La récente annonce du ministre de la Santé au sujet de la réforme des prix des médicaments qui est en cours de préparation a suscité la colère des pharmaciens d’officine.

Ces derniers rejettent la révision de la loi 17.04 relative au Code du médicament et de la pharmacie, et refusent que leurs marges soient impactées. Ils affirment également leur prédisposition à engager des actions syndicales progressives, si leur cahier revendicatif n’est pas satisfait.

À la suite des prises de position publiques des différentes entités représentant les pharmaciens, ces dernières ont été invitées, ce mardi 3 juin, à une réunion avec le ministère de la Santé, nous apprennent plusieurs sources syndicales du secteur, dont le Dr Mohamed Lahbabi, président de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc.

« Cette rencontre est prévue le jeudi 12 juin prochain à 15 h 30″, nous confie notre interlocuteur, qui annonce que « toutes les actions syndicales en préparation seront mises en suspens d’ici là ».

« Un programme de mobilisation et d’actions syndicales unifiées en préparation »

Le ministre de la Santé, Amine Tahraoui, a annoncé il y a quelques jours qu’une réforme du système de tarification des médicaments était en cours de préparation, afin d’alléger les remboursements par les caisses d’assurance qui ont connu une forte augmentation depuis 2019, mais aussi pour garantir un accès équitable aux médicaments, notamment dans le cadre du chantier royal de généralisation de l’assurance maladie.

Bien que des sources proches du dossier nous aient affirmé que les marges des pharmaciens ne seraient pas touchées, ces derniers se sont inquiétés.

Après cette annonce, un premier communiqué avait été publié par la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc, où elle avait rejeté toute décision unilatérale portant atteinte au système du médicament et de la pharmacie et alerté sur la situation financière des pharmaciens.

La Confédération a par la suite tenu ce lundi 2 juin une session extraordinaire de son conseil national, afin d’examiner les implications et les répercussions de la déclaration du ministre au Parlement. Elle a alors annoncé « la mise en place d’une coordination rapide et effective avec l’ensemble des centrales syndicales de pharmaciens » en vue de « définir un programme de mobilisation et d’actions syndicales unifiées pour stopper ce projet qui remet en cause la participation active des professionnels dans l’élaboration des politiques du secteur pharmaceutique et qui menace la stabilité des officines au Maroc », lit-on sur le communiqué publié à l’issue de cette session.

Les membres du conseil national de la Confédération ont estimé que « le ministère de la Santé a rompu avec les fondements de l’approche participative précédemment convenue, laquelle devait aller au-delà des simples séances d’écoute pour aboutir à des politiques sectorielles élaborées conjointement ». La déclaration du ministre est ainsi perçue par les membres de la Confédération comme « une mise à l’écart injustifiée et une dévalorisation des efforts déjà consentis ».

Il s’agit également d’un « reniement sans précédent du procès-verbal issu de la grève nationale du 13 avril 2023″, déplore la Confédération, « alors qu’il incombait au nouveau ministre de poursuivre les concertations dans un esprit de continuité du service public et des politiques publiques ».

« La mise en œuvre des points clés du cahier revendicatif des pharmaciens doit être accélérée »

Outre la confédération présidée par le Dr Lahbabi, la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (FNSPM) a également réuni son nouveau bureau fédéral le samedi 31 mai pour examiner les résultats de l’étude relative à la révision du décret fixant les prix des médicaments.

La fédération a ainsi rappelé avoir été sollicitée au sujet de cette réforme à l’époque de l’ancien ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb. « Dès la première convocation à une réunion en juin 2022 sur le thème de la couverture santé et du décret fixant le prix des médicaments, la fédération a pris ce dossier avec le sérieux et l’importance qu’il mérite. Ces réunions, organisées par le ministère de la Santé en coordination avec la présidence du gouvernement, le ministère chargé du Budget ainsi que l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM), ont réuni l’ensemble des parties prenantes du médicament, notamment les instances professionnelles et les représentations syndicales ».

