Depuis sa création en 2016 sous l’impulsion de Bank Al-Maghrib, HPS Switch opérait en tant que switch national, assurant la fluidité des paiements par carte et mobile entre les différents acteurs de l’écosystème.

Neuf ans plus tard, le changement d’identité vers Switch Al Maghrib (SWAM) symbolise un virage stratégique. Non pas un simple rebranding, mais l’affirmation d’un rôle critique au service de la souveraineté numérique du pays.

« Switch Al Maghrib est une infrastructure indivisible et indispensable. C’est le point de jonction central qui connecte banques, établissements de paiement, commerçants et porteurs de cartes. Sans ce point, l’interopérabilité ne serait tout simplement pas possible », explique Hanae Ben Driss, directrice générale de SWAM.

Trois fonctions critiques pour faire fonctionner le système

Pour que chaque paiement par carte ou wallet soit exécuté de manière fluide et sécurisée, trois fonctions techniques clés sont mises en œuvre en quelques fractions de seconde : le routage, la compensation et le règlement.

« Quand vous payez chez un commerçant, la demande passe par notre infrastructure. Elle est acheminée vers la banque du porteur pour vérifier la disponibilité des fonds, puis retourne vers le terminal en moins d’une seconde. Ce processus s’accompagne de contrôles de sécurité extrêmement rigoureux ».

Ensuite, les transactions de la journée sont consolidées lors de la phase de compensation, afin de calculer ce que chaque participant doit recevoir ou payer. Enfin, la phase de règlement permet de dénouer financièrement ces positions nettes sur les comptes ouverts à Bank Al-Maghrib.

« Notre rôle est de garantir que le commerçant recevra son argent. Le paiement est irrévocable. Cela crée un socle de confiance indispensable pour toute économie numérique ».

Un statut renforcé, une supervision continue

SWAM est aujourd’hui reconnue comme infrastructure de marché financier (IMF) et infrastructure d’importance économique (IIE), aux côtés de la Bourse de Casablanca ou de Maroclear. Ce statut implique une surveillance rapprochée par Bank Al-Maghrib, allant bien au-delà de simples obligations réglementaires.

« Nous opérons sous un corpus normatif strict. Chaque nouveau service ou modèle de tarification nécessite une validation préalable de la Banque centrale. C’est une gouvernance active et quotidienne, qui garantit à tous les acteurs du marché un accès équitable, sécurisé et non discriminatoire ».

Une infrastructure résiliente et évolutive

Pour accompagner le développement massif des paiements numériques, SWAM a repensé son architecture technique. L’infrastructure repose désormais sur un système actif-actif, avec plusieurs datacenters opérant simultanément et capables de se relayer instantanément.

« Ce modèle garantit une disponibilité maximale. En cas de défaillance sur un site, un autre prend immédiatement le relais, sans interruption. Cela évite les arrêts critiques et sécurise l’ensemble de l’écosystème, dans un contexte où l’instantanéité devient la norme ».

C’est cette même exigence qui guide le déploiement de nouveaux services basés sur l’intelligence artificielle. Le système de scoring de risque, déjà en place, permet une détection de la fraude en temps réel, sur la base de modèles auto-apprenants.

« Chaque demande d’autorisation passe désormais dans un moteur IA qui attribue un score de risque. Plus besoin de règles figées : le système apprend, détecte et anticipe des comportements anormaux grâce à des millions de transactions analysées. C’est un gain de réactivité et de sécurité ».

Vers un Maroc des paiements instantanés

Les chiffres donnent la mesure du changement en cours. À fin 2024, le Maroc compte plus de 20 millions de cartes en circulation, 400 millions de retraits GAAP par an, et plus de 10 millions de wallets, lancés seulement en 2018.

« Avec le wallet, les fonds sont crédités sur le compte du commerçant en quelques secondes, contrairement à la carte qui peut mettre jusqu’à quarante-huit heures. C’est une transformation majeure pour leur trésorerie et leur motivation à adopter les paiements numériques ».

Ce virage vers l’instantanéité inscrit le Maroc dans la dynamique mondiale des fast payments, déjà déployés dans des pays comme l’Inde, le Brésil ou la Turquie.

« Les paiements instantanés, c’est l’avenir. Mais pour cela, il faut des infrastructures solides, résilientes, souveraines. C’est exactement le rôle que joue Switch Al Maghrib aujourd’hui. Nous posons les fondations d’un système moderne, inclusif et performant ».

Un écosystème de place, construit dans la concertation

Au-delà de la technologie, l’interopérabilité repose sur une dynamique collective. SWAM fédère aujourd’hui 48 participants (banques, établissements de paiement, fintech), et anime des comités de place pour définir des feuilles de route partagées.

« L’interopérabilité ne se décrète pas. Elle se construit dans le dialogue. C’est pourquoi nous travaillons avec l’ensemble des acteurs – GPBM, APEP, Morocco FinTech Center – pour faire émerger des solutions communes et alignées avec les besoins du marché ».

Une ambition continentale ?

À travers ce repositionnement, Switch Al Maghrib affirme une ambition claire : devenir la colonne vertébrale du paiement électronique au Maroc, et potentiellement un modèle de référence en Afrique.

« Ce que nous construisons ici, c’est une infrastructure souveraine, robuste, pensée pour l’avenir. Elle peut inspirer d’autres pays du continent, car elle repose sur une gouvernance crédible, une technologie éprouvée et une vision stratégique ».