Brahim El Bahri en convient : la formation des jeunes footballeurs au Maroc a considérablement évolué. L’Académie du Fath Union Sport (FUS) en est le parfait exemple. Entraîneur principal des U17, l’ancien international marocain jouit de conditions idoines dans l’exercice de ses fonctions.

Une politique de formation instaurée il y a plusieurs années, consolidée cette saison par l’adhésion du FUS au nouveau programme de la formation des jeunes. Jusqu’à présent, onze clubs ont adhéré à ce nouveau système, initié par la Fédération royale marocaine de football (FRMF) et géré par Evosport, filiale de l’Université Mohammed VI polytechnique (UM6P).

En cette première année d’application, certains centres de formation participants connaissent de profonds changements infrastructurels et organisationnels. Ce n’est pas le cas du club de la capitale, dont l’Académie “était déjà bien structurée, avec de bonnes conditions d’entraînement qui n’ont rien à envier aux centres de formation européens”, assure à Médias24, Michael Lebaillif.

Également passé par les centres de formation du Havre et de Marseille, il a été nommé par la Direction technique nationale (DTN), référent dans la ligue régionale Rabat-Salé-Kénitra. Le FUS offre donc un terrain balisé où l’application de la nouvelle réforme coulera de source.

“Via la DTN, nous avons pour mission d’apporter une plus-value à la méthodologie de travail et d’uniformiser les contenus sur l’ensemble des clubs affiliés à ce projet afin d’accompagner à la fois les coachs mais aussi les joueurs vers l’excellence en matière de formation”, explique ce formateur chevronné.

Académie du FUS

Cette expertise bénéficiera d’abord à 120 joueurs répartis entre six catégories (des U13 aux U18), dont une soixantaine résident au centre de formation, à la faveur d’une coopération fluide et totale entre les différentes parties prenantes. “Cette réforme a été accueillie à bras ouverts dans notre club”, abonde Brahim El Yamani, directeur technique à l’Académie du FUS.

“Nous travaillons main dans la main avec la Direction technique nationale en vue d’optimiser le développement de nos jeunes. Ça ne peut être qu’une chose de bénéfique pour le football marocain”, se félicite-t-il. En effet, en bout de chaîne, le programme de formation national a pour objectif de rehausser le niveau global de la formation des jeunes footballeurs marocains et, in fine, les performances des équipes nationales. La capacité de l’Académie du FUS à former des joueurs de haut niveau ne date pas d’hier.

En attestent les performances remarquées de Ahmed Mouhoub, l’un des joyaux du club, à l’occasion de la Coupe d’Afrique des nations U17, organisée au Maroc en ce mois d’avril 2025. Son quasi-homonyme, El Mehdi Maouhoub, est une preuve supplémentaire de la capacité de l’Académie du Fath Union Sport à former des joueurs de qualité et bien valorisés sur le marché des transferts.

Un programme de formation valorisant pour les joueurs

Façonné dans cette structure de haut niveau où l’exigence infuse à tous les étages, l’international olympique et médaillé de bronze aux JO de Paris 2024 est actuellement valorisé à hauteur de 1,5 million d’euros par le site de référence TransferMarkt. Le champion du Maroc (2023-2024) sous les couleurs du Raja Athletic Club a déjà apporté près de deux millions d’euros à ses différents clubs respectifs, dont 270.000 euros au FUS.

Et ce n’est pas fini. Car l’attaquant de 21 ans ne devrait pas s’éterniser au Dynamo Moscou, qui a déboursé 1,7 million d’euros pour s’attacher ses services. Ce savoir-faire en matière de formation n’est pas le fruit du hasard, mais plutôt le résultat logique d’un programme de formation complet, qui tranche avec les années de vaches maigres en la matière. Une expertise qui s’enrichit grâce à l’adhésion du club au nouveau modèle de la formation, porté par la Fédération royale marocaine de football (FRMF).

Brahim El Bahri, lors d’une séance d’entrainement

“Aujourd’hui, il y a des moyens de réussite supérieurs à ceux de notre époque, mais il y a aussi plus de difficultés, notamment le rythme général des matchs qui a augmenté. Sans oublier que la concurrence est beaucoup plus grande dans les centres de formation”, précise Brahim El Bahri.

Et pour cause, intégrer un centre de formation et s’assurer un avenir professionnel n’est pas donné à tout le monde. Certes, il est difficile de fournir un chiffre précis sur le taux de professionnalisation actuel au Maroc. En revanche, en France, l’un des pays les plus avancés en termes de formation, le taux de professionnalisation en sortie de centre ne dépasse pas les 18 %, selon la Fédération française de football.

D’où l’importance d’avoir un projet de formation global, “scolaire, éducatif et sportif”, souligne Brahim El Yamani. Supervisé par le directeur de formation, Jean-François Pien, ce programme en sport-étude s’appuie sur des standards de formation élevés pour atteindre les hautes sphères de la performance.

L’approche holistique qui guide cet apprentissage englobe aussi bien l’aspect physique que psychologique, tactique et technique. Mais pour accéder à l’Académie du FUS, “tout jeune doit passer une batterie d’étapes dont la dernière est une immersion dans la structure avec des entretiens mentaux, scolaires, éducatifs et sportifs”, précise Brahim El Yamani.

