Lors de l’événement de présentation des projets de la CAN 2025 et du Mondial 2030, le secteur touristique a été tout naturellement évoqué. Car accueillir des compétitions de cette envergure ne se limite pas à la mise à niveau des infrastructures sportives : c’est l’ensemble de l’écosystème national qui est mobilisé, au premier rang duquel figure le tourisme.

Capacité d’hébergement, animation des villes, montée en gamme des prestations… À travers les interventions de Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, et de Imad Barrakad, directeur général de la SMIT, le gouvernement affiche une ambition amplifiée par la volonté de transformer ces échéances sportives en levier de développement durable et structurant pour le secteur.

99 % des visiteurs qui viennent au Maroc déclarent vouloir revenir

Depuis 2022, le tourisme marocain connaît une relance forte, avance la ministre. « 17,4 millions de touristes en 2024, un record absolu qui place le Maroc en tête des destinations africaines. Cette dynamique se poursuit en 2025, avec 5,7 millions de touristes à fin avril, soit un million de visiteurs supplémentaires en seulement quatre mois », détaille-t-elle.

« 99% de nos visiteurs déclarent que leur séjour a répondu à leurs attentes, soit 10 points de plus qu’en 2019. Et, comme je l’ai dit, 99% souhaitent revenir dans notre pays. Plusieurs de nos villes figurent d’ailleurs parmi le top 10 mondial sur les plateformes de voyage les plus influentes », poursuit-elle.

99% de nos visiteurs déclarent que leur séjour a répondu à leurs attentes, soit 10 points de plus qu’en 2019

L’objectif de la stratégie marocaine, à laquelle le gouvernement alloue un budget de 6 milliards de DH, est d’accueillir 26 millions de touristes à long terme et de placer le Maroc parmi les 15 premières destinations mondiales en 2030.

Le Momentum ainsi que les mesures d’encouragement à l’investissement touristique ont trouvé écho auprès des investisseurs, nationaux et internationaux, « dont l’intérêt est déjà visible », selon la ministre.

Au cours de ces deux dernières années, 350 hôtels ont ouvert leurs portes au Maroc. À ce jour, 850 entreprises ont été accompagnées dans le cadre du programme Go Siyaha, et trois programmes d’incubation dans les domaines du gaming, de la gastronomie et du digital accompagnent déjà 340 projets.

Effet CDM : entre 1 et 2 millions de visiteurs supplémentaires

Pour la ministre, « dans ce contexte touristique déjà très favorable, la Coupe du monde représente une opportunité en or pour franchir un nouveau cap . (…) La Coupe du monde n’est pas une fin en soi, c’est un tremplin vers un développement touristique durable ».

Fatim-Zahra Ammor chiffre l’impact de cet évènement sportif pour son secteur : attirer entre 1 et 2 millions de visiteurs supplémentaires, avec des retombées économiques importantes, dont près de 40% bénéficieront directement au secteur touristique.

« Nous prévoyons également une audience télévisée cumulée de plus de 5 milliards de téléspectateurs, offrant ainsi une visibilité mondiale inédite pour notre destination », ajoute-t-elle.

« Notre objectif n’est pas de construire pour laisser des coquilles vides »

Message important de la ministre : « Notre ambition ne s’arrête pas à 2030 ni aux six villes hôtes. Ce que nous voulons, ce sont des décennies de développement touristique pérenne pour l’ensemble des régions du Maroc. Notre objectif n’est pas de construire pour laisser des coquilles vides. Il est essentiel d’assurer la pérennité des réalisations ».

Fatim-Zahra Ammor décline la vision dans ce sens, qu’elle appelle « la stratégie d’héritage« . Celle-ci repose sur trois piliers :

  • Le développement d’infrastructures hôtelières en harmonie avec la vocation touristique de chaque région, et en ligne avec les besoins identifiés dans la feuille de route. « Il ne s’agira pas de changer de cap, mais de rester alignés avec nos objectifs tout en répondant aux exigences de la Coupe du monde ».
  • La création d’une filière de tourisme sportif permanente, qui sera intégrée à notre prochaine feuille de route. « Ce secteur n’est pas encore structuré, mais nous allons y travailler ».
  • La formation d’un capital humain d’excellence, qui constituera la nouvelle génération de professionnels du tourisme marocain.

Le détail de l’investissement touristique avec la SMIT

Lors du même évènement, le directeur général de la SMIT a pris le relais pour expliquer en détail ce qui se fait en matière d’investissement touristique.

De son intervention, on comprend que la stratégie marocaine tend à faire passer le Maroc d’une logique d’hébergement à une logique d’expérience.

