TAQA Morocco est devenue, le 14 mai 2025, la troisième capitalisation de la Bourse de Casablanca. Sa valorisation a alors atteint 64,8 MMDH, dépassant pour la première fois Managem et Marsa Maroc. Ce 15 mai, elle s’élève à 65,3 MMDH, dans un marché valorisé à 943 MMDH.

Derrière elle, des valeurs industrielles historiques. Devant elle, deux mastodontes : Attijariwafa bank, qui pèse plus de 145 MMDH, et Maroc Telecom avec 99,2 MMDH. Ce changement dans la hiérarchie du marché reflète une dynamique nouvelle autour du titre, porté par des fondamentaux solides, mais aussi une vague d’intérêt qui interroge.

TAQA peut-elle consolider sa place dans le top 3 ? L’élan est là. Mais est-il soutenable ?

Depuis le début de l’année 2025, le titre TAQA Morocco a augmenté de 106,3%, passant de 1.340 DH à 2.751 DH au 15 mai.

La trajectoire haussière s’est accélérée au printemps, portée par des volumes plus dynamiques et un enchaînement de séances positives. Le 14 mai, l’action a atteint un plus haut historique à 2.858 DH, un seuil jamais franchi auparavant.

Cette progression s’est traduite par une revalorisation rapide de la capitalisation boursière, passée de moins de 32 MMDH à plus de 65 MMDH, soit un doublement en moins de cinq mois.

Une revalorisation portée par la visibilité

« Si le marché boursier poursuit sa trajectoire et atteint les 1.000 MMDH de capitalisation globale cette année, des valeurs comme TAQA Morocco devraient continuer de bénéficier de la prime accordée par les investisseurs à la régularité, à la visibilité et à l’alignement ESG. À ce stade, la hausse est moins portée par les résultats que par une revalorisation structurelle du profil de risque. Dans un marché qui se normalise, TAQA devient une valeur pivot, au même titre que les grandes banques ou Maroc Telecom », commente un analyste dans une société de bourse.

« TAQA Morocco est aujourd’hui traitée comme une valeur de fond de portefeuille. Son modèle régulé, ses flux prévisibles et son exposition limitée aux cycles en font une position recherchée dans un marché en phase d’élargissement. La diversification engagée vers les renouvelables contribue à renforcer cette perception, même si son impact sur les résultats restera progressif », ajoute-t-il.

Graphique
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Min
1 272.00
Max
2 770.00
15/05/202415/05/2025

Source: medias24.com

Des fondamentaux industriels alignés avec le marché

Le contexte énergétique actuel continue de jouer en faveur de TAQA Morocco. En mai 2025, le prix du charbon thermique de référence, utilisé par les centrales du groupe, se stabilise autour de 99 dollars la tonne. C’est un niveau historiquement bas, après le pic enregistré en 2022.

Ce facteur a allégé les charges d’approvisionnement en 2024, et les conditions restent favorables en ce début d’année. Tant que cette stabilité persiste, la capacité du groupe à maintenir des marges confortables reste intacte.

La demande d’électricité au Maroc, elle, ne faiblit pas. TAQA assure plus du tiers de la production nationale, avec un parc qui fonctionne à pleine capacité grâce à un taux de disponibilité élevé. L’électricité produite est vendue à l’ONEE dans le cadre de contrats à long terme, dont les échéances ont été alignées sur 2044 pour l’ensemble des six unités. Cette visibilité contractuelle donne au groupe un profil résilient, peu exposé aux fluctuations de la demande ou aux incertitudes commerciales.

À cette base industrielle stable s’ajoute une orientation affirmée vers les énergies renouvelables. Le groupe a démarré la mise en service du parc éolien de Boujmil (100 MW), un projet développé en partenariat avec Masen.

D’autres initiatives sont en cours, notamment dans le solaire avec Noor PV II, et dans l’ammoniac vert à travers le projet porté avec l’entreprise néerlandaise Moeve. Ces investissements ne modifient pas encore l’équation financière, mais ils renforcent le positionnement de TAQA Morocco dans la transition énergétique, un aspect de plus en plus scruté par les investisseurs.

« En l’état, l’environnement dans lequel évolue TAQA Morocco reste favorable. Entre la stabilité des prix du charbon, une demande soutenue en électricité et des revenus sécurisés à long terme, l’entreprise dispose d’un socle solide. Après un tel parcours boursier, une phase de respiration serait naturelle. Elle permettrait au marché de digérer cette revalorisation, sans pour autant remettre en cause les fondations qui l’ont rendue possible », estime l’analyste.

Un PER qui reflète plus la confiance que la croissance

« L’appréciation rapide du titre pose aujourd’hui la question de la valorisation. Avec un cours de 2.751 DH au 15 mai, le PER ressort à 61,7 fois les bénéfices de 2024, sur la base d’un résultat net part du groupe de 1.052,8 MDH. C’est un niveau particulièrement élevé, surtout pour une entreprise dont le profil repose sur la stabilité plus que sur la croissance rapide ».

La progression du titre ne s’est pas accompagnée d’un changement marqué dans les volumes. En mai, les échanges quotidiens ont rarement dépassé 10.000 titres. Cela suggère que le mouvement haussier reste porté par des flux ciblés, sans bascule massive de l’ensemble du marché. Si le rythme venait à ralentir, une phase d’attentisme ou de prises de bénéfices ne serait pas surprenante.

Des résultats stables qui confortent la trajectoire du titre

La position actuelle de TAQA Morocco dans le trio de tête de la Bourse repose sur une réévaluation progressive de son profil par le marché. Cette réévaluation s’appuie en premier lieu sur la solidité des résultats. En 2024, le résultat net part du groupe s’est établi à 1.053 MDH, en légère hausse, mais surtout avec une rentabilité en amélioration. La marge opérationnelle a atteint 24,2%, contre 20,5% un an plus tôt. Le groupe a tiré parti de la baisse des prix du charbon pour améliorer son efficacité sans dépendre d’une croissance du chiffre d’affaires.

C’est cette capacité à protéger ses marges dans un environnement de prix en repli qui renforce la perception de robustesse. TAQA continue de produire à pleine capacité, avec un taux de disponibilité de 93%, et ses revenus sont largement sécurisés par des contrats d’achat à long terme avec l’ONEE. Ce modèle assure une visibilité que peu d’entreprises cotées peuvent offrir, ce qui compte dans un marché où la régularité des performances devient un critère d’arbitrage.

Sur le plan financier, la structure reste équilibrée. Le ratio dette nette sur fonds propres s’établit à 39%, avec un levier limité à 1,6x l’Ebitda. L’entreprise conserve ainsi une capacité d’investissement sans remettre en cause sa politique de distribution. Le dividende proposé pour 2025, en hausse à 37 DH par action, s’inscrit dans cette logique de continuité.

Ce socle opérationnel et financier stable explique en grande partie pourquoi le titre a pu attirer progressivement plus d’investisseurs. À ce niveau de capitalisation, le marché ne valorise pas une croissance rapide, mais une combinaison de régularité, de visibilité et de positionnement stratégique.