Les jeunes jouissent d’une prise en main complète

Un processus qui assure une égalité des chances, pour peu que les joueurs soient pétris de talent. Depuis quelques mois, cette stratégie de détection est renforcée par l’apport de la Direction technique nationale, sous la supervision de Fathi Jamal. “Dans le cadre de nos missions, on a un suivi des détections sur les plus jeunes U10, U11, U12, U13, U14, on se doit d’aller voir les matchs tous les week-ends”, affirme Michael Lebaillif.

“Pour les U15, U16, U17, il y a un suivi qui existe déjà. Des détections sont organisées dans chaque ligue. Puis avec cette réforme, il y aura forcément la détection orientée pour que les clubs qui ont signé cette convention avec la FRMF puissent observer les joueurs que nous avons sélectionnés”, poursuit-il.

« Les éducateurs doivent être plus des guides que des entraîneurs »

Dès qu’ils mettent un pied dans l’Académie du FUS, les jeunes jouissent d’une prise en main totale, sur et en dehors du terrain. Dans le rectangle vert, l’approche est guidée par la volonté de les aider à devenir des joueurs intelligents et autonomes dans leur formation”, explique M. Lebaillif.

La méthodologie est axée sur l’interaction, car “de nos jours, les éducateurs doivent être plus des guides que des entraîneurs”, avance-t-il. Il n’en faudra pas moins pour maintenir le cap sur la route escarpée vers le haut niveau. Un parcours où l’évolution des joueurs est suivie de très près.

Salle de musculation Académie du FUS

Analyse vidéo, data, entretien individuel… tous les moyens sont mis en œuvre en vue d’assurer un suivi à une fréquence hebdomadaire. Une stratégie dont les résultats sont palpables. À l’image de Yanis Dubois, défenseur des U17, qui avait quelques lacunes dans la relance sous pression. “Mais je me suis beaucoup amélioré, grâce au travail fourni par l’ensemble du staff lors des ateliers spécifiques que nous effectuons chaque semaine”, se réjouit-il.

Au-delà des conditions d’entraînement, la satisfaction de Yanis concerne également un pôle médical performant. “Hier, je me suis blessé à l’épaule et dès ce matin, j’avais rendez-vous chez le médecin”, affirme-t-il. Un parcours de soins conçu de manière à traiter les blessures mais aussi à préserver la santé des jeunes sur le long terme. Après avoir défini le processus de soins, “nous avons différencié les consultations à froid et l’urgence”, précise le Dr Essayafi Mohamed, responsable du pôle médical à l’Académie du FUS depuis deux saisons.

Grâce à une couverture totale de l’ensemble des sites par des kinés et des soigneurs, le blessé est rapidement pris en charge. En moyenne, le Dr Essayafi et son équipe traitent jusqu’à dix blessures par jour, avec un pic les lundis, lendemain des matchs. À ce titre, une attention particulière est portée aux chocs à la tête. “Il y a un protocole avec des guides internationaux qui prévoient quinze jours de surveillance et d’arrêt”, assure notre interlocuteur. En cas d’urgence, un protocole strict est activé qui doit mener le joueur jusqu’à un hôpital conventionné.

Quelle que soit la nature de la blessure, elle est traitée efficacement avant de lancer la phase de réathlétisation, en coordination avec le préparateur physique de l’équipe. “Le jeune est pris en charge par un kinésithérapeute. Nous avons à disposition une salle de physiothérapie et une salle de rééducation fonctionnelle”, précise notre interlocuteur.

Réeducation Académie du FUS

« La scolarité, un pilier du programme de formation » Brahim El Yamani, responsable technique

En plus d’une prise en charge médicale adaptée au sport de haut niveau, la scolarité des jeunes en formation fait l’objet d’un accompagnement rigoureux. “La scolarité est le pilier central de notre projet de formation”, affirme Brahim El Yamani. “Si un jeune s’absente des cours le matin pour une raison ou une autre, il ne s’entraîne pas l’après-midi”, insiste-t-il.

Au quotidien, les jeunes parcourent les quelques centaines de mètres qui séparent l’Académie du FUS des établissements scolaires où ils étudient, généralement le matin. Mais lorsqu’ils ont des obligations sportives, des aménagements sont toujours possibles. “C’est l’un des avantages de ce système en sport-étude”, souligne Fatiha Belemghrare, directrice pédagogique à l’Académie du FUS. Cadre de l’Éducation nationale avant d’occuper le poste de responsable pédagogique à l’Académie Mohamed VI, Mme Belemghrare est d’un calme olympien.

Une qualité nécessaire lorsqu’il faut encadrer les jeunes de l’Académie, où les aménagements scolaires sont fréquents. “Nous programmons quelques cours de soutien et d’accompagnement. Les professeurs viennent à l’Académie pour permettre aux jeunes de rattraper les cours qu’ils ont ratés, notamment lorsqu’ils sont appelés en sélection », assure-t-elle.

Pour ceux qui n’ont pas la chance de représenter leur pays, le temps peut parfois sembler long. D’autant plus qu’ils ont rarement l’occasion de passer des moments avec leurs proches. Sont-ils pour autant gagnés par la mélancolie ? « Au début, certains expriment le manque de leur famille, surtout les plus jeunes venus de loin. Mais ils finissent par s’adapter, car ils sont ici pour vivre de leur passion : le football”, avance Fatiha Belemghrare.

“On est tous ici, loin de nos familles et de nos proches, avec un seul objectif : devenir footballeur professionnel. Il faut être patient, persévérer et réussir… sinon, tout ça n’aurait servi à rien », confirme Yanis Dubois. Nul doute qu’avec un tel programme de formation, les sacrifices consentis aujourd’hui pourraient bien se transformer en succès demain.