Le MASI cherche sa trajectoire, entre fondamentaux solides et regain d’incertitude. Le mois d’avril a bousculé la belle dynamique installée en début d’année. L’indice boursier a évolué de manière heurtée, alternant phases de rebond et baisses successives, avant de terminer le mois sur un recul de 2%.

Ce recul est intervenu alors que le marché venait d’enchaîner une progression spectaculaire en début d’année 2025, portée par la baisse du taux directeur et des résultats annuels globalement solides.

Le retour des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, sur fond d’annonces tarifaires de Donald Trump, a jeté un froid. En parallèle, certains investisseurs ont commencé à considérer les niveaux atteints comme élevés, entraînant des prises de bénéfices sur plusieurs grandes valeurs.

Le climat est devenu plus incertain. Les fondamentaux restent bien orientés, mais plusieurs signaux incitent désormais à la prudence. La préférence s’installe, les mouvements se font plus sélectifs, et les investisseurs paraissent partagés entre la poursuite du rebond et une consolidation du marché. Pour y voir plus clair, il faut revenir en détail sur ce qu’a révélé la séquence d’avril.

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02/01/202507/05/2025

Source: medias24.com

Le MASI avance entre seuils techniques et incertitudes durables

Peut-on dire aujourd’hui où va le MASI ? La tentation est grande de poser un objectif précis, d’anticiper une nouvelle vague haussière ou, au contraire, un retour plus profond. Mais, dans le contexte actuel, toute réponse tranchée relèverait davantage de la spéculation que de l’analyse.

« Il est difficile de répondre à cette question avec certitude dans le contexte actuel. Le MASI n’évolue pas dans un vide technique, mais dans un environnement mouvant, qui dépend fortement des annonces à venir, qu’elles soient d’ordre économique, monétaire ou géopolitique », confie un analyste du marché. « Cela dit, nous l’avons bien vu, le MASI a la capacité de revenir rapidement tester la zone des 18.000 points, et même de la franchir, si les fondamentaux suivent ».

Plusieurs éléments concrets vont dans ce sens. D’abord, le niveau actuel de valorisation, bien que tendu, reste soutenable. « Avec un price earnings ratio (PER) prospectif autour de 20 fois les bénéfices attendus, le MASI est jugé cher, mais pas encore excessivement surévalué ».

Les analystes estiment que la zone critique se situe autour de 20. Cela laisse, sur le papier, un potentiel de progression d’environ 5%, à condition que la dynamique bénéficiaire se confirme au deuxième trimestre.

Ensuite, les signaux de marché montrent une consolidation plutôt qu’un retournement. L’indice reste au-dessus de ses moyennes mobiles longues, et certains indicateurs, comme le Relative Strength Index (RSI), suggèrent qu’une reprise de la tendance haussière n’est pas exclue. Mais cette reprise ne se fera pas de manière large.

Enfin, il faut souligner l’évolution de la liquidité globale du marché. En mars 2025, la capitalisation totale du marché s’élevait à 925 MMDH , avec des volumes mensuels autour de 11 MMDH . En avril, malgré une correction de l’indice, la capitalisation est maintenue à 907 MMDH , et les volumes ont même progressé à 13,4 MMDH . Cela confirme que la Bourse reste active et que les investisseurs ne se sont pas désengagés.

« La perspective des 1.000 milliards de dirhams de capitalisation n’est donc pas irréaliste. Elle est conditionnée à un maintien de la croissance bénéficiaire, à la stabilisation du contexte international (notamment sur les matières premières et les taux US), et à une meilleure participation des investisseurs locaux. Dans ce cadre, le franchissement durable du seuil des 18.000 points dépendra moins des outils techniques que de la confiance qui s’installera ou pas dans les mois à venir ».

« Les fondamentaux restent bien orientés, mais le marché cherche un nouvel équilibre. L’appétit pour le risque demeure élevé, les flux sont toujours présents, et les perspectives bénéficiaires restent soutenues ».

Sous la surface agitée du mois d’avril, les signaux restent fondamentalement plutôt solides. Le socle sur lequel s’est construite la hausse du MASI depuis début 2024 n’a pas disparu ; on est sur une performance annuelle de plus de 18%. Il s’est même renforcé sur certains points.

La publication des résultats annuels a confirmé un redressement marqué de la rentabilité des sociétés cotées, avec une majorité de bénéfices en hausse, tant en nombre d’entreprises qu’en poids dans la capitalisation.

D’ailleurs, plusieurs groupes ont également accompagné leurs résultats de prévision prudentes mais positives pour 2025. « On parle ici d’une dynamique portée par des leviers réels de croissance : reprise de l’investissement, stabilisation des marges, et montée en puissance de nouveaux relais dans l’industrie, la finance ou la consommation », explique-t-il.

À cela s’ajoute un facteur monétaire important. La décision de Bank Al-Maghrib, en mars, de baisser son taux directeur a contribué à relancer l’intérêt pour les actifs risqués. L’impact ne s’est pas limité à un effet d’annonce, car les taux obligataires à long terme ont eux aussi décroché, ce qui offre un soutien durable à la valorisation des actions, en particulier à l’attractivité relative des placements obligataires.

Le tout s’est accompagné d’un flux encore soutenu ; en témoignent les volumes échangés en avril qui, malgré la baisse de l’indice, sont restés supérieurs à ceux de mars. Autrement dit, les investisseurs ne quittent pas le marché. Ils deviennent plus prudents, plus sélectifs, mais restent engagés.

Une respiration avant reconfiguration ?

« Le marché peut encore respirer un peu, dans l’attente des premiers résultats trimestriels de l’année 2025. Ces publications, qui ne sont pas encore achevées, pourraient marquer un tournant et ouvrir la voie à un nouveau mouvement, soit par confirmation des bonnes dynamiques fondamentales, soit par ajustement si les résultats sont négatifs », explique l’analyste de marché.

Les dernières semaines ont révélé un changement de posture. Après une progression marquée au cours du premier trimestre et les hésitations d’avril, les investisseurs adoptent une approche plus sélective. La volatilité reste présente, les prises de bénéfices ponctuelles également, mais le désengagement n’est pas au rendez-vous. Les volumes sont encore soutenus, la liquidité globale ne faiblit pas, et les grandes capitalisations continuent d’attirer les flux.

« D’ailleurs, au début du mois de mai, le marché a démarré sur une note baissière, mais hier et aujourd’hui, les indices ont nettement rebondi. Ce mouvement souligne que, malgré les incertitudes, l’appétit pour les actions demeure intact, dès que des signaux positifs réapparaissent ».

« La suite dépendra en grande partie des signaux à venir : évolution de l’inflation, politique monétaire, résultats des entreprises et nouvelles orientations stratégiques dans les secteurs clés. Le marché ne semble pas avoir perdu son élan, mais il attend des repères pour engager une nouvelle configuration. Le rebond peut reprendre, à condition que les prochains mois apportent la visibilité nécessaire », conclut notre interlocuteur.