En marge de sa participation à la 17e édition du Salon international de l’édition et du livre (SIEL), Rachid Boufous a partagé avec Médias24 ses réflexions sur l’événement et sur la situation du domaine littéraire au Maroc.
Écrivain et architecte urbaniste, Rachid Boufous est reconnu pour ses ouvrages qui explorent l’histoire et le patrimoine culturel du Maroc. Parmi ses publications notables figurent Chroniques du Détroit, une immersion dans le Tanger international du début du XXe siècle, et la série en deux tomes Petites et grandes histoires du Maroc, qui retrace des récits d’hommes, de femmes et de lieux ayant contribué à forger la civilisation marocaine.
Un rendez-vous vital pour la culture marocaine
Pour Rachid Boufous, le Salon international de l’édition et du livre reste « un rendez-vous essentiel pour les écrivains », car il leur offre « une précieuse opportunité de rencontrer lectrices et lecteurs ». Il confie à Médias24 y participer « toujours avec plaisir », considérant cet événement comme « un moment fort de la vie littéraire marocaine ».
L’édition 2025 du SIEL s’est ouverte à des pays arabes comme l’Égypte, le Bahreïn et les Émirats arabes unis. Une initiative qu’il qualifie d’ »excellente », car elle permet « au public marocain de découvrir la richesse des productions littéraires venues d’Orient ». L’écrivain encourage vivement à « poursuivre ce type d’échanges culturels ».
Rachid Boufous note avec satisfaction « une affluence croissante, composée aussi bien de jeunes que de moins jeunes ». Ce dynamisme témoigne selon lui de l’intérêt renouvelé du public pour le livre.
Sur le plan organisationnel, il salue les progrès réalisés. « D’année en année, le SIEL gagne en maturité et en professionnalisme », mais pointe toutefois un bémol : « le stationnement« , qu’il juge « anarchique dans une zone urbaine dense. Il plaide pour la création à Rabat d »‘un véritable espace d’exposition permanent, capable d’accueillir des événements artistiques, culturels, commerciaux ou industriels avec des infrastructures adéquates, notamment des parkings suffisants ». Cela permettrait d’éviter, selon lui, « l’organisation ponctuelle de salons coûteux et difficilement accessibles ».
Une industrie du livre fragilisée
Au-delà du salon, l’auteur brosse un tableau critique du secteur de l’édition au Maroc. « Le Royaume ne publie qu’environ 3.000 ouvrages par an, toutes disciplines confondues », rappelle-t-il, un chiffre qu’il estime « très faible ». Il dénonce « l’absence d’une politique ambitieuse de promotion du livre » et s’inquiète d’un marché dominé par « un distributeur quasi monopolistique qui est aussi éditeur, Sochepress » ; ce qu’il considère comme « une anomalie préoccupante ».
Rachid Boufous déplore dans ce sens « l’absence d’un organisme indépendant de régulation et de contrôle de l’édition et des ventes », ce qui conduit à « une opacité qui nuit gravement aux droits des auteurs ». Selon lui, « beaucoup d’écrivains ne sont pas ou très peu rémunérés pour leurs œuvres, malgré les ventes, alors que les subventions du ministère de la Culture sont versées quasi exclusivement aux éditeurs ». Il lance un appel au ministre Mehdi Bensaïd afin « qu’il corrige ces dysfonctionnements avec sérieux », rappelant que « sans les auteurs, il n’y a pas d’édition ».
Une politique culturelle à développer
Concernant les animations du SIEL, Rachid Boufous se réjouit de la richesse des tables rondes et des débats, mais estime qu’ »il serait pertinent de prolonger ces discussions sur les plateaux de télévision, avec des émissions littéraires régulières et multilingues, aujourd’hui largement absentes du paysage audiovisuel marocain ».
Pour lui, « l’amour de la lecture commence à l’école ». Et de souligner : « Un Japonais lit en moyenne 40 livres par an, alors que dans le monde arabe, la moyenne est inférieure à 0,3. Il n’y a pas de miracle : un peuple qui ne lit pas ne crée pas ».
Faire rayonner le salon dans les régions
Enfin, Rachid Boufous appelle à une décentralisation du SIEL. « Le salon gagnerait à devenir itinérant. Le faire tourner dans les douze régions du Royaume permettrait aux auteurs d’aller à la rencontre des lectrices et lecteurs à travers tout le pays ».
Il conclut sur un message fort : « Le SIEL est un espace d’expression libre, où écrivains, penseurs et artistes peuvent échanger publiquement et sans contrainte. Cette liberté est précieuse. Il est essentiel de la préserver et de la faire prospérer ».