À une année des élections législatives, prévues en principe à l’automne 2026, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) tiendra son 12ᵉ congrès national du 17 au 19 octobre prochain.

Une manière pour l’actuelle direction des socialistes de se soustraire à toute reddition des comptes après des élections cruciales qui décideront qui dirigera et qui formera le « gouvernement du Mondial » ?

« Nous avons décidé de tenir notre 12ᵉ congrès national à cette date par respect de la loi organique relative aux partis politiques qui les oblige à tenir cette échéance tous les quatre ans. Le mandat de l’actuelle direction et des autres instances expire en décembre 2025, nous ne faisons qu’être en phase avec la loi », nous répond Mehdi Mezouari, membre du bureau politique.

Selon notre interlocuteur, les préparatifs avancent bien. La commission préparatoire, dont la présidence a été confiée au syndicaliste et membre de la Chambre des conseillers Youssef Aïdi, a été structurée en 11 sous-commissions thématiques. Ce sont ces structures qui doivent préparer, outre les aspects logistiques, les documents qui seront soumis à l’appréciation des congressistes. D’ailleurs, selon les règlements intérieurs de l’USFP, chaque membre du Conseil national est obligé de siéger au sein de l’une des sous-commissions.

Remettre l’USFP sur les rails

L’USFP s’attend à une étape cruciale dans son existence. « Pour nous, il est question d’aller plus loin dans le travail entrepris depuis le 11ᵉ congrès pour restaurer le parti, remobiliser nos bases et préparer l’avenir », affirme Mehdi Mezouari.

Sollicité par Médias24, Driss Lachguar, premier secrétaire de l’USFP, n’a pas donné suite à nos relances. D’après son entourage immédiat, il venait de rentrer d’une réunion de l’Internationale socialiste tenue en Turquie et était occupé depuis par les préparatifs d’une rencontre internationale de l’Union des jeunesses socialistes démocratiques arabes (session Palestine) qui se déroulera ce mardi à partir de 16 heures à Rabat. Ce rendez-vous, qui se tiendra jusqu’au 30 mai, est organisé à l’initiative de la Chabiba ittihadia, l’organisation des jeunes de l’USFP.

« Le 12ᵉ congrès national doit être l’occasion de demander des comptes à l’actuelle direction. Il est légitime de la questionner sur ce qui a été réalisé pendant son mandat et qu’elle nous dise ce que pèse le parti aujourd’hui sur la scène politique nationale et, sur un autre registre, d’ouvrir un vrai débat sur l’identité de l’USFP et sur son projet de société », nous confie un jeune cadre qui a pris ses distances avec la famille ittihadie.

« Ceux qui suivent les congrès nationaux de l’USFP savent que c’est le moment idéal pour débattre de tout. Nous ne craignons pas le débat, mais il faut que ce soit dans un sens constructif », répond Mehdi Mezouari.

Notre interlocuteur espère que la période post-12ᵉ congrès, d’une durée de onze mois, sera suffisante pour que l’USFP se prépare aux prochaines échéances électorales.

Pour rester dans l’opposition ? Intégrer le gouvernement issu de ce futur scrutin ? Dans la tradition des socialistes, c’est le Conseil national qui tranche ces questions en fin de compte.

Driss Lachguar, « l’homme de la situation »?

Interrogés par Médias24 sur les éventuels candidats au poste de premier secrétaire de l’USFP, des cadres ittihadis nous répondent qu’aucun candidat ne s’est déclaré pour le moment. Y compris Driss Lachguar lui-même.

« C’est prématuré et, dans l’absolu, l’USFP et son avenir sont plus importants que Driss Lachguar ou n’importe quel militant », explique un membre du Conseil national.

« Ma profonde conviction, et elle est partagée par une écrasante majorité de nos militants, est que Driss Lachguar est l’homme de la situation et que nous allons faire en sorte qu’il brigue un nouveau mandat », affirme d’un ton tranchant Mehdi Mezouari.

« Nous voulons rester dans la continuité et être à la mesure des grandes batailles qui nous attendent », poursuit notre interlocuteur.

Autrement dit, le chemin est balisé pour que rempile l’actuel chef de file de l’USFP, en poste depuis bientôt treize ans après avoir succédé à feu Abdelouahed Radi.

Driss Lachguar, 70 ans et avocat dans le civil, a tout fait au sein de l’USFP qu’il a rejoint au sortir de l’enfance. Militant de base et permanent au siège de la jeunesse du parti à Rabat, il finit par être porté à la direction de cette structure parallèle.

Plusieurs fois député au titre des circonscriptions de la capitale, il a également été ministre des Relations avec le Parlement entre 2010 et 2012 au sein du gouvernement de Abbès El Fassi.

« Par souci d’honnêteté, il faut admettre qu’il n’a d’autre priorité que celle de servir le parti. C’est dans son ADN », affirme un membre du Conseil national.

« Pour percer ou se faire une place au soleil de l’USFP, il vaut mieux être dans ses petits papiers. Nous ne comptons plus les grandes compétences qui ont claqué la porte à cause de lui et de son entourage », glisse un ancien cadre ittihadi.

Pour l’avenir de l’USFP et l’avenir politique de Driss Lachguar, nous aurons une vue plus claire et globale après le 12ᵉ congrès. Et surtout après les élections législatives de 2026.