La conférence ministérielle annuelle est une plateforme politique qui réunit les ministres africains de l’Agriculture pour définir les grandes orientations stratégiques de l’Initiative Adaptation de l’Agriculture Africaine (AAA), visant à renforcer l’adaptation de l’agriculture africaine au changement climatique.

L’initiative AAA a offert aux ministres une nouvelle opportunité de partager leurs expériences, leurs visions et leurs recommandations face aux défis et opportunités de l’agriculture africaine.

« L’adaptation de notre agriculture face au dérèglement climatique représente un défi majeur pour l’Afrique, mais aussi une opportunité de repenser nos modèles agricoles de manière durable, résiliente et solidaire », avance le ministre de l’Agriculture, Ahmed Bouari, dans son discours lors de la conférence.

Et d’ajouter, « à l’approche de la COP30, qui se tiendra à Belém, au cœur de l’Amazonie, notre continent a une carte essentielle à jouer. Cette conférence représente une occasion unique pour l’Afrique de renforcer ses positions, d’exprimer ses priorités avec clarté et de contribuer activement à la définition de solutions globales, justes et ambitieuses ».

Cette rencontre scientifique a réuni des experts éminents ayant élaboré un document de référence destiné à appuyer les négociateurs et les délégations africaines lors de la COP30.

Cette approche coordonnée vise à garantir que les multiples bénéfices de l’agroforesterie pour le continent africain soient pleinement pris en compte dans les négociations climatiques internationales et dans les décisions relatives à l’allocation des ressources.

L’agroforesterie fruitière : Une solution stratégique ?

L’agroforesterie fruitière représente une solution clé pour renforcer la résilience des systèmes agricoles africains. L’approche consiste à intégrer des arbres fruitiers au sein des systèmes de culture. Elle offre de nombreux avantages :

  • conservation et amélioration de la structure des sols,
  • optimisation de la rétention d’eau,
  • diversification des sources de revenus des agriculteurs,
  • séquestration du carbone et contribution à l’atténuation climatique,
  • amélioration de la nutrition locale par la production fruitière.

Les expériences menées dans plusieurs pays africains démontrent que l’intégration des arbres fruitiers dans les systèmes agricoles permet d’augmenter les rendements tout en réduisant la vulnérabilité aux aléas climatiques.

Le ministre a rappelé lors de son intervention « qu’aujourd’hui, plus que jamais, cette initiative doit devenir une force de mobilisation. Car les chiffres sont clairs : sans action forte, l’Afrique pourrait perdre jusqu’à 25 % de sa production agricole d’ici 2050 ».

Sur le sujet particulier de cette édition, Ahmed Bouari explique que l’agroforesterie constitue un levier puissant pour répondre concrètement et durablement aux défis climatiques et alimentaires. « Bien plus qu’une technique, l’agroforesterie est une réponse africaine, adaptée, éprouvée, fondée sur nos savoirs et nos territoires. Elle restaure les sols, protège l’eau, génère des revenus, crée de l’emploi », avance-t-il.

« Elle doit devenir un pilier central de nos politiques agricoles et climatiques. À l’image de grandes initiatives africaines comme la Grande Muraille Verte au Sahel ou l’initiative AFR100 pour la restauration des paysages forestiers, elle démontre que l’alliance entre nature et agriculture peut devenir un puissant levier de transformation territoriale et de développement rural », poursuit-il.

Ahmed Bouari estime que d’ici 2040, l’Afrique peut faire émerger un nouveau modèle agricole africain, fondé sur trois piliers :

  • L’intelligence écologique, avec des systèmes agroforestiers performants,
  • L’équité économique, grâce à des chaînes de valeurs rurales inclusives,
  • La souveraineté alimentaire, portée par des agricultures climato-résilientes et connectées aux marchés.

« Ce modèle se construit déjà, pas à pas, dans nos territoires. Il appartient à chacun de nous, aujourd’hui, de l’amplifier et de lui donner les moyens d’éclore à grande échelle ».

Remettre l’agroforesterie au cœur du débat international

De son côté, le Secrétaire général de l’Initiative AAA, Seyni Nafo, est revenu sur l’importance du thème retenu cette année pour cette conférence ministérielle qui met en lumière l’agroforesterie comme solution stratégique, tant pour lutter contre le changement climatique que pour favoriser la sécurité alimentaire et le développement durable.

Cette pratique agricole, a-t-il expliqué, contribue à la conservation des sols, à la diversification et à l’augmentation des revenus des agriculteurs, tout en jouant un rôle crucial dans la séquestration du carbone.

M. Nafo a également jugé qu’à quelques mois de la COP30, prévue en Amazonie, il est particulièrement pertinent de remettre l’agroforesterie au cœur du débat international.

L’enjeu pour l’Afrique est de parler d’une seule voix, avec une vision claire, afin de faire entendre ses priorités et peser davantage dans les négociations mondiales à venir, a-t-il fait valoir.

Organisée sous le thème « Agroforesterie et résilience climatique : une vision africaine pour la sécurité alimentaire et le développement durable », cette conférence a réuni des ministres africains de l’Agriculture, ainsi qu’un large éventail d’acteurs, notamment des institutions financières et techniques, des partenaires au développement, des représentants du secteur privé, des chercheurs, des instituts de développement, des universitaires et des scientifiques.

Elle constitue la principale plateforme politique réunissant les ministres africains de l’Agriculture pour définir les grandes orientations stratégiques de l’Initiative AAA, visant à renforcer l’adaptation de l’agriculture africaine au changement climatique, un enjeu majeur pour le développement économique et social du continent.