L’examen des marges nettes sur près d’une décennie de TotalEnergies Marketing Maroc, troisième acteur du marché, montre que la rentabilité de la filiale marocaine est loin d’avoir suivi une trajectoire linéaire.

L’analyse des données consolidées annuelles 2016, 2023 et 2024 met en évidence les effets conjugués des dynamiques internes à l’entreprise, de l’évolution des prix internationaux et de la structure même du marché.

Après une chute historique de la marge nette à quasiment zéro en 2023, TotalEnergies Maroc enregistre un redressement manifeste de ses indicateurs en 2024. La marge nette consolidée retrouve un niveau proche de 5,6%, confirmant un retour à des conditions de rentabilité plus normales. Cette marge consolidée concerne tous les segments sur lesquels opère l’entreprise, à savoir le carburant, le gaz et les lubrifiants.

Marges nettes globales : une trajectoire en trois temps

TotalEnergies Marketing Maroc a fait son entrée en bourse en mai 2015. En 2016, un an après la libéralisation du marché des hydrocarbures, la marge nette atteignait 11,2%, pour un chiffre d’affaires de 8 MMDH et un résultat net de 897 MDH.

Six ans plus tard, en 2022, bien que le chiffre d’affaires ait bondi à 19,7 MMDH, la marge nette a reculé à 2,5%. Cette baisse a été expliquée par la forte hausse des prix d’achat des hydrocarbures, consécutive à la guerre en Ukraine.

Le pétrole brut avait dépassé les 120 $/baril au printemps 2022, dans un contexte de tension géopolitique et de déséquilibre mondial des marchés.

En 2023, la marge nette s’est encore détériorée avec un chiffre d’affaires de 16,9 MMDH, mais un résultat net en chute libre à 50 MDH, ramenant la marge nette à 0,3%.

Cette forte baisse s’explique principalement par l’imputation, sur l’exercice, de l’amende transactionnelle conclue avec le Conseil de la concurrence dans le cadre de la procédure relative aux pratiques sur le marché des carburants. Le régulateur a infligé un total de 1,84 milliard de dirhams d’amendes aux principaux opérateurs, dont TotalEnergies Maroc. La société a intégré l’impact de cette charge exceptionnelle dans ses comptes 2023, pour un montant de 526,1 MDH.

Hors cet élément non récurrent, le résultat net ajusté aurait atteint 576 MDH, soit une marge nette ajustée de 3,4%. Un taux de marge supérieur à celui de 2022 (2,5%), mais loin des niveaux de 2016 (11,2%).

En 2024, le groupe enregistre un redressement marqué. Le chiffre d’affaires reste stable à 16,7 MMDH, mais le résultat net rebondit à 934 MDH, portant la marge nette à 5,6%.

La reprise de la rentabilité en 2024 s’est inscrite dans un contexte international plus favorable. Les prix d’achat des carburants, indexés sur les cotations du pétrole brut et des produits raffinés, ont enregistré une baisse moyenne par rapport à 2023.

L’analyse de la rentabilité consolidée montre ainsi une marge nette divisée par près de trois entre 2016 et 2024, malgré un chiffre d’affaires multiplié par deux.

Une recomposition de la rentabilité par segment

Au-delà du chiffre global, ce sont les marges nettes de TotalEnergies Marketing Maroc par segment d’activité qui apportent un éclairage utile sur les leviers réels de création de valeur. Car, entre 2016 et 2024, la hiérarchie de la rentabilité interne a profondément évolué.

Si tous les segments affichaient des niveaux élevés en 2016, seuls certains parviennent à maintenir une trajectoire favorable dans un contexte devenu plus exigeant.

La comparaison des marges nettes par segments sur les trois années clés permet de mesurer avec précision cette recomposition.

>> Carburants : du sommet à la reconstruction

En 2016, le segment carburants affichait une marge nette de 16,7%, de loin la plus élevée du portefeuille. Mais en 2023, cette marge devient négative (-1,2%).

L’année 2024 marque un redressement clair, avec une marge nette de 6,3%. Si ce niveau reste très inférieur à celui de 2016, il reflète un retour à une contribution positive.

Le segment carburants redevient ainsi le principal moteur de la rentabilité du groupe, après une année 2023 particulièrement difficile.

>> Gaz : une stabilité fragile mais en progrès

Le segment gaz connaît une trajectoire moins spectaculaire mais tout aussi révélatrice. La marge nette recule de 7,9% en 2016 à 1,6% en 2023, avant de remonter à 3,7% en 2024.

Bien que ce segment pèse moins lourd en chiffre d’affaires, il conserve une stabilité relative dans ses marges, qui lui permet de contribuer positivement à l’ensemble.

>> Lubrifiants : une érosion rapide malgré le volume

Contrairement aux carburants, le segment lubrifiants affiche une dynamique inversée. Avec une marge nette de 14,4% en 2016, il faisait alors partie des activités les plus rentables. Cette marge se maintient à un niveau élevé en 2023 (10,8%), ce qui constitue une exception dans un exercice globalement dégradé.

Mais en 2024, la rentabilité s’effondre à 2,2%, soit une baisse de plus de 8 points par rapport à l’année précédente. Cette chute, alors même que le chiffre d’affaires a fortement augmenté sur ce segment, indique une pression accrue sur les marges unitaires ou une évolution défavorable du mix produit. Le contraste entre volumes en hausse et rentabilité en recul requiert une attention particulière.