C’est par la ville de Dakhla que le RNI a choisi de commencer ses meetings de précampagne. Samedi 3 mai, le temps est parfait. Dans les vastes chapiteaux dressés, 2.000 personnes selon les organisateurs, sont mobilisées dans tous les sens du terme. Drapeaux marocains, couleur bleue dominante dans le public, présence massive de femmes comme toujours dans les provinces du sud. L’opération est bien menée. Elle est peut-être voulue comme une première démonstration de force.

Jusqu’à fin octobre, seuls les partis d’opposition bougeaient vraiment. Les composantes de la majorité gouvernementale ont attendu sagement les échéances de mi-mandat (changement ou confirmation de différents élus présidant des instances nationales) et le remaniement.

Ensuite, tous les regards se sont rivés vers les législatives de 2026. Le compte à rebours a commencé.

Quelques déclarations par-ci par-là, quelques petits meetings, la mobilisation des organisations parallèles, des jeunes, des femmes, des ingénieurs…. Quelques visites de terrain. Quelques discours annonçant le positionnement à venir pour les législatives.
Le comportement des composantes de la Majorité est intéressant à suivre. Comment se singulariser sans critiquer les alliés. Comment bousculer l’ordre du tiercé gagnant de septembre 2021 sans créer de désordre dans les rangs. Équation difficile surtout pour le PAM et l’Istiqlal. Généralement, un attelage à trois donne toujours l’avantage au parti de tête.

Bref, dans ces moments où tout le monde s’observe, on est en même temps alliés, concurrents et adversaires. Une relation multicouches, à plusieurs registres.

Après les petites déclarations et les réunions de moindre dimension, on attendait les vrais meetings politiques. Le RNI a donc dégainé le premier, ce samedi 3 mai 2025. Il a choisi Dakhla, devant un auditoire dense, qui n’était pas composé uniquement de militants de base. Il y avait aussi des sympathisants et probablement des curieux et autres, attirés par la proximité avec le parti qui conduit le gouvernement et l’influence qu’on lui prête.

Occuper l’espace

Le parti revendique aujourd’hui 130.000 membres et lance une campagne d’adhésions. Il ne suffit pas d’avoir des sympathisants, venus pour des raisons diverses et variées, il faut les faire voter. Depuis 2021, on sait encore plus qu’avant, à quel point le bilan local est important pour l’avenir d’un parti et pour le vote lors des législatives. Cette année, le vote législatif précédera d’une année le vote local. En 2021, ils avaient coïncidé.

Environ 2.000 personnes, selon les organisateurs, étaient présentes au meeting du RNI, répartis entre deux vastes chapiteaux.

« Nous irons beaucoup plus que les 130.000 adhésions actuelles », promet un membre du bureau politique contacté par Médias24. « Et déjà 130.000, cela prouve que le RNI est un parti structuré, avec un engagement important de ses militants », constate-t-il. Il nous assure que les données personnelles des adhérents sont recueillies et gérées en conformité avec la loi sur les données personnelles.

Des bilans locaux mis en avant

Il ne faut donc pas s’étonner que le parti mette en avant, lors de cette première escale à Dakhla, les réalisations locales. Dakhla est la capitale d’une région peuplée de 220.000 habitants, en majorité concentrés dans cette langue de terre et aux abords de sa lagune qu’on appelle ici, « l’oued ».

Selon notre source du bureau politique, le gouvernement a donné davantage de moyens aux collectivités territoriales: en 2024, en accordant une prime exceptionnelle à toutes les collectivités pour renforcer leurs moyens; et en 2025 à travers une mesure de la loi de finances qui a augmenté de deux points la part de TVA redistribuée aux collectivités.

Le RNI préside la commune de Dakhla ainsi que son conseil provincial. Le conseil régional, lui, est revenu à l’Istiqlal.

Erragheb Hormatollah, jeune président de la commune, venu des jeunesses du RNI, fournit à Médias24, un rapide bilan: cela va des terrains de proximité (9), aux centres de santé (5), à la refonte du schéma directeur d’urbanisme, tous les réseaux locaux (voirie, eau potable, assainissement, réutilisation des eaux usées), le renforcement d’éclairage public, les marchés de proximité (1 réalisé et 4 en cours), le nouveau marché de gros de fruits et légumes (95% d’achèvement), les terrains de proximité (9 réalisés), le réaménagement de la piscine communale…

Enfin, la commune vient de lancer l’appel d’offres pour le nettoiement, la collecte et le traitement des déchets; ainsi que pour les transports urbains, dans le cadre du contrat-programme avec le ministère de l’Intérieur. Une gare routière est également attendue dans cette ville où la première faculté de médecine a ouvert à la rentrée 2024.

Ce meeting est le premier d’une tournée qui conduira ce parti dans les 11 autres régions, en remontant du sud vers le nord, et qui s’achèvera en décembre. Akhannouch, dans un discours relativement court, livre ses messages et notamment celui-ci  : après la voie de la confiance, c’est la voie des réalisations. En d’autres termes, un bilan qu’il revendique. Mais un bilan contrarié par la crise géopolitique et les sécheresses consécutives. Pour ce qui concerne l’emploi, le parti n’a pas tenu sa promesse électorale. Il a entretemps pris un nouvel engagement à l’horizon 2030. Idem, en matière de croissance, les taux réalisés restent en-deça des objectifs et des besoins.

Akhannouch répond brièvement et indirectement à certaines critiques. Par exemple, et à raison, sur le coût réel des subventions à l’importation de bétail. Il ajoutera qu’aucun autre gouvernement n’a jamais affiché un tel bilan dans les réformes et l’instauration de l’Etat social.

Depuis 2016, le RNI est devenu progressivement une grosse machine électorale dotée de moyens conséquents. Avec l’Istiqlal, qui a un appareil qui couvre tout le territoire, ce sont les deux partis les mieux organisés. Le troisième allié, le PAM, redémarre après avoir instauré une direction collégiale. Il reste encore entre 14 et 17 mois pour les élections législatives (en juin ou septembre). Il est trop tôt pour mesurer réellement un rapport de forces. Mais le RNI affichait ce samedi 3 mai une grande confiance.