Le titre TGCC a connu une forte volatilité entre le 19 et le 21 mai. Le lundi, il progresse de 6,1% pour clôturer à 849 DH, sur un volume supérieur à 75 MDH, porté par l’annonce d’un partenariat stratégique avec le groupe saoudien Naif Alrajhi Investment. La dynamique haussière se poursuit le mardi 20 mai avec une clôture à 900 DH, sur un volume dépassant 81 MDH.
Mais dès l’ouverture de la séance du mercredi 21 mai, le marché inverse brutalement sa trajectoire. Ce même jour, TGCC annonce une augmentation de capital d’un montant pouvant atteindre 2,5 MMDH. L’action recule de 8,3% à la mi-journée, pour s’échanger autour de 825 DH.
L’action clôture finalement à 822 DH, en baisse de 8,6%, dans un volume de plus de 132 MDH, soit le niveau le plus élevé enregistré au cours des dix dernières séances.
Source: medias24.com
Un financement lié à STAM-Vias
L’annonce s’inscrit dans un contexte de transformation du groupe. Quelques semaines plus tôt, TGCC a finalisé l’acquisition de STAM-Vias.
TGCC a acquis 60% du capital de STAM, pour une opération valorisée à 4,3 MMDH. L’opération comprend également une montée de STAM dans le capital de VIAS SA, sa filiale spécialisée dans les infrastructures de transport, dont elle détient désormais 80%.
L’augmentation de capital servira à financer, au moins en partie, cette opération. L’acquisition de STAM-Vias représente une opération concrète de consolidation sur le marché local. Elle va contribuer à transformer véritablement le périmètre du groupe.
L’augmentation de capital se fera par émission d’actions nouvelles, dans une fourchette comprise entre 625 DH et 725 DH, et sans droit préférentiel de souscription. Ce montage a modifié la lecture que faisaient jusque-là les investisseurs du positionnement de TGCC.
« Cette opération augmente la surface financière du groupe, mais pas sa taille économique immédiate », explique un analyste de marché interrogé. « Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’augmentation de capital renforce les fonds propres, ce qui donne à TGCC plus de marge de manœuvre pour financer ses projets. L’élargissement réel du périmètre d’activité viendra surtout de l’intégration de STAM-Vias et des opportunités qui en découlent ».
Pourquoi une réaction à la baisse par le marché ?
Un autre analyste de marché, interrogé par Médias24, explique que ce n’est pas la levée de fonds en soi qui a provoqué la réaction du marché, mais plutôt la combinaison de plusieurs éléments inattendus.
« Ce type d’augmentation sans droit préférentiel reste rare sur le marché marocain. Elle implique mécaniquement une dilution pour les actionnaires qui ne participent pas. Dans ce cas précis, l’opération est ouverte au public, ce qui permet aux actionnaires existants d’y souscrire, mais sans priorité ni garantie. Ce flou dans l’accès à l’opération peut entretenir un sentiment d’exclusion. Dans un environnement boursier peu liquide, cela fragilise la confiance, même si l’intention stratégique peut être justifiée ».
Le niveau de décote par rapport au marché a également été mal perçu. Alors que l’action cotait 900 DH le 20 mai, la fourchette de souscription envisagée se situe bien en deçà, ce qui a renforcé l’idée que la valorisation retenue pour l’opération ne reflète pas les cours récents.
« Un investisseur qui a payé 880 DH ou 900 DH se retrouve face à une émission possible à 650 DH. Même s’il comprend la logique de renforcement des fonds propres, il voit une perte immédiate de valeur potentielle. Ce type d’écart est toujours difficile à accepter si la destination des fonds n’est pas perçue comme prioritaire ou transformante », précise notre interlocuteur.
Mais, selon le même analyste, le marché aurait probablement réagi différemment si les contours financiers de cette séquence avaient été mieux encadrés dès le départ. « Ce que les investisseurs n’aiment pas, ce sont les zones d’ombre. La Bourse ne rejette pas la croissance, ni les augmentations de capital. Ce qu’elle sanctionne ici, c’est un enchaînement mal piloté en termes de communication financière ».
Un autre analyste dans une société de bourse met en avant un effet souvent sous-estimé : l’augmentation du nombre d’actions en circulation.
« Au-delà du prix d’émission ou de l’absence de droit préférentiel, le simple fait d’introduire plusieurs millions de nouvelles actions sur le marché a un impact mécanique sur la valorisation perçue. Cela dilue le bénéfice par action et pousse les investisseurs à revoir à la baisse leurs anticipations de rendement, du moins à court terme. Sans projection claire sur les effets économiques de cette opération, le marché ajuste sa lecture, non pas parce qu’il rejette le projet, mais parce qu’il en redéfinit les paramètres ».
Il ne s’agit pas ici d’un rejet du projet industriel. Le marché réagit à une question de valorisation
À la mi-journée du 21 mai, le carnet d’ordres de TGCC affichait une tension mesurée mais réelle. Du côté des acheteurs, 21 ordres regroupaient une demande de 2.270 titres, concentrée entre 820 et 825 DH. En face, l’offre se répartissait sur 21 ordres également, pour un total de 1.973 titres, avec des prix demandés allant de 825,7 DH à 830 DH.
Le déséquilibre n’était pas brutal, mais le retrait net des acheteurs au-delà de 825 DH signalait une forme de résistance, liée à l’annonce de l’augmentation de capital. « En l’état, le titre risque de poursuivre sa correction dans les prochaines séances ».
« Il ne s’agit pas ici d’un rejet du projet industriel. Le marché réagit à une question de valorisation. L’entreprise indique elle-même qu’elle va émettre de nouvelles actions à un prix situé entre 625 DH et 725 DH, ce qui rebat les cartes pour les actionnaires actuels ».
Et de conclure : « Ce type d’opération exerce une pression à la baisse tant que les objectifs associés ne sont pas chiffrés de manière claire ».