Derrière son ton calme et posé, Demba Mbaye dissimule une passion infinie pour la formation des jeunes talents. Cela tombe bien, puisqu’il est directeur technique du Centre de formation de la Renaissance Sportive de Berkane. Nommé en juillet 2023 à la tête de cette structure d’excellence, il a désormais la responsabilité de mener à bien le nouveau modèle de formation des jeunes footballeurs.

Un programme lancé par la Fédération royale marocaine de football (FRMF) et dont la gestion est dévolue à Evosport, filiale de l’Université Mohammed VI polytechnique. Pour sa part, Demba Mbaye s’accommode parfaitement de sa mission, en s’appuyant sur une expérience d’entraîneur-formateur qui l’a amené à prendre en charge la direction technique de deux centres de formation de renom : l’Académie du FUS et celle de Génération Foot, au Sénégal, son pays natal.

À pied d’œuvre dès les premières lueurs du jour jusqu’après le coucher du soleil, Demba Mbaye chapeaute l’ensemble des éducateurs et des programmes techniques de l’école de football de la RSB, qui compte 560 adhérents répartis sur plusieurs catégories, allant des U6 jusqu’aux U21. Dans cet entretien, il nous éclaire davantage sur les contours de sa mission et nous confie tout le bien qu’il pense du nouveau modèle de formation des jeunes footballeurs.

Un programme sans précédent en Afrique

Médias24 : Quel regard portez-vous sur le programme de formation instauré par la FRMF ?

Demba Mbaye : À ma connaissance, c’est un programme sans précédent en Afrique. Les bons résultats de l’équipe nationale lors du Mondial 2022 ont incité la FRMF et la Direction technique nationale (DTN) à améliorer la formation des jeunes Marocains afin d’aider les équipes nationales à être les plus performantes possible sur le long terme.

Ce nouveau système garantira sans doute, dans les années à venir, au Maroc une prédominance sur le continent, tout en lui offrant la capacité de viser des objectifs footballistiques élevés sur le plan mondial.

Des moyens humains et financiers supplémentaires pour améliorer la qualité de la formation

– Comment la Renaissance Sportive de Berkane bénéficiera-t-elle de ce nouveau modèle de formation ?

– Ce programme permettra également à l’ensemble des clubs participants d’avoir des moyens humains et financiers supplémentaires pour améliorer la qualité de la formation. La Renaissance Sportive de Berkane dispose déjà d’un Centre d’excellence. Donc, nous devons placer la barre encore plus haut en vue de former des top joueurs qui pourront fournir notre équipe pro, s’exporter et être vendus dans les meilleurs centres de formation au monde.

– Quelle est votre évaluation du système de détection mis en place ?

– Le projet a été très bien pensé dans la mesure où il y a des équipes chargées de suivre l’ensemble des championnats et des compétitions dans une zone bien définie à l’échelle nationale. Elles ont pour objectif de détecter et de répertorier les meilleurs joueurs et de les proposer à tous les centres de formation participants au programme.

D’ailleurs, nous avons récemment accueilli trois jeunes avec un fort potentiel issu des détections. Donc, la configuration du projet va permettre de déceler l’ensemble des talents marocains où qu’ils soient sur le territoire. Cela formalise une certaine égalité des chances.

Berkane. Formation. Football
Une séance de débriefing après un entraînement intense.

– Justement, quel profil de joueurs attire votre attention ?

– Je crois que l’intelligence de jeu est primordiale. Il est également essentiel d’avoir un joueur qui prend la bonne information et la bonne décision au bon moment, tout en l’exécutant de la façon la plus juste possible. J’aime avoir des joueurs extrêmement rapides, aussi bien dans l’exécution de l’ensemble des gammes techniques que dans la course et dans la tête. C’est-à-dire évaluer rapidement la situation et prendre la bonne décision.

– Au regard de votre expérience sur le continent africain, qu’est-ce qui différencie les jeunes Marocains ?

– Je me plais à dire que les joueurs marocains sont les Brésiliens de l’Afrique. On a la chance d’avoir énormément de talents et de qualités techniques. De bons joueurs, de bons dribbleurs, très créatifs. C’est un atout majeur pour le football marocain.

Les jeunes du centre ont à disposition deux psychologues du sport spécialistes de la préparation mentale

– Le caractère des joueurs peut-il être un frein à leur évolution ?