« Dans certains pays, construire un hôtel prend neuf mois ; dans d’autres, un an, voire trois ans. Au Maroc, cela peut prendre jusqu’à cinq ans. Nous avons donc entrepris de travailler sur la réduction de ces délais. Nous avons commencé par les établissements existants, puis nous irons vers la construction de nouveaux hôtels avec, chemin faisant, la réflexion autour de l’animation touristique et la création d’un écosystème performant autour de ces infrastructures », expose Imad Barrakad.

Ce dernier assure que la capacité a beaucoup évolué. Voici les chiffres présentés :

  • En 2014 : 2.800 hôtels ; aujourd’hui : 5.000.
  • Environ 300.000 lits ou 150.000 chambres.

« En tout cas, nous évoluons, depuis deux ou trois ans, à un rythme moyen de 8.000 lits par an », résume-t-il. Un rythme qu’il juge insuffisant. « Nous travaillons à améliorer cette cadence, car 2030 approche, pas seulement à cause de la Coupe du monde, mais aussi en raison d’un train d’évolution de la demande qui est extraordinaire ».

Au Maroc, construire un hôtel peut prendre jusqu’à cinq ans. Nous avons donc entrepris de travailler sur la réduction de ces délais

Imad Barrakad dresse aussi l’enjeu : « Il faut savoir que la Coupe du monde se jouera en été, ce qui correspond aussi au pic du tourisme. Il faudra donc concilier les deux. On entend des chiffres : 1, 2, voire 3 millions de touristes supplémentaires. Aujourd’hui, nous tablons sur 3 millions. Cela nécessite de travailler sur l’investissement et la qualité de l’offre ».

D’après le directeur général de la SMIT, « les chantiers se font à deux niveaux : le premier est l’amélioration de la qualité de service, et bien sûr, nous nous préparons pour fin 2025, avec la Coupe d’Afrique. Nous nous préparons aussi pour l’après-2026, avec la création de nouvelles capacités, mais également la consolidation de l’offre d’animation ».

Environ 62.000 chambres sont concernées par la mise à niveau

Deux types de mises à niveau sont en cours, selon Imad Barrakad. La première est légère. Il s’agit de l’amélioration de la qualité de service. Des aides financières ont été mises en place et environ 62.000 chambres sont concernées dans les villes hôtes, et 98% d’entre elles sont aujourd’hui prêtes. Cela représente près d’un milliard de dirhams d’investissement, sur 736 établissements.

La deuxième est une mise à niveau structurelle. Cela signifie qu’un établissement comme le Sofitel Palais des Roses doit complètement être rénové, explique-t-il. Certains hôtels commencent à devenir anciens : ils doivent totalement être rénovés, l’équivalent d’un nouvel hôtel.

Cela concerne 12.400 chambres, dont 6.500 seront prêtes avant fin 2025, réparties sur 36 hôtels. Environ 6.000 chambres supplémentaires seront prêtes après cette date, pour un investissement total de 6 milliards de DH, avance-t-il.

« 60% de la capacité dans les villes hôtes est quasiment renouvelée ou mise à niveau. Il faudra ensuite maintenir cette qualité ».

En résumé, « d’ici fin 2025, 80 % des 68.000 chambres rénovées seront dans le segment luxe et mid-scale. À partir de 2026, 80% des projets également seront dans ces deux segments, ce qui constitue notre appareil de production principal ».

Les prochaines étapes sont la publication des nouvelles normes, prévue au second semestre 2025, annonce le directeur général de la SMIT.

« Ces normes intégreront la qualité de service. Aujourd’hui, un hôtel est jugé uniquement sur la base de critères physiques. Avec cette nouvelle réglementation, nous pourrons aussi juger la qualité du service : l’accueil, la restauration, etc. Cela donnera aux investisseurs et gestionnaires les moyens d’élever la qualité », explique-t-il.

Les nouveaux projets en cours

Actuellement, environ 27.000 chambres sont en cours de réalisation. 4.200 seront livrées avant fin 2025, 12.800 d’ici 2030, et 10.000 sont en cours d’autorisation.

« Concernant les fournisseurs, environ 1.300 ont été mobilisés sur les 6 à 7 milliards de DH investis dans la rénovation, dont 99% sont marocains. Plus de 4.000 devis ont été émis dans divers domaines : énergies renouvelables, digital, etc. Le digital a pris une place prépondérante dans cette mise à niveau, et c’était voulu. Les cahiers des charges ont été orientés dans ce sens », affirme le Imad Barrakad.

Il explique par ailleurs que l’appareil de production ne se limite plus aux hôtels. Il inclut désormais l’animation. À ce niveau, plus de 280 projets d’animation sont engagés dans le cadre de la feuille de route, pour une livraison à fin 2025, incluant le gaming (95 projets), la gastronomie (91 projets) et le digital (44 projets).

Il révèle aussi que plus de 900 projets d’animation sont prévus avant 2030, dont 324 dans l’animation sportive, 289 dans l’animation loisir et 140 dans l’animation culturelle.

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