Des personnages aux costumes extravagants, entre turban-nid d’oiseau et fès couronné d’une boîte d’œufs, des regards qui flottent entre rêve et réalité… À Tanger, l’exposition « Ibn Battouta, le voyage imaginaire« , signée par Monsieur G, convie les visiteurs à une traversée inédite des mondes de l’explorateur tangérois. Une traversée qui ne cherche pas à retracer l’itinéraire d’Ibn Battouta, mais à en réinventer l’esprit.
Organisée dans le cadre du Festival Ibn Battouta, tenu du 8 au 10 mai, l’exposition se déploie dans deux lieux emblématiques de la ville : l’Espace d’exposition de la mémoire d’Ibn Battouta, situé à Borj En-Naam, et la galerie Conil Volubilis. Visible durant tout l’été, elle invite à une relecture contemporaine et onirique des récits de voyage du célèbre explorateur.
Un récit visuel réinventé à l’ère de l’IA
Dès l’entrée, le ton est donné : ici, l’histoire se raconte autrement. Les murs sont peuplés de portraits de personnages inventés, aux allures irréelles et foisonnantes, que Monsieur G imagine comme autant de rencontres possibles d’Ibn Battouta au fil de ses périples. Certains portent des bijoux clinquants, d’autres des légumes ou des miroirs, en écho à des cultures croisées ou rêvées. Le résultat est déroutant, captivant, presque hypnotique.
« Ce qui m’inspirait, c’était le flou du récit d’Ibn Battouta, entre réalité et légende. J’ai voulu créer des personnages qu’il aurait pu rencontrer, avec une part d’exubérance, de merveilleux », explique l’artiste, interrogé par Médias24 lors du vernissage.
Photographe de formation, Monsieur G s’est tourné vers les outils d’intelligence artificielle générative pour explorer cette esthétique du fantasme. Pour lui, l’IA n’est pas une fin, mais un moyen : « C’est un outil créatif comme un autre, qui ouvre des possibilités nouvelles. Elle ne remplace pas l’artiste, elle le stimule ».
Un univers visuel foisonnant
Chaque portrait, réalisé à l’aide de l’IA, est minutieusement composé : matières textiles, textures, symboles issus des cultures marocaines, arabes, africaines ou asiatiques… L’ensemble forme une galerie de figures inventées, à mi-chemin entre conte oriental, peinture surréaliste et art numérique.
À Borj En-Naam, le contraste entre le bâtiment historique et les œuvres numériques accentue la tension entre passé et futur. À la galerie Conil Volubilis, plus contemporaine, l’exposition prend une autre dimension, plus installative, plus libre. Ce dialogue entre les deux espaces accompagne celui entre tradition et modernité, que le festival souhaite mettre au cœur de sa programmation.
Une exposition pensée aussi pour les plus jeunes
Pensée comme un voyage sensoriel, l’exposition vise aussi un jeune public. Des visites scolaires sont programmées, et Monsieur G prévoit de concevoir des affiches et des supports pédagogiques adaptés aux enfants. L’objectif : éveiller leur curiosité pour les cultures du monde, leur transmettre autrement l’héritage du grand voyageur tangérois et leur faire découvrir le potentiel créatif de l’intelligence artificielle.
En marge de l’exposition, le Festival Ibn Battouta propose également conférences, performances, rencontres artistiques et échanges autour du voyage, réel ou symbolique. L’ensemble compose une proposition culturelle ambitieuse, qui vise à ancrer durablement ce rendez-vous à Tanger.