– D’expérience, les meilleurs joueurs que j’ai eus en formation sont souvent ceux qui ont le pire caractère. Cependant, je crois que notre rôle de formateur, c’est aussi de les accompagner vers le haut niveau. D’ailleurs, l’un des volets proposés dans le cadre de ce programme réside dans l’accompagnement mental. Les jeunes du centre ont à disposition deux psychologues du sport spécialistes de la préparation mentale.

C’est essentiel, car la capacité à s’accommoder des exigences du haut niveau n’est pas innée, c’est quelque chose que l’on apprend. Donc, l’idée est d’accompagner nos jeunes, même ceux qui ont un caractère un peu plus difficile. D’identifier ceux qui ont du leadership et de les structurer pour qu’ils développent un leadership positif.

– Les joueuses et joueurs sont-ils réceptifs à l’analyse vidéo de leurs performances ?

– De nos jours, les jeunes sont très connectés et portés sur les écrans, donc pour eux, une image vaut mieux que mille mots. L’avantage de l’analyse vidéo est que l’apprenant prend conscience de ce qu’il produit sur le terrain, des erreurs qu’il commet et, grâce à ce retour, il est en capacité de se corriger.

C’est l’un des grands axes proposés par la DTN et M. Fathi Jamal. Chaque club est doté d’un analyste vidéo. C’est une avancée capitale pour la formation des jeunes.

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Un drone est utilisé pour bénéficier d’une vue tactique en plongée, indispensable à l’analyse vidéo.

– Comment est assurée la mise à jour continue des connaissances des formateurs ?

– Grâce à ce projet, il y a des rencontres thématiques régulières organisées par la DTN, qui permettent à l’ensemble des directeurs techniques et formateurs de se rencontrer et d’échanger autour de certains processus d’apprentissage. Le fruit de ces discussions alimente la réflexion de l’ensemble des formateurs et permet une mise à jour récurrente des compétences et des connaissances. C’est l’une des grandes forces de ce nouveau système de formation.

– La réussite scolaire conditionne-t-elle la réussite sportive ?

– Pour être un bon joueur, il faut être un bon élève. Parce qu’au final, ce sont les mêmes qualités qui entrent en considération : avoir une endurance de motivation, être persévérant, structuré, organisé, aimer aborder des problèmes et essayer de les résoudre. Souvent, les joueurs de haut niveau sont aussi de bons élèves.

Souvent, les joueurs de haut niveau sont aussi de bons élèves

– Qu’en est-il des joueurs pétris de talent, mais qui éprouvent des difficultés scolaires ?

– Nous avons la capacité d’individualiser le parcours du jeune sportif. Ceux qui sont performants en scolarité la vivent normalement. Pour ceux qui sont en difficulté, nous prenons des mesures pour renforcer leurs capacités. Et si l’échec est là, on essaie d’être pragmatique et de leur donner ce dont ils ont besoin pour faire une carrière de haut niveau. Certains prennent des cours de langues, d’autres sont trop en retard scolairement et sont orientés vers une formation professionnelle.

– Comment maintenez-vous le lien avec les parents des jeunes du centre ?

– À partir du moment où un parent nous confie ce qu’il a de plus précieux, à savoir son enfant, cela signifie qu’il a confiance en notre club, et nous essayons de lui rendre cette confiance. Car au fond, nos jeunes passent plus de temps ici au sein du club qu’avec leurs parents. Nous avons des échanges réguliers avec les parents.

Il y en a certains que l’on voit moins car le parcours de leurs enfants est très lisse, tandis qu’avec d’autres, les rencontres sont plus fréquentes. De toute façon, à partir du moment où les jeunes entrent dans l’adolescence, il est normal de rencontrer des difficultés, notre rôle est de les accompagner.

– Pourquoi est-ce important que les équipes professionnelles s’entraînent à proximité des jeunes du centre ? 

– Quand tu es en formation, ton premier souhait est d’être pro dans l’équipe où tu as été formé. Cette proximité est donc une source de motivation pour eux. Ce qui est bien ici, c’est que les équipes pros vivent au milieu du centre. Leur terrain d’entraînement est centralisé. Régulièrement, les jeunes se regroupent autour de ce terrain et regardent les joueurs s’entraîner, en portant les maillots que ces derniers leur ont offerts. Les pros ont une attitude très fraternelle avec les jeunes du centre de formation.