La réussite n’a pas d’âge à la Renaissance Sportive de Berkane. Alors que l’équipe première a écrasé le championnat pour remporter le premier sacre dominical de son histoire avant de glaner une nouvelle Coupe de la Confédération Africaine, les équipes de jeunes trustent également le haut du classement dans plusieurs catégories. Et ce n’est pas près de s’arrêter.
En adhérant au nouveau programme de formation, conçu par la Fédération royale marocaine de football (FRMF), le centre de formation de la RSB bénéficie de moyens financiers supplémentaires pour poursuivre sa lancée. L’académie du club triplement vainqueur de la Coupe de la CAF n’a eu aucun mal à satisfaire l’exigeant cahier des charges établi dans le cadre dudit programme.


Chargée de sa gestion opérationnelle depuis quelques mois, Evosport, filiale de l’Université Mohammed VI Polytechnique, capitalise sur ces acquis pour maintenir cette structure à des standards élevés sur la durée. “Nous sommes un centre d’excellence, donc notre objectif est de former des top joueurs qui auront la capacité de fournir notre équipe professionnelle et d’être vendus dans les meilleurs clubs du monde”, se projette Demba Mbaye.
Fort de son expérience en qualité de formateur notamment, le directeur technique du Centre de formation de la RSB connaît la recette du succès. Il ne doute donc pas un instant du bon fondement du nouveau programme de formation. “À ma connaissance, ce programme n’a pas d’équivalent en Afrique.
Il permettra à l’ensemble des clubs participants d’améliorer la qualité de la formation”, reprend-il. “Dans les années à venir, il contribuera également à assurer aux clubs et aux équipes nationales marocaines une prédominance sur la scène continentale et mondiale”.

Des jeunes qui ne manquent pas d’ambition
Le Centre de formation de la Renaissance Sportive de Berkane compte 560 adhérents, âgés de 6 à 20 ans. Ici, il n’y a pas de place pour les grasses matinées. “Les premiers entraînements débutent à 6h30 du matin”, nous explique Aymen Tahiri, arrière droit de l’équipe U16. “Ensuite, on enchaîne avec les cours avant de reprendre les entraînements l’après-midi”, complète Ahmed Amine Kharroubi. Cet attaquant de pointe ou excentré prometteur illustre parfaitement la qualité de la formation promulguée par le club de sa ville natale.
Du haut de ses 16 ans, Ahmed Amine Kharroubi est surclassé en U18 avec la RSB et il en est déjà à dix sélections en équipe nationale U17. Fan invétéré de l’avant-centre uruguayen Luis Suárez, dont il partage le goût pour le jeu de tête et l’efficacité devant le but, Kharroubi vise une participation à la Coupe du Monde U17 et, à plus long terme, à signer un contrat professionnel.
À l’image de Aymen Tahiri, dont le souhait le plus cher est de porter le maillot de la Renaissance Sportive de Berkane. L’un comme l’autre ont trouvé dans ce centre de formation des infrastructures et un encadrement technique qui leur donnent les moyens de leurs ambitions. Inauguré en 2020, le Centre de formation de la RSB a justement été construit de sorte à ce que les jeunes côtoient quotidiennement les équipes professionnelles masculines et féminines.
“Les équipes professionnelles vivent au milieu du centre et leur terrain d’entraînement l’est tout autant”, se félicite Demba Mbaye. “D’ailleurs, les jeunes se regroupent souvent autour de ce terrain et observent les joueurs s’entraîner. Ils ont sur le dos les maillots qui leur ont été offerts par leurs aînés, qui ont tout le temps une attitude très fraternelle”, poursuit-il.
On ose à peine imaginer la joie des pensionnaires du centre après le sacre de l’équipe première masculine en championnat. Un exploit historique qui marque assurément le début d’une longue série. Pour l’heure, les footballeurs en herbe de la RSB ont encore du pain sur la planche dans ce lieu où il fait bon vivre, régi par une organisation rigoureuse et une discipline de fer.
Les chants audibles des oiseaux qui investissent les nombreux espaces verts en disent long sur le calme qui règne en maître en ces lieux. En dépit des va-et-vient des joueurs, entre leurs chambres pour se reposer, les pelouses qu’on dirait des billards pour s’entraîner et les salles de classe pour se prémunir de tout échec sportif en fin de formation. Une fatalité que tente d’enrayer tous les composants du club à travers une gestion méticuleuse, dans la lignée des préceptes du nouveau modèle de formation.
Les joueurs marocains sont les Brésiliens de l’Afrique. Demba Mbaye, directeur technique
Demba Mbaye nous accueille dans un bureau qui transpire le foot. Les murs sont couverts de tableaux où l’on peut apercevoir différentes stratégies de jeu et des informations sur les joueurs des multiples catégories. Un souci du détail au service d’une planification minutieuse. “Les séances se font en cascades, puisqu’on commence la préformation à 6h30 pour finir avec les espoirs à 20h. Puis on débriefe la journée avec l’ensemble des éducateurs formateurs pour finir à 22h”, détaille notre interlocuteur.

