Parmi les produits d’épargne existants au Maroc, le plan d’épargne en actions (PEA) reste méconnu. Il s’adresse pourtant à ceux qui souhaitent construire un portefeuille boursier dans un cadre structuré, tout en bénéficiant d’un traitement fiscal spécifique.
Ce dispositif, adossé à la Bourse de Casablanca, repose sur un principe simple : investir régulièrement dans des actions ou des fonds actions, via un compte dédié.
Mais derrière cette apparente simplicité, plusieurs règles conditionnent son intérêt réel. Durée minimale, fiscalité, plafond, retraits anticipés, frais : chaque paramètre compte. Et selon que l’on débute avec un petit capital ou que l’on vise une gestion active, l’usage optimal du PEA peut fortement varier.
Le PEA au Maroc : un compte structuré, une fiscalité conditionnée
Le plan d’épargne en actions est un dispositif encadré par la loi de finances 2011, destiné aux personnes physiques. Il permet d’acheter des actions cotées à la Bourse de Casablanca ou des parts d’OPCVM actions, dans une enveloppe dédiée.
« Lorsqu’un épargnant ouvre un PEA, deux comptes sont créés : un compte espèces pour les flux d’argent, et un compte titres pour les actions ou parts de fonds détenus. Les mouvements restent libres, même si la fiscalité dépend du respect d’un délai de cinq ans », explique un conseiller en gestion de portefeuille.
« L’épargnant peut décider lui-même des actions qu’il souhaite loger dans son PEA, ou choisir de passer par un OPCVM actions. Dans les deux cas, il s’agit d’un compte titres, mais structuré pour offrir un avantage fiscal », ajoute-t-il.
L’ouverture se fait auprès d’un intermédiaire agréé : société de bourse ou banque disposant d’une plateforme de trading. Par exemple : Wafa Bourse, Société Générale, CFG Bank, BMCI Bourse, etc.
Le montant du versement initial est fixé à un minimum de 100 DH. Ensuite, les versements doivent atteindre un minimum de 2.400 DH par an. Ce montant annuel peut être réparti librement (par exemple 200 DH/mois), et peut être reporté d’une année à l’autre s’il n’est pas atteint immédiatement.
Le PEA est plafonné à 2 millions de DH. Il ne peut contenir que des actions marocaines cotées ou des parts d’OPCVM à dominante actions. Les produits de taux, les OPCVM diversifiés, les obligations ou autres supports sont exclus. L’investisseur reste libre dans sa gestion : il peut acheter, vendre ou arbitrer à tout moment, sans déclencher d’imposition, tant que les fonds restent dans le compte.
« Le PEA permet de mettre en place une vraie discipline d’épargne. Que ce soit via des versements programmés ou un apport unique, il pousse l’investisseur à raisonner long terme ».
« Un épargnant peut très bien verser 1,5 MDH dans son PEA, et si son portefeuille monte à 2,2 MDH après quelques années, il ne sera pas pénalisé. Ce qui compte, c’est le montant investi, pas la valeur finale. Oui, c’est de l’action, donc ça bouge. Mais tant que les fonds restent investis pendant au moins cinq ans sans retrait, les gains restent totalement exonérés. Et si vous décidez de laisser votre argent plus longtemps, l’avantage fiscal continue de s’appliquer. C’est là tout l’intérêt du produit ».
« Il n’y a pas d’opposition entre un PEA et un compte titres classique. Beaucoup d’investisseurs utilisent les deux : l’un pour la fiscalité, l’autre pour la flexibilité ».
« Le PEA n’annule pas le risque de marché. C’est de l’action, donc il faut accepter que la valeur puisse baisser. Mais si on garde son portefeuille cinq à sept ans, on traverse les phases de volatilité, et on laisse le temps au placement de produire ses effets ».
Par ailleurs, « le PEA reste peu connu. Beaucoup de particuliers ne savent pas qu’il permet d’investir en bourse tout en profitant d’une exonération fiscale. Ce qu’il manque, c’est surtout de la pédagogie ».
L’avantage fiscal, sous réserve de durée
Le principal intérêt du PEA réside dans l’exonération d’impôt accordée sur les dividendes perçus et les plus-values réalisées, à condition de conserver les fonds investis pendant au moins cinq ans. Tant que cette durée est respectée, aucun impôt n’est dû, ni lors du versement de dividendes ni lors de la cession d’un titre en plus-value.
Ce régime fiscal de faveur est encadré par le Code général des impôts 2025 relatif aux dispositions applicables aux PEA.
« Avec un compte titres classique, chaque plus-value et chaque dividende sont immédiatement taxés. Le PEA, lui, permet d’échapper à cette imposition, à condition de respecter la durée minimale. C’est une vraie opportunité pour optimiser ses gains ».
La règle est stricte : tout retrait, même partiel, avant le cinquième anniversaire entraîne la clôture automatique du plan. L’ensemble des gains cumulés depuis l’ouverture devient alors imposable, selon les taux de droit commun. En 2025, cela signifie :
- 12,5% de retenue à la source sur les dividendes (article 158 du CGI) ;
- 15% d’impôt sur les plus-values nettes de cession (article 73 du CGI) ;
- 20% forfaitaires sur le prix de vente (article 70 du CGI) en l’absence de justificatif du prix d’acquisition.
La clôture peut être déclenchée automatiquement dans d’autres situations prévues par l’article 12 de la section dédiée au PEA : notamment le décès du titulaire, la détention de titres non éligibles, ou encore le transfert du domicile fiscal hors du Maroc. Ce dernier cas s’applique lorsqu’un investisseur perd sa qualité de résident fiscal marocain, au sens des critères posés par l’administration fiscale (durée de séjour, centre d’intérêts économiques, etc.).
« Beaucoup pensent pouvoir sortir un peu d’argent sans conséquence, mais dès qu’un retrait a lieu avant cinq ans, le compte est fermé automatiquement, et les avantages fiscaux tombent », commente le conseiller en gestion de portefeuille.
L’exonération attachée au PEA repose donc sur un principe de réciprocité : l’État accorde un allègement fiscal en contrepartie d’un engagement de durée, dans un cadre strictement national. Le non-respect de ces conditions remet en cause tous les avantages obtenus.