- Médias24 : Combien de sociétés opèrent actuellement dans le secteur de la micro-irrigation agricole ?
Mohamed Najib El Mahfoudi : L’Association marocaine de l’irrigation par aspersion et goutte-à-goutte (AMIAG), qui regroupe 1770 sociétés au niveau national opérant dans le domaine de l’irrigation, a été créée en 2004. Nous sommes un interlocuteur essentiel du ministère de l’Agriculture dans ce domaine.
Le domaine d’irrigation est stratégique pour notre pays, que ce soit pour notre sécurité alimentaire ou pour améliorer le rendement, surtout que le Maroc a vécu des moments éprouvants de sécheresse pendant des années. Le secteur de l’irrigation est primordial pour développer le pays et pour assurer notre sécurité alimentaire.
- Concrètement, quel rôle joue l’AMIAG pour accompagner les agriculteurs sur le terrain, dans le domaine privé et dans le domaine collectif ?
– Nous collaborons avec le ministère de tutelle pour mettre en place des stratégies pour l’amélioration du système d’irrigation dans le cadre de plans nationaux d’économie d’eau.
Nous encadrons les agriculteurs, les sociétés qui travaillent dans le domaine. Les deux plans nationaux, que ce soit le Plan Maroc vert ou Génération Green, ont donné beaucoup d’importance à l’irrigation. Le plan national d’économie d’eau prévoit 350.000 hectares à reconvertir en irrigations localisées pour atteindre 940.000 hectares entre 2020 et 2027. Ces résultats ne peuvent être atteints sans un effort collectif.
Nous manquons d’eau. Nous n’avons d’autre choix que d’économiser le peu qu’on a et d’essayer d’introduire de nouvelles techniques d’irrigation
- Cet objectif vous paraît-il réalisable aujourd’hui, compte tenu des contraintes et du contexte ?
– Nous constatons que les agriculteurs sont de plus en plus convaincus de l’intérêt de se reconvertir au système d’économie d’irrigation. Ils se rendent compte qu’il est possible d’avoir des améliorations de rendement qui peuvent atteindre les 40%, et même davantage dans certaines cultures. Je suis convaincu qu’avec les efforts consentis, nous pourrons atteindre l’objectif de 940.000 hectares irrigués.
- Le marché d’irrigation agricole a enregistré une croissance annuelle moyenne de 10% entre 2007 et 2019 pour atteindre environ 2,6 milliards de DH. Cette dynamique s’est-elle maintenue au cours des cinq dernières années ?
– La dynamique s’est maintenue, avant de ralentir un peu pendant la période du Covid-19. Nous espérons continuer sur le même élan, malgré les contraintes que subit le secteur. J’ai la grande conviction que nous pouvons atteindre cet objectif.
Nous n’avons pas le choix, puisque nous manquons d’eau. La meilleure solution est d’économiser le peu qu’on a et d’essayer d’introduire de nouvelles techniques d’irrigation, comme les techniques digitales d’amélioration. Nous avons grand espoir, puisque les personnes sont convaincues de la démarche. Ils ont vu le résultat, donc ils continuent sur la même lignée.
- Le barème des subventions actuelles est-il le même pour les petites et les grandes exploitations ?
– Avant la rectification des normes d’attribution des aides de l’État, nous avions les mêmes subventions pour les petites comme les grandes superficies. À partir de 2022, le ministère de l’Agriculture a introduit de nouveaux systèmes de subventions qui restent les mêmes pour les petites superficies jusqu’à 5 hectares. Au-delà de ces superficies, le pourcentage d’aide de l’État diminue progressivement pour les grands domaines. Actuellement, ils ont des subventions différentes de celles des petits agriculteurs.
- Comment expliquer que le goutte-à-goutte concerne principalement l’arboriculture ?
– Le goutte-à-goutte est utilisé dans tous les domaines. Dans l’arboriculture, il s’agit d’un investissement qui sera rentable pendant plusieurs années – nous parlons de 30 à 40 ans, l’équivalent de la durée de vie des arbres. Le retour sur investissement est très rapide, surtout pour les plantations.
- Quelles sont les contraintes que vous rencontrez au sein de votre secteur ?
– Nous avons quelques contraintes. La principale est que 30% des sociétés d’irrigation sont en grande difficulté financière. Plus de 20% sont pratiquement en faillite à cause des effets de la période du Covid-19.
Il faudrait que nous nous entraidions, avec le ministère de l’Agriculture et celui des Finances, pour réduire la durée de déblocage des fonds de l’État. Heureusement que les subventions sont là. Mais nous sommes parfois obligés d’attendre jusqu’à 24 mois pour obtenir un déblocage des fonds. L’agriculteur met en place son projet, mais le poids financier est supporté par les entreprises.
Au Maroc, les petits agriculteurs manquent de moyens pour réaliser leur projet. Ils doivent passer par les sociétés d’irrigation et leur demandent d’attendre la subvention de l’État pour se faire payer – c’est ce que nous appelons la délégation de créances. Les entreprises jouent alors le rôle des banques. Nous appelons les responsables à prendre en considération cet aspect, surtout avec la loi sur les délais de paiement entrée en vigueur. Les sociétés doivent payer leurs fournisseurs dans un délai maximum de 120 jours, alors que le déblocage des fonds de l’État peut prendre jusqu’à deux ans.
Nous avons une autre contrainte. Nous espérons que, grâce aux précipitations de cette année, à la hausse des retenues de barrage et aux autorisations de pompage, la procédure sera allégée afin de nous permettre de réaliser le maximum de superficie.