L’ancien directeur technique du Centre de formation du Fus n’est pas novice en la matière. Si avoir de la réussite est primordial dans l’environnement très concurrentiel de la formation des jeunes footballeurs, il en faut bien plus. Notamment une approche méthodologique réfléchie, qui prend en compte les spécificités du contexte où elle sera appliquée.
C’était justement l’objectif des différentes réunions organisées par Fathi Jamal, directeur technique national chargé de l’optimisation de la formation des jeunes. “Notre approche a été définie à la suite des différentes commissions qui ont été mises en place par la DTN et M. Fathi Jamal. Il a eu l’intelligence de réunir l’ensemble des parties prenantes pour échanger autour du modèle de jeu que l’on envisage de mettre en place, l’organisation tactique que l’on souhaite proposer et il y a eu également un focus sur la méthodologie de travail”, souligne Demba Mbaye.
Fruit d’une longue phase de réflexion et de concertation, cette méthodologie est au service d’un projet de jeu qui laisse autant la place au jeu de position qu’à la transition, avec pour point commun un système en 1-4-3-3. Une flexibilité qui donnera aux joueurs et joueuses plusieurs cordes à leur arc et une forte capacité d’adaptation, indispensable au plus haut niveau. Idem pour la charge de travail pendant des séances d’entraînement qui n’ont absolument rien à envier aux références mondiales en la matière.

Un emploi du temps plein afin que les jeunes s’habituent petit à petit à la charge de travail qui les attend dans le monde professionnel, où leurs talents feront sans doute des ravages. “Je me plais à dire que les joueurs marocains sont les Brésiliens de l’Afrique”, s’enthousiasme Demba Mbaye. “Nous avons la chance d’avoir énormément de jeunes talentueux dotés de fortes qualités techniques. De bons dribbleurs, très créatifs. C’est un atout majeur pour le football marocain”, ajoute-t-il.
Aussi talentueux soient-ils, certains footballeurs ont parfois des sautes d’humeur et un caractère bien trempé. Avantage ou inconvénient ? “D’expérience, les meilleurs joueurs que j’ai eus en formation sont souvent ceux qui ont le pire caractère”, nous rassure le directeur du centre de formation.
“En tant que formateur, notre rôle, c’est aussi d’accompagner ce genre de joueur vers le haut niveau”, avance-t-il. La technique, le physique, la tactique, tous les aspects de la haute performance sont pris en considération. L’aspect mental également. D’autant que la capacité d’un joueur à atteindre le haut niveau n’est pas innée.
“C’est quelque chose que l’on apprend. Donc l’idée est d’accompagner nos jeunes, même ceux qui ont un caractère un peu plus difficile. D’identifier ceux qui ont du leadership et de les structurer pour qu’ils développent un leadership positif”, insiste Demba Mbaye.
À la RSB, on prend soin autant des corps que des esprits
À cet effet, une cellule composée de deux psychologues du sport tend une oreille attentive aux jeunes en formation à plein temps. Dirigé par Youssef Bessame, ce département a d’abord réalisé un travail de sensibilisation auprès des jeunes sur l’importance de l’aspect mental dans leurs réussites.

Ensuite, “un programme d’accompagnement varié leur a été proposé”, nous explique Ahmed Ouchen, préparateur mental. Un protocole qui fait la part belle “aux entretiens individuels et collectifs, aux séances thématiques, ainsi qu’aux groupes de parole”, détaille-t-il. Au Centre de formation de la Renaissance sportive de Berkane, on s’occupe non seulement de l’esprit mais aussi du corps des joueurs. Car l’intensité des entraînements n’est pas sans conséquences sur leur futur outil de travail.
Dans ce sport de contact, “nous rencontrons principalement des torsions au niveau des genoux et des chevilles. Nous faisons également face à des élongations et parfois des déchirures musculaires”, indique Mjahed Ilham, kinésithérapeute. Heureusement, le centre est doté d’une gamme complète de matériels pour traiter ces traumatismes. Plus important encore, une attention particulière est accordée à la prévention qui “se décline à travers des séances de renforcement musculaire, de proprioception et de récupération”, complète-t-elle.

