« Une part importante de nos conceptions spontanées du fonctionnement de la société est en fait issue des réflexions de l’économie politique pure ».
Partant de cette assertion de Jean Cartelier, cette conférence s’assigne un double objectif. D’une part, elle s’attache à montrer que la représentation sociale du marché est marquée du sceau de la théorie de l’équilibre général concurrentiel qui sert de référentiel de base à la pensée économique contemporaine tant en microéconomie qu’en macroéconomie.
D’autre part, il s’agit de pointer les difficultés internes de la loi de l’offre et de la demande, qui est une pièce maîtresse de cette représentation, et de souligner par là même l’incomplétude de l’intelligibilité de la formation des prix.
Appuyée sur les théorèmes d’existence et d’optimalité d’un équilibre, la théorie économique dominante s’arc-boute à la proposition qu’un système de prix garantit dans les conditions de concurrence une cohérence des décisions individuelles accompagnée d’une allocation efficiente des ressources. En revanche, faute de démonstration de la stabilité, elle se contente de postuler que la loi de l’offre et de la demande tient lieu d’une règle d’ajustement : sous la parfaite flexibilité des prix, l’économie tend vers un équilibre. Ce faisant, elle reconnaît tacitement que la mise en exergue des mécanismes d’auto-régulation des marchés reste hors de portée.
Rédouane Taouil, membre de l’Académie Hassan II des sciences et techniques, est professeur agrégé des universités.