Lors de la journée d’échange intitulée « Défis d’adaptation de l’oléiculture : contraintes et perspectives« , organisée ce mercredi 21 mai, Saïd Fegrouche, directeur de l’interprofession Interprolive, a dressé un tableau préoccupant de la filière oléicole, tout en esquissant une vision stratégique pour sa relance durable à l’horizon 2030.

« La filière oléicole a connu un contexte délicat durant la campagne 2024-2025 », a déclaré Saïd Fegrouche, soulignant que « la production a été extrêmement faible » en raison d’ »une sécheresse persistante qui dure depuis plus de six ans ». Selon lui, cette situation a provoqué « des pertes accrues de centaines d’hectares, notamment en raison du stress hydrique », aggravées par « un marché fortement perturbé par les spéculateurs, ce qui a eu un impact significatif sur l’approvisionnement des unités de valorisation », mais aussi par « une perte importante d’emplois dans le secteur oléicole ».

Le directeur de l’interprofession a insisté sur l’évolution négative de la production au cours des dernières années. « La chute de la production entre 2017 et 2025 met en évidence la nécessité de concentrer les efforts sur la préservation de l’existant et l’adaptation des pratiques durables face aux effets des changements climatiques ».

 

Une interprofession structurante

Créée en 2009 et reconnue en 2018 conformément à la loi 03-12, l’Interprolive regroupe les principaux acteurs de la filière. « En amont, nous avons la Fédération nationale des producteurs d’olives du Maroc, et en aval, la Fédération de la trituration des olives et de la commercialisation de l’huile d’olive du Maroc, ainsi que la Fédération des industries de la conserve des produits agricoles du Maroc – section des olives de table », a précisé Saïd Fegrouche.

Une vision à l’horizon 2030

Face aux bouleversements structurels, l’interprofession a élaboré un agenda stratégique ambitieux pour les décennies à venir. « Notre agenda stratégique à l’horizon 2030 s’inscrit dans un contexte marqué par six défis majeurs qu’il est nécessaire de relever pour permettre à l’interprofession de jouer pleinement son rôle dans le développement durable et structuré de la filière », a-t-il affirmé.

Ces défis, selon Saïd Fegrouche, sont les suivants :

– mettre en place des mécanismes financiers durables pour renforcer l’action de l’Interprolive ;

– développer un réseau d’expertise pluridisciplinaire au service de la filière ;

– bâtir un système d’information moderne pour un pilotage efficace et une prise de décision éclairée » ;

– valoriser à travers une stratégie de communication institutionnelle proactive et un plaidoyer structuré ;

– fédérer un noyau de leaders engagés pour impulser une nouvelle dynamique à la filière ;

– renforcer la structuration et la représentativité des professionnels pour une gouvernance équilibrée et inclusive.

Cinq leviers d’action prioritaire

Afin de concrétiser cette vision, l’Interprolive a également réorganisé ses priorités autour de cinq axes majeurs :

– la formation et le renforcement des capacités ;

– le renforcement de la qualité et de la traçabilité ;

– le soutien à la recherche et à l’innovation ;

– le soutien à l’organisation et aux initiatives locales ;

– la coordination des initiatives nationales et internationales.

Des projets structurants en cours

Parmi les actions concrètes entreprises, plusieurs projets structurants sont déjà en cours. Saïd Fegrouche cite notamment « l’unité de valorisation des grignons à Taounate, en cours de construction en partenariat avec le conseil régional de la région Fès-Meknès ».

Il mentionne également « l’Institut technique de formation, en coordination et partenariat avec la Direction de l’enseignement, de la formation et de la recherche relevant du ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts », un projet actuellement « en cours d’étude ».

D’autres initiatives sont à l’étude, dont « un partenariat stratégique avec l’Agropole Olivier de Meknès« , et « une vision renouvelée de l’agrégation agricole en collaboration avec l’Agence de développement agricole, pour co-créer la filière de demain ».

Enfin, le directeur de l’interprofession souligne que « la transformation numérique est envisagée comme un levier essentiel pour réussir les projets futurs ».