Sous les cieux printaniers de Fès, les murailles de Bab Al Makina et les jardins de Jnan Sbil résonnent une fois de plus des voix du monde, venues chanter le sacré dans toutes ses formes. La 28ᵉ édition du Festival de Fès des musiques sacrées du monde, tenue du 16 au 24 mai 2025, s’inscrit sous le signe d’une « Renaissance » aussi bien culturelle que spirituelle.
Derrière cette alchimie subtile entre tradition, création et dialogue des civilisations, deux figures œuvrent dans l’ombre et la lumière : Abderrafie Zouiten, président de la Fondation Esprit de Fès, et Alain Weber, directeur artistique du festival.
Une vision royale devenue mission
Pour Abderrafie Zouiten, ce festival n’est pas un simple événement musical. Il est l’incarnation d’une vision, portée dès ses origines par le Roi Mohammed VI. Lors d’une conférence de presse tenue en marge du festival, il a rappelé avec conviction : « Dès le départ, le festival est né d’une vision royale, celle d’avoir un évènement qui puisse promouvoir l’esprit de tolérance et d’ouverture sur l’autre ainsi que le dialogue des cultures et des religions ».
La connaissance des racines et des traditions est un ancrage essentiel pour construire un avenir meilleur
Cette édition illustre particulièrement cette ambition. Le choix du thème de la renaissance ne doit rien au hasard. Il traduit, selon lui, un moment charnière pour le Maroc, en pleine effervescence culturelle : rénovation des médinas, création de musées, réhabilitation de sites historiques et montée en puissance d’une jeunesse artistique ambitieuse.
« La connaissance des racines et des traditions est un ancrage essentiel pour construire un avenir meilleur », affirme-t-il, soulignant l’importance de transmettre ces valeurs dans un monde troublé où la tolérance est plus que jamais mise à l’épreuve.
Le jumelage entre Fès et Florence, haut lieu de la Renaissance européenne, offre à cette édition une dimension symbolique forte, que le festival traduit avec finesse en intégrant la participation de jeunes artistes du continent africain, porteurs de traditions sacrées millénaires.
Le souffle créateur d’Alain Weber
Si Abderrafie Zouiten fixe le cap, c’est Alain Weber qui en dessine la cartographie poétique. Directeur artistique du festival depuis plusieurs années, il est l’architecte de ces grandes fresques musicales qui, chaque soir, éblouissent les spectateurs. Sa mission ? Tisser un fil narratif cohérent à partir du thème choisi, en y intégrant des artistes venus des quatre coins du monde.
« Renaissance, pour moi, c’est revenir aux grands bouleversements de l’histoire humaine, aux aspirations profondes qui nous ont traversés. Et surtout, comment, à partir d’une inspiration sacrée, l’homme se transcende, se réinvente », nous confie-t-il dans un échange avec Médias24.
Pour cette 28ᵉ édition, Alain Weber a conçu un parcours sensoriel et spirituel, traversé par les voix d’Asie centrale, les échos baroques d’Afrique, les rites vaudous réinterprétés en jazz, les danses sacrées du Kazakhstan, les chants flamencos ou encore les polyphonies méditerranéennes.
Chaque création est pensée comme une offrande, un miroir tendu au spectateur. « Ce que fait l’art, c’est exprimer ce que vous vivez intérieurement », dit-il avec une humilité désarmante.
L’artiste corse Batista Acquaviva, qui a participé à la création d’ouverture, résume ainsi son expérience avec lui : « C’est la première fois qu’on travaille ensemble, et je suis toujours sous le charme de ce qu’il peut apporter à la création artistique. Il a pu créer différentes représentations du sacré, à travers une complexité entre les musiques d’Afrique et du Moyen-Orient. »
Le festival de Fès comme quête
Plus qu’un spectacle, le Festival de Fès est une quête : celle de l’homme en quête de sens, de l’artiste en quête d’harmonie, du public en quête d’émotions vraies. Pour Alain Weber, c’est cette quête qui donne une unité à la diversité. « Quand vous venez écouter ces musiques, vous allez découvrir de nouvelles sonorités, mais surtout vous allez découvrir des choses en vous« , affirme-t-il.
Et c’est sans doute là que réside la magie du festival : dans la capacité à faire dialoguer l’ancrage et le mouvement, l’héritage et l’invention, la spiritualité et la beauté. À faire du festival non seulement un moment d’évasion, mais un acte de résistance culturelle face à l’uniformisation du monde, où la Renaissance n’est pas qu’un thème. Elle est un souffle, une promesse qui devient une réalité sensible, vibrante, incarnée.
https://medias24.com/2025/05/17/fes-16-mai-2025-le-sacre-a-trouve-sa-scene/