Il était 21 h, les ruelles alentours vibraient d’une tension douce, les gens affluaient. Certains pressaient le pas, d’autres traînaient, comme pour savourer le moment avant le basculement. Puis soudain, les murs se sont mis à vivre. Des projections ondulantes, des images chaudes et organiques, comme des souvenirs lumineux. Le thème ? « Renaissances, de la Nature au Sacré ». Pas un slogan, une expérience.

Le show a commencé avec les femmes de Mayotte : Cercle solide, voix nues. Aucun effet, juste leur souffle. Des chants envoûtants, presque aquatiques. On aurait dit que la terre elle-même chantait à travers elles.

Puis changement de rythme. Les danseurs du Zaouli sont arrivés masqués, pieds martelant le sol. Le genre de moment où le public retient sa respiration. L’instant où tu ne regardes plus un spectacle : tu y es.

Et ça ne faisait que monter.

Les tambours du Burundi ont frappé. Fort. Brut. Primitif. On ne pouvait pas rester droit, même les plus calmes du public bougeaient, les épaules en rythme, les yeux brillants. Il y avait dans leurs frappes quelque chose de fondamental, de viscéral. Pas du divertissement. Un rappel.

Puis tout s’est figé. Le silence a pris sa place. Et dans ce silence : une voix, Battista Acquaviva. Cristalline, suspendue. Rien de théâtral, juste une présence. Elle chantait entre deux mondes — l’Italie de la Renaissance et la mystique soufie. C’était beau, mais surtout, c’était vrai.

Et puis, Habib Dembelé. Pas besoin de lumières, pas besoin de mise en scène : Il s’est levé, il a parlé, et la foule s’est tue. Il n’a pas joué, il a transmis des mots simples, mais lourds. Des silences pleins. Il racontait l’humain, le sacré, le quotidien. Il disait l’essentiel.

Le public ? Captif. Pas ébloui, connecté. Dans les yeux, cette lueur qu’on voit rarement : celle de ceux qui écoutent vraiment.

Bab Makina, ce soir-là, n’était pas une scène. C’était un pont entre générations, cultures et mondes. Et Fès, fidèle à elle-même, jouait son rôle d’intermédiaire avec une élégance qui ne force jamais.

Quand les dernières notes se sont éteintes, on n’a pas applaudi tout de suite. Il y avait ce moment suspendu, où chacun cherche à retenir ce qui vient de passer. Parce qu’on sait que ce genre de vibration ne se répète pas à la demande.

Le sacré, ici, ne criait pas. Il murmurait. Il ne s’imposait pas, il apparaissait dans un regard, une voix, une percussion. Et c’est peut-être ça, la vraie magie de ce festival : nous rappeler que le sacré n’est pas un lieu ou une foi, mais une sensation. Un battement commun.