Le ministre de la Justice algérien, Lotfi Boudjemaa, a présenté le 30 avril, devant la commission des affaires juridiques du Parlement algérien, un projet de loi sur la mobilisation générale.
Selon la presse locale, ce texte prévoit un dispositif exceptionnel permettant de passer de l’état de paix à l’état de guerre, avec de lourdes implications pour les citoyens, les institutions et l’économie nationale.
Il est prévu par la Constitution algérienne dans son article 99, qui dispose que c’est le président algérien qui a le pouvoir de décréter la mobilisation générale en conseil des ministres, après avoir « entendu » le haut conseil de sécurité et « consulté » le président du conseil de la nation et le président de l’assemblée populaire nationale.
Pour justifier cette démarche visant à établir un projet de loi dédié à ce dispositif militaire, le gouvernement algérien évoque la nécessité de se préparer à des agressions imminentes. Mais cette lecture ne convainc pas tout le monde. Des experts sondés par nos soins estiment qu’il s’agit davantage d’une manœuvre politique déguisée, dont le but réel est de reprendre le contrôle sur la population algérienne.
« L’Algérie est confrontée à des tensions multiples »
« Les militaires algériens préparent depuis longtemps la population à cette hypothèse. Ils en sont parfaitement capables. Quand un animal est blessé, il devient encore plus féroce », commente Ahmed Faouzi, expert en relations internationales et ancien ambassadeur .
Selon lui, cette loi sert deux principaux objectifs. « D’une part, elle vise à mobiliser la population autour de l’armée en créant un sentiment d’unité face à un danger extérieur imminent. D’autre part, elle envoie un message clair aux puissances étrangères : l’Algérie ne compte pas changer d’attitude ni de position sur les questions régionales, et son peuple reste uni derrière son armée ».
Quand un animal est blessé, il devient encore plus féroce
Le contexte régional n’est pas anodin. Cet expert rappelle que « l’Algérie est confrontée à des tensions multiples : rupture avec l’Espagne, relations glaciales avec la France, concurrence stratégique avec le Maroc et inquiétudes face aux instabilités chroniques dans le Sahel. À cela s’ajoute une perte d’influence sur la scène internationale, accentuée par l’affaiblissement de ses alliés historiques comme l’Iran ou le régime syrien ».
Mais, selon lui, c’est peut-être à l’intérieur même du pays que se situe le véritable enjeu. « L’Algérie n’a jamais été dans une impasse aussi grave. Les militaires craignent aujourd’hui davantage les révoltes internes que les dangers externes supposés », conclut notre interlocuteur.
Un autre expert, contacté par nos soins, porte le même regard sur la situation. Selon lui, il s’agit d’un message que les autorités algériennes souhaitent adresser à leur propre population. Autrement dit : « Il n’y a pas de réel risque de guerre, mais seulement une manœuvre visant à reprendre le contrôle interne du pays. Les Algériens craignent qu’une partie du polisario reste sur leur sol ».
Plus qu’un simple outil de défense nationale, la loi sur la mobilisation générale apparaît comme un révélateur d’un pouvoir en crise, qui cherche à verrouiller l’espace intérieur tout en affichant sa résilience sur la scène régionale.