ?
– Tout est possible, si Dieu le veut, pourvu qu’il y ait de la volonté et qu’on assure les conditions d’une concurrence loyale entre les partis, loin du pouvoir de l’argent.
– Par quels moyens concrets ?
– Par notre projet politique, notre bilan historique, nos compétences et notre confiance en les Marocains.
– En cas d’éventuelle victoire du MP, quelles seraient vos priorités socio-économiques ?
– Des priorités qui concernent la réalisation de l’équité territoriale comme porte d’entrée vers la réalisation de l’équité sociale, ainsi que la garantie d’une vie décente pour tous les Marocains et l’instauration d’un Maroc fort et solidaire qui évolue à une seule vitesse et non à plusieurs vitesses.
– Dernière question, combien de mandats comptez-vous accomplir à la tête du MP ?
– Je vous renvoie vers le statut du parti qui prévoit au maximum deux mandats et je prie Dieu que je réussisse dans l’accomplissement de cette mission.
Sachant que ce sont les militants et militantes harakis qui fixent le cap et accordent leur confiance, je ne peux au final qu’être fier de leur confiance ainsi que de leur soutien et accompagnement.