Si le titre de champion du Maroc valide la feuille de route qui place doucement mais sûrement l’équipe masculine dans les hautes sphères, comment évaluer la réussite du centre de formation ? Pour Demba Mbaye, “l’objectif ce ne sera pas de gagner le championnat dans les différentes catégories de jeunes, même si cela reste un moyen de les former et leur apprendre à gagner”, nuance-t-il.
“L’évaluation portera surtout sur notre capacité à produire des top joueurs qui auront la faculté de jouer en pro à l’âge de 18 ans, d’être transférés dans les meilleurs championnats du monde et de s’y imposer”, clarifie-t-il. En attendant, il s’agit d’y aller étape par étape, en favorisant l’évolution continue des joueurs.
En ce sens, l’analyse vidéo est primordiale. C’est l’un des grands axes qui a été proposé par la DTN et Fathi Jamal. Désormais, chaque club sous l’ombrelle du nouveau programme de formation est pourvu d’un analyste vidéo. Une avancée majeure qui ne date pas d’hier au sein du centre de formation de la Renaissance sportive de Berkane et dont les joueurs sont friands. “Aujourd’hui, les jeunes sont très connectés et portés sur les écrans. Pour eux, une image vaut mieux que mille mots”, avance Demba Mbaye.
“L’avantage de cet outil est que le jeune prend conscience de ce qu’il produit sur le terrain, des erreurs qu’il commet. Et avec le retour de l’analyse vidéo, il est en capacité de se corriger”, ajoute notre interlocuteur, en prenant l’exemple d’un gardien du centre promis à un très bel avenir.
Originaire de Tanger, Aymane Douieb n’a pas hésité un seul instant à afficher ces aspirations. “Je veux devenir le meilleur gardien au Maroc”, ambitionne ce gardien de 17 ans, du haut de son mètre quatre-vingt-cinq. Après avoir fait ses classes au club de Tanger El Balhia, il a tapé dans l’œil des scouts de la FRMF qui l’ont aiguillé vers le Centre fédéral de formation de football de Saidia.
Une expérience qui l’a marqué positivement, autant que les dernières années passées au sein du centre de formation de la Renaissance sportive de Berkane, où il a connu une progression fulgurante, notamment grâce à l’analyse vidéo. À la lumière de sa taille, de ses réflexes sur la ligne et de son jeu au pied, il est prédestiné à devenir un gardien de talent, mais il doit gommer quelques lacunes.
“J’avais du mal à affirmer ma personnalité pour diriger ma défense. Mais maintenant, j’ai énormément progressé sur ce point. Même chose sur le plan des duels au sol et dans les airs”, se félicite ce fan du gardien de l’équipe nationale, Yassine Bounou. Les multiples séances d’analyse vidéo passées à décortiquer son positionnement et sa manière de communiquer avec ses défenseurs ne sont pas étrangères à sa progression, ainsi que celle de ses coéquipiers, qui ont participé à la renommée de l’académie.
“L’année dernière, il y a eu de très bons résultats au niveau des championnats et, en début de saison, nous avons remarqué que plusieurs parents avaient envie de trouver une place au sein de notre Académie pour leur enfant”, se félicite le directeur technique du Centre.
Un taux de réussite scolaire de 100%
Rien de bien surprenant. L’institution met la barre de l’exigence très haut et pas uniquement sur le plan sportif. “Nous avons enregistré un taux de réussite de 100% l’année dernière. Au collège comme au lycée”, affirme Rougui Abdelaziz. Le directeur pédagogique veille sur la réussite scolaire de plus de deux cents élèves. Pas moins de 26 enseignants se succèdent dans l’établissement pour y prodiguer des cours sur la base des programmes du ministère de l’Education.

Bien que le football reste le cœur battant du programme de formation en sport-étude, la réussite scolaire n’en est pas moins primordiale. D’autant que ces deux aspects de la formation sont, d’une certaine manière, interdépendants. “Pour être un bon joueur, il faut être un bon élève. Il faut avoir une endurance de motivation, être persévérant, structuré et organisé. Aimer aborder des problèmes et essayer de les résoudre”, explique Demba Mbaye, tout en soulignant la capacité du Centre de formation à individualiser le parcours scolaire d’un jeune footballeur.
“Allier le sport et les études n’est pas toujours évident. En particulier lorsqu’il y a des déplacements. Raison pour laquelle on a mis en place plusieurs mesures administratives et pédagogiques, dont l’enseignement à distance et les cours de renforcement”, assure Rougui Abdelaziz. Et lorsque de telles mesures se révèlent inefficaces, “on essaie d’être pragmatique et au moins de donner au joueur ce dont il a besoin pour faire une carrière de haut niveau.
Il y a certains éléments qui prennent des cours de langues, d’autres sont trop en retard au niveau scolaire pour espérer obtenir leur bac et sont orientés vers de la formation professionnelle”, conclut Demba Mbaye. Une preuve supplémentaire de l’état d’esprit qui anime l’institution de la Renaissance sportive de Berkane et son centre de formation. Une volonté de mener tout le monde sur la voie de la réussite, aussi bien au football que dans la vie. Et ne surtout laisser personne sur le bord de la route.