Selon la chaîne espagnole Canalsur Cádiz, le fabricant espagnol Navantia vient de mettre à l’eau, dans son chantier naval de San Fernando à Cadix, le patrouilleur hauturier de la classe Avante 1800 Plus qu’il a construit pour la Marine royale.
Près de deux ans de construction ont été nécessaires depuis la découpe de la première tôle, un million d’heures de travail et environ 1.100 emplois, directs, indirects, poursuit la même source.
Le contrat, d’un montant de 95 millions d’euros (994,7 millions de DH), selon le média espagnol, inclut également un soutien technique et logistique, ainsi que des services de formation technique en Espagne pour le personnel de la Marine royale marocaine.
La construction du patrouilleur de classe Avante 1800, destiné à la Marine royale, « a été réalisée à sec », affirme notre consultant militaire Abdelhamid Harifi. Selon lui, le navire « est à présent à flot pour l’installation de tous les équipements électroniques et autres systèmes nécessaires ». La motorisation, « élément crucial », est quant à elle « déjà installée ».
À ce stade d’avancement, « la réception formelle n’est pas attendue avant la fin de l’année prochaine, voire début 2027 », estime-t-il.
Un détail important a été confirmé : le numéro de coque du navire. « Ce qui est notable, c’est que nous connaissons désormais son numéro de coque : 502« , souligne Abdelhamid Harifi. Ce changement intervient dans un contexte de reclassification. « C’est quand on a changé le type de bâtiment de la classe 5 vers des ‘patrouilleurs océaniques’, au lieu de ‘frégates’, c’est-à-dire la patrouille en haute mer », précise-t-il.
Le numéro 502 s’inscrit dans une série numérique entamée avec le 501, attribué au Lieutenant-colonel Rahmani. Ce patrouilleur de la classe Descubierta, « fabriqué par Navantia à la fin des années 1970, début des années 1980 », a « servi près de quarante ans », rappelle Abdelhamid Harifi.
Un patrouilleur moderne
« Les caractéristiques principales du nouveau patrouilleur Avante 1800 incluent une longueur d’environ 87 mètres pour une largeur de 13 mètres, avec un déplacement avoisinant les 1.800 tonnes à pleine charge », précise Abdelhamid Harifi. Le bâtiment sera opéré par « un équipage d’environ 60 membres ».
Il s’agit d’une évolution moderne par rapport à la classe Descubierta, conçue également par Navantia à la fin des années 1970. « Le design du 502 s’inscrit dans la continuité des navires espagnols de cette lignée, tout en intégrant des technologies plus récentes », note l’expert militaire.
L’armement principal du navire comprendra « le canon OTO Melara de 76 mm, un standard sur ce type de patrouilleurs », accompagné de « mitrailleuses de 12,7 mm ou de 25 mm ». Selon lui, « aucun système de missiles ne semble prévu à ce stade, malgré certaines spéculations en ce sens ».
Le patrouilleur est également équipé d’un pont d’envol pour hélicoptères. Toutefois, Abdelhamid Harifi indique qu’ »il ne dispose pas de hangar, ce qui limite ses capacités en matière d’opérations aéronavales prolongées ».
« Ce n’est pas un navire de guerre au sens classique du terme », précise-t-il encore. « Ce n’est ni une corvette ni une petite frégate, mais un patrouilleur océanique destiné avant tout à l’action de l’État en mer ». Son rôle est de « projeter la présence du Maroc en mer et de renforcer sa souveraineté sur ses espaces maritimes, notamment dans la Zone économique exclusive (ZEE) », poursuit notre consultant.
Les missions du 502 couvriront « la surveillance des approches maritimes, la lutte contre les trafics illicites, le contrôle de l’immigration irrégulière et la sécurisation des futures zones d’exploitation pétrolière et gazière offshore ».
Une flotte marocaine sous-dimensionnée face aux défis régionaux
« La marine marocaine est considérée comme ‘légère‘, et ne semble pas calibrée pour répondre aux défis sécuritaires contemporains en mer », observe Abdelhamid Harifi. Il rappelle que « le Royaume ne dispose actuellement que de quatre frégates réellement polyvalentes que l’on peut qualifier de navires de guerre à part entière ». Le reste de la flotte, selon lui, « s’apparente davantage à des unités à vocation civile ou de servitude ».
« Les deux frégates de surveillance de type Floréal, Hassan II et Mohammed V, ont été désarmées », selon Abdelhamid Harifi.
Autre élément marquant : « Le Maroc ne dispose pas aujourd’hui de patrouilleurs lance-missiles« , alors même qu’il fut « l’un des pionniers africains dans ce domaine aux côtés de l’Égypte et de l’Algérie », rappelle notre consultant militaire.
« Le dernier navire de combat majeur réceptionné par le Maroc est la FREMM Mohammed VI, une frégate moderne furtive. Cela remonte à 2014 », souligne Abdelhamid Harifi. Depuis cette date, précise-t-il, « seules des unités de servitude ou à vocation scientifique ont été acquises, des navires certes utiles, mais d’une portée limitée sur le plan strictement militaire ».
Un impératif stratégique pour défendre la souveraineté maritime
La livraison prochaine du patrouilleur numéro 502 intervient après une attente de près de quatorze ans.
Le consultant rappelle les enjeux géopolitiques actuels. Par exemple, « la Zone économique exclusive (ZEE) marocaine couvre près d’un million de km², une superficie bien plus vaste que le territoire terrestre national ». Cette immense zone maritime « est confrontée à des menaces concrètes », notamment en provenance de l’Espagne que Harifi qualifie de « compétiteur stratégique, voire d’adversaire potentiel », et de l’Algérie qui dispose de sous-marins et d’une véritable puissance de feu navale ».
Dans ce contexte, notre interlocuteur estime nécessaire une réflexion stratégique en profondeur.