En 2024, les levées de capitaux sur le marché marocain ont atteint un volume global de 107,5 MMDH, en progression de 23% sur un an. Cette hausse est portée à plus de 76% par les émissions de titres de créance négociables (TCN), qui culminent à 77,5 MMDH, contre 23,7 MMDH pour les obligations classiques.
Cette évolution des TCN s’explique autant par les conditions de marché que par des arbitrages stratégiques des émetteurs.
Une domination renforcée des financements courts
Les TCN regroupant certificats de dépôt (CD), billets de trésorerie (BT) et bons des sociétés de financement (BSF) sont devenus l’outil de prédilection des institutions financières. Ils offrent de la souplesse, une rapidité d’exécution et des coûts souvent plus compétitifs que les émissions obligataires longues, surtout en période de détente monétaire.
Dans le détail :
- Les certificats de dépôt, exclusivement émis par les banques, dominent toujours avec 48,9 MMDH, en très légère baisse par rapport à 2023 ;
- Les BSF enregistrent une progression importante de 89%, passant de 6,9 MMDH à 13,1 MMDH, signe d’un recours plus marqué par les sociétés de financement ;
- Les billets de trésorerie, accessibles aux grandes entreprises non financières, affichent une croissance plus modeste de 6% à 15,5 MMDH.
Répartition des émetteurs et usages des TCN
Les certificats de dépôt sont principalement émis par les banques. CFG Bank a mobilisé 10,4 MMDH en 2024, suivie de la BMCI avec 8,9 MMDH et de BOA avec 7,1 MMDH. Ces émissions répondent à des besoins courants de refinancement.
Pour les bons des sociétés de financement, SOFAC a levé 3,3 MMDH et Wafasalaf 2,9 MMDH. Ce segment concerne des établissements spécialisés qui utilisent ces titres pour soutenir leurs activités de crédit.
Du côté des billets de trésorerie, OCP représente la quasi-totalité du marché avec 12,7 MMDH émis sur un total de 15,5 MMDH. Ce recours s’inscrit dans une logique de financement court terme des besoins industriels.
Les TCN servent principalement à financer la trésorerie et les besoins opérationnels immédiats. Ils ne sont pas utilisés pour des projets de long terme.
Une dynamique en faveur des financements courts
L’orientation vers les TCN s’appuie sur trois facteurs. Le premier est le repli du taux directeur observé en mars 2025, qui rend les financements à court terme plus attractifs. Le deuxième concerne la souplesse opérationnelle des TCN, dont l’émission peut être réalisée sans procédure lourde. Le troisième tient à la demande des investisseurs, qui privilégient les maturités courtes dans un contexte de marché encore incertain.
Les obligations dans le mix de financement
Les émissions obligataires ont atteint 23,7 MMDH en 2024. Les placements privés ont représenté 11,8 MMDH, avec une activité stable sur les appels publics à l’épargne. Les obligations conservent leur utilité dans la gestion bilancielle et le financement de projets à long terme, mais leur part dans la dette privée diminue face à l’essor des TCN.