« Ces cimetières révèlent une riche mosaïque de traditions funéraires », écrivent les chercheurs Hamza Benattia, Jorge Onrubia-Pintado et Youssef Bokbot, auteurs de l’étude publiée le mardi 13 mai 2025 dans la revue African Archaeological Review.
Les chercheurs ont souligné dans l’étude « le manque d’exploration archéologique des coutumes funéraires locales et des paysages anciens de cette zone ».
« C’est une triste réalité que les paysages funéraires et rituels de la préhistoire tardive de l’Afrique du Nord, à l’ouest de l’Égypte, demeurent, malgré deux siècles de recherches, parmi les moins connus et les moins compris de la région méditerranéenne’, notent les auteurs de l’étude.
Lors de leur exploration de la péninsule nord-ouest de Tanger, les archéologues ont recherché des sites datant de 3.000 à 500 av. J.-C. et ont découvert trois nécropoles, dont certaines comprennent des « sépultures en ciste » – une cavité creusée dans la roche, recouverte et parfois marquée par des dalles de pierre.

Creuser la roche étant une tâche difficile, « leur construction a probablement nécessité un investissement considérable en temps et en effort », explique Hamza Benattia, doctorant en histoire et archéologie à l’Université de Barcelone et auteur principal de l’étude, dans un courriel adressé au magazine spécialisé Live Science.

L’équipe a effectué une datation au radiocarbone d’ossements humains provenant d’une de ces sépultures en ciste, révélant que la tombe avait été construite vers 2000 av. J.-C. Il s’agit de la toute première datation radiocarbone obtenue pour une sépulture en ciste en Afrique du Nord-Ouest, précisent les chercheurs dans leur article.
L’art rupestre : entre symboles et mystères
En parallèle, l’équipe a découvert une douzaine d’abris ornés d’art rupestre sur leurs parois. Ces œuvres présentent une diversité de motifs géométriques : carrés, points, lignes ondulées. On y observe aussi des figures anthropomorphes – des représentations humaines ou divines potentielles.
Sur certains abris, les chercheurs ont repéré des gravures circulaires appelées « cupules« , souvent organisées en motifs, notamment en cercles ou en lignes parallèles.


Parmi les dessins les plus remarquables figure une scène dite « bi-triangulaire », composée de huit triangles opposés les uns aux autres, superposés. Ce motif, connu localement sous ce nom, rappelle des représentations similaires en Ibérie. « Ces formes sont souvent interprétées comme des figures anthropomorphes, parfois féminines », précise Hamza Benattia.
Un autre motif intrigant montre des carrés ponctués de points et de lignes, un style que l’on retrouve aussi dans des zones du désert du Sahara, ajoutent les auteurs.
Pierres dressées : symboles de pouvoir et de rituel
Que ce soit autour des tombes ou des abris ornés, les archéologues ont également mis au jour des pierres dressées, pointant vers le ciel. Certains sites en contiennent plusieurs regroupées. Les tailles varient, la plus haute mesurant plus de 2,5 mètres.
« Les pierres dressées sont généralement perçues comme des marqueurs territoriaux à la préhistoire », indique Hamza Benattia. « Elles ont aussi pu jouer un rôle dans les rituels ou comme lieux de rassemblement ».
Selon les chercheurs, ces découvertes indiquent que « les paysages rituels de la péninsule de Tanger sont bien plus complexes et étendus que ce que l’on pensait jusqu’alors », et présentent des similitudes frappantes avec ceux de la préhistoire tardive en Ibérie méridionale et au Sahara.
Les mêmes auteurs de cette étude avaient déjà présenté, dans un article publié dans la revue Antiquity, les découvertes réalisées sur le site de Kach Kouch (Dhar Lmoudden, Oued Laou), révélant une occupation humaine continue entre 2200 et 600 av. J.-C. Contrairement aux idées reçues, ces vestiges avaient témoigné de l’existence de communautés amazighes anciennes, structurées et culturellement avancées, bien avant l’arrivée des commerçants phéniciens sur les côtes nord-africaines.