Au-delà de la pénurie d’eau, les phases de production des céréales et légumineuses alimentaires sont également menacées par les stress biotique. Engagé il y a trois ans, le partenariat public-privé entre l’institut national de recherche agronomique (INRA) et Syngenta a pour objectif d’améliorer les itinéraires techniques, avec un focus sur le premier maillon de la chaîne : la semence.
Si Axel d’Hauthuille, directeur général de Syngenta Afrique du Nord et de l’Ouest, estime que les premiers enseignements sont positifs, « avec des rendements en hausse », le chemin est encore long avant d’en tirer des conclusions définitives. En effet, le Pr Lamiae Ghaouti, qui a pris la succession du Dr Faouzi Bekkaoui à la tête de l’INRA, insiste au micro de Médias24 sur la nécessité d’élargir le champ d’expérimentation afin de disposer de résultats fiables et rigoureux.
Médias24 : Pourriez-vous nous expliquer comment le progrès génétique issu de ce partenariat pourrait être utile à l’agriculture marocaine ?
Pr Lamiae Ghaouti : Il s’agit d’un partenariat public-privé stratégique entre l’INRA et Syngenta, qui vise à optimiser les itinéraires techniques en intervenant dès le premier maillon de la chaîne agricole : la semence. L’une des innovations majeures concerne l’enrobage des semences, une technique prometteuse permettant de limiter les effets du stress biotique lors de la germination et de la levée des céréales et des légumineuses alimentaires.
Nous menons actuellement des essais expérimentaux dont les premiers résultats sont très encourageants, notamment sur l’utilisation d’insecticides appliqués aux semences, qui ont démontré un impact positif sur les rendements en fin de cycle, notamment pour le blé et la féverole.
- Vous avez insisté sur la rigueur scientifique. Quels sont, selon vous, les axes d’amélioration à envisager à la suite de ces expérimentations ?
– Les résultats obtenus ouvrent de nouvelles perspectives, mais doivent désormais être consolidés. Cela passe par l’élargissement du nombre de sites expérimentaux et la diversification des maladies ciblées, afin d’obtenir des données plus robustes et généralisables. En tant que bras scientifique de l’État, l’INRA a pour mission de produire des résultats fiables et transférables aux agriculteurs, pour une agriculture plus performante et résiliente.
- Quelles sont vos priorités à court terme, et quelles seront les grandes orientations stratégiques de l’INRA dans les prochaines années ?
– À court terme, nous poursuivons nos programmes de recherche appliquée pour renforcer la compétitivité des grandes filières agricoles marocaines, en cohérence avec la stratégie « Génération Green ». Parallèlement, nous explorons des filières alternatives telles que l’agroforesterie, l’agroécologie, l’agriculture de conservation et l’agriculture biologique.
Nous investissons également dans le développement de l’agriculture numérique, afin de fournir aux agriculteurs des outils d’aide à la décision, indispensables face aux défis du changement climatique et de la raréfaction des ressources naturelles.
Enfin, la valorisation des produits agricoles fait aussi partie de nos priorités transversales. À plus long terme, l’une de nos orientations majeures portera sur la gouvernance de la recherche agricole au Maroc. Sa réorganisation est primordiale pour faire face aux défis à venir et assurer un transfert efficace des solutions technologiques vers les agriculteurs.