Dans un contexte de taux en baisse, de marchés agités mais globalement haussiers, de nombreux particuliers s’interrogent : faut-il investir ? Comment le faire sans expérience préalable ? Et surtout, comment structurer un portefeuille de façon simple et prudente, sans tomber dans les pièges classiques ?
En 2025, la dynamique boursière marocaine donne envie d’agir. La Bourse de Casablanca connaît un regain de confiance sans précédent. Depuis le début de l’année, l’indice MASI a progressé de plus de 20%, atteignant début mai un record historique au-dessus des 18.000 points. Les particuliers reviennent en force, avec plus de 4 MMDH investis sur les actions au quatrième trimestre 2024, soit une multiplication par 2,6 en un an.
En parallèle, les taux d’intérêt sont orientés à la baisse. Depuis que Bank Al-Maghrib a réduit son taux directeur en mars 2025, les rendements des produits obligataires et de l’épargne classique sont en diminution. De ce fait, les liquidités non investies perdent de leur valeur réelle avec la présence de l’inflation.
Sur le papier, les conditions semblent réunies pour se lancer en bourse. Mais cette dynamique cache aussi des fragilités. La volatilité reste élevée, les valorisations atteignent des niveaux tendus (PER moyen autour de 21x), et la hausse du marché repose en grande partie sur un petit nombre de valeurs dominantes. Pour un investisseur débutant, le risque est donc réel de se positionner trop vite, sans cadre clair, ou de céder à l’euphorie ambiante.
C’est dans ce contexte que de nombreux débutants cherchent à faire leurs premiers pas en bourse ou en OPCVM. Comment répartir ses avoirs entre liquidité, rendement et prise de risque mesurée ?
Les professionnels du conseil et de la gestion d’actifs insistent sur une chose : même avec peu d’expérience, il est possible de construire une stratégie simple, réfléchie et adaptée à son profil.
Structurer un portefeuille débutant
Quand on débute en bourse, l’écueil le plus courant, c’est de vouloir aller trop vite. On investit sans vision d’ensemble, on empile des produits sans cohérence, ou pire encore, on mise tout sur une valeur « conseillée » sur les réseaux.
« La première chose qu’on essaie de faire comprendre à un investisseur débutant, c’est que l’investissement n’est pas un sprint. C’est une marche organisée. Il faut poser les fondations, puis construire étage par étage », explique un conseiller en gestion de patrimoine dans une société de gestion.
Dans le contexte marocain actuel, où les taux sont en baisse et la liquidité en quête de rendement, structurer son portefeuille avec rigueur devient une nécessité.
« Un bon portefeuille commence toujours par une poche de sécurité. On parle ici de 30% à 40% du total, placés dans des OPCVM monétaires ou obligataires à court terme. Ces produits sont peu volatils et offrent une réserve mobilisable en cas de besoin », poursuit-il.
Vient ensuite la poche dite de stabilisation, composée d’OPCVM obligataires moyen et long terme, ou diversifiés équilibrés. « Cette poche peut représenter 30% à 40% aussi. Elle permet de générer un rendement modéré, tout en limitant les à-coups. Dans la configuration actuelle du marché, ces fonds sont redevenus intéressants, avec la détente sur les taux obligataires depuis mars 2025″, indique notre interlocuteur.
Enfin, la partie dynamique du portefeuille, à savoir entre 20% et 30% selon le profil, doit être exposée aux actions.
Mais là aussi, il est inutile de tout miser sur une ou deux valeurs. « L’idéal, pour débuter, reste l’OPCVM actions diversifié, de préférence un fonds orienté sur les blue chips marocaines. Cela permet d’entrer en douceur, avec une exposition large au marché », recommande l’analyste.
Les valeurs individuelles viendront plus tard, lorsque l’investisseur aura acquis une meilleure connaissance des secteurs et de leur comportement boursier.
Quels secteurs privilégier aujourd’hui ?
À la Bourse de Casablanca, plusieurs thématiques offrent actuellement des points d’entrée attractifs.
L’immobilier est en phase de redémarrage. « Les valeurs comme Addoha ou Alliances ont connu un rebond spectaculaire, soutenu par des carnets de commandes solides et une réorganisation stratégique. Le marché a redonné confiance à ces acteurs. Pour un investisseur moyen-long terme, ces titres peuvent compléter une poche actions, à condition de bien mesurer le risque inhérent à ce secteur cyclique ».
Le BTP et les matériaux de construction, de leur côté, affichent des performances intéressantes, portées par la commande publique, les projets d’infrastructure, et la reprise des mises en chantier. « LafargeHolcim, TGCC ou Jet Contractors ont publié des résultats solides. C’est un segment qui bénéficie d’une dynamique macroéconomique favorable au Maroc », explique notre interlocuteur.
« La technologie et les télécoms restent aussi stratégiques. Maroc Telecom demeure une valeur importante. Et avec le lancement prochain du cloud souverain, le digital gagne en importance dans les portefeuilles institutionnels ».
Enfin, « le tourisme revient progressivement dans les radars des investisseurs, via les valeurs hôtelières (Risma) ou logistiques (Marsa Maroc). La montée en puissance de la destination Maroc post-Covid, appuyée par des campagnes de promotion ambitieuses, redonne de la visibilité à ce secteur ».
Débuter en bourse : horizon clair, risque mesuré, discipline
« Commencer à investir sans objectif précis est l’une des erreurs les plus fréquentes. Une épargne pour la retraite n’a rien à voir avec un capital mis de côté pour un projet dans trois ans. Le risque, le type de placement et même l’état d’esprit doivent être différents », rappelle un professionnel du secteur.
« Autre piège courant, céder à l’émotion. Monter ou sortir du marché au gré des nouvelles ou des rumeurs revient souvent à s’auto-pénaliser. Ce n’est pas en anticipant les hauts et les bas qu’on construit une performance. Ceux qui réussissent sont souvent ceux qui investissent chaque mois, tranquillement, même avec de petites sommes », insiste notre interlocuteur.
« Ce qui fait la différence, ce n’est pas la trouvaille du siècle, mais la capacité à tenir une stratégie simple, régulière et adaptée à son propre rythme. Pas besoin de prévoir l’avenir. Il suffit de savoir pourquoi on investit et de s’y tenir », conclut-il.