Delta Holding a surpris le marché en enregistrant un volume d’échange exceptionnel de 215 MDH sur la semaine du 6 au 10 mai, dont 195 MDH concentrés sur la seule séance du vendredi 9 mai.
Une intensité rarement observée sur cette valeur habituellement discrète, ce qui suscite des interrogations sur la nature de ce mouvement. Faut-il y voir un signal révélateur ou un simple phénomène ponctuel ?
Dans le même temps, le cours de l’action s’est envolé de 9,49% sur la semaine, passant de 82,2 DH à 90 DH, dont une progression de 9,09% sur la seule séance de vendredi, avec plus de 2,4 millions de titres échangés.
Une telle conjonction entre volumes et performance, concentrée en une seule journée, interroge : qui achète ? Et pourquoi maintenant ?
Un mouvement sans signal officiel, mais un intérêt porté par la dynamique du BTP
Plusieurs analystes interrogés reconnaissent avoir été interpellés par l’explosion soudaine du volume sur Delta Holding. « Oui, nous avons tous vu les 195 millions échangés vendredi, c’est très inhabituel pour cette valeur », confie un analyste d’une société de bourse.
À ce stade, aucun élément concret ne permet cependant d’en expliquer la cause. « Il n’y a pas eu d’annonce, ni d’information particulière connue du marché », ajoute-t-il.
Plutôt qu’un signal spécifique à l’entreprise, c’est la dynamique sectorielle qui semble avoir pris le relais. « Ce n’est pas uniquement Delta Holding. On observe la même chose sur TGCC, qui a fortement progressé sur les deux dernières séances. Le titre est monté au-delà de 800 DH, après avoir stagné autour de 730 DH. Les volumes sont là aussi importants ».
Le regain d’intérêt pour les valeurs liées au BTP serait donc porté par les perspectives d’attribution de nouveaux chantiers publics, dans le cadre des efforts d’investissement du gouvernement. « On est sur un cycle d’appels d’offres favorable, les investisseurs se repositionnent sur les groupes qui ont une capacité d’exécution éprouvée ».
Delta Holding bénéficie de ce courant d’optimisme. « Ce type de volume, on ne l’a pas vu depuis longtemps. C’est peut-être un simple effet d’entraînement, ou bien des investisseurs qui anticipent quelque chose à l’approche de l’assemblée générale. Mais officiellement, il n’y a rien« .
Une valorisation plus tendue, mais pas encore dissuasive
La progression du titre remet aussi sur la table la question de sa valorisation. Selon les données de marché, Delta Holding se traite désormais autour de 26,7 fois ses bénéfices de 2024. Un niveau qui interpelle certains professionnels. « On est clairement au-dessus de la moyenne du marché. Ce n’est plus un titre sous-évalué« , indique un analyste.
Mais pour autant, ce ratio n’est pas jugé excessif au regard du nouveau profil du groupe. « Il y a une structure financière assainie, une visibilité qui s’améliore dans les métiers de base, et une diversification bien construite. Ce que le marché semble reconnaître, enfin ».
D’autres voix relativisent l’importance du P/E seul, en insistant sur la transformation en cours. « La hausse du cours reflète aussi le repositionnement du groupe. Si Delta Holding confirme cette trajectoire, le niveau actuel pourrait se justifier. Mais à court terme, il y a peut-être moins de marge ».
« Le titre n’apparaît pas exagérément valorisé, mais la fenêtre d’entrée idéale semble s’être refermée, à moins d’une nouvelle annonce ou d’un relais de croissance plus visible », conclut-il.
Des fondamentaux solides qui soutiennent la revalorisation du titre
Ce regain d’attention intervient alors que Delta Holding vient tout juste de publier des résultats annuels solides. En 2024, le groupe a dégagé un résultat net consolidé de 341 MDH, en hausse de 56% par rapport à 2023. Une performance largement tirée par l’amélioration opérationnelle des pôles d’activité et la plus-value dégagée lors de la cession de la filiale française Isosign.
Le chiffre d’affaires consolidé s’est établi à 3,13 MMDH, en progression modérée mais continue. En parallèle, le groupe a fortement réduit son endettement net, ce qui améliore significativement sa structure bilancielle. Le management évoque une « baisse de 327% » de l’endettement consolidé net, ce qui traduit un retour à une situation de quasi-trésorerie nette pour le périmètre financier.
Sur le plan stratégique, Delta Holding poursuit sa réorganisation industrielle. Le recentrage autour de cinq pôles clés (infrastructures, métallurgie, parachimie, eau et environnement, énergies) s’accompagne d’un désengagement progressif des actifs non stratégiques, à l’image d’Isosign. Cette recomposition permet au groupe de renforcer sa lisibilité et son efficacité opérationnelle, tout en conservant un profil diversifié.
Les résultats 2024, conjugués à une bonne visibilité sur le carnet de commandes dans les métiers du BTP, viennent ainsi conforter le positionnement du titre comme valeur à potentiel, malgré la discrétion dont il fait habituellement l’objet sur le marché.
Source: medias24.com