« Lors de ces réunions, la fédération a défendu de manière rigoureuse les intérêts et revendications des pharmaciens d’officine, en appuyant sa position par la présentation d’un dossier complet, sous forme d’une étude scientifique détaillant la réalité économique, organisationnelle et juridique du secteur. Ce dossier a été enrichi de chiffres, de données concrètes et de solutions objectives pour faire face à la grave crise que traverse la profession, d’autant plus que le ministère semble déterminé à modifier le décret sur les prix des médicaments, avec l’intention de réduire les marges bénéficiaires des pharmaciens ». La fédération suit, depuis, étroitement et avec vigilance l’évolution de ce dossier.

« Les résultats de l’étude relative à la révision du décret fixant le prix des médicaments constitueront inévitablement la base de structuration du futur décret. Bien que l’étude ait confirmé la légitimité de plusieurs revendications que nous avons portées dans nos plaidoyers, nous estimons qu’elle reste en deçà de nos attentes et de celles des pharmaciens d’officine« , explique-t-elle.

Et d’ajouter : « Même si l’étude conclut à la nécessité de préserver les marges bénéficiaires des pharmaciens et de leur permettre d’exercer leur droit de substitution, ces deux éléments à eux seuls ne suffisent pas à atténuer l’impact qu’aura la baisse du prix fabricant hors taxe (FHT). C’est pourquoi il est impératif d’accélérer la mise en œuvre des points clés du cahier revendicatif, notamment ceux liés à l’équilibre financier des officines ».

« Le ministère a disposé du temps nécessaire pour se réorganiser après le remaniement »

Le conseil fédéral de la FNSPM a également réaffirmé sa disposition à engager des actions syndicales progressives pour obtenir l’application urgente des points non encore satisfaits du cahier revendicatif des pharmaciens.

Par ailleurs, il a aussi été décidé à l’unanimité que :

La baisse de la marge bénéficiaire des pharmaciens d’officine est une ligne rouge. « Le futur décret sur la fixation du prix des médicaments déterminera l’avenir de notre profession, ainsi que la viabilité et la pérennité des officines en particulier et du secteur pharmaceutique en général. À ce titre, les marges bénéficiaires des pharmaciens d’officine représentent un facteur qu’il est hors de question de compromettre, et la mise en œuvre de ce projet doit impérativement s’accompagner de l’application de toutes les revendications des pharmaciens, afin de limiter, même partiellement, les effets négatifs des baisses de prix des médicaments ».

– Le rejet de la révision de la loi 17-04 relative au Code du médicament et de la pharmacie. « La seule situation justifiant une amélioration de cette loi serait l’inclusion du droit de substitution et l’exclusivité de la délivrance des compléments alimentaires en pharmacie », estime la fédération, « à travers des ajouts précis et uniques au texte légal ». « C’est une position commune et ferme des quatre représentations syndicales », confirme-t-elle.

– L’application des résultats du dialogue avec le ministère de la Santé est nécessaire. « La fédération, ainsi que le secteur dans son ensemble, a laissé au ministère de tutelle, après le remaniement gouvernemental, un temps suffisant pour réorganiser ses structures et poursuivre le travail avec notre secteur. Il est désormais temps de mettre en œuvre les engagements pris lors des réunions tenues avec les anciens responsables du ministère. Tout retard ou tergiversation supplémentaire ne fera qu’accentuer la colère et la frustration des pharmaciens, qui ont le sentiment que leurs revendications ne sont pas prises au sérieux », conclut-elle.

Le 12 juin, réunion décisive entre les pharmaciens et le ministère

À la suite de ces tensions, les syndicats représentant les pharmaciens ont été invités à une réunion prévue le jeudi 12 juin prochain avec le ministère.

« Cette invitation ne doit en aucun cas être interprétée comme un appel à baisser le ton », rappelle le Dr Lahbabi. « Cette rencontre constitue une opportunité importante pour revenir sur les déclarations récentes du ministre au Parlement et, surtout, pour réaffirmer notre exigence de mise en œuvre de l’ensemble des points du dossier revendicatif, fruit d’un travail rigoureux mené depuis un an et demi ».

L’information nous a également été confirmée par certains membres de la FNSPM, contactés par nos soins. Selon nos sources, « les autres centrales syndicales du secteur ont aussi été conviées à cette réunion ». Mais au moment de la publication du présent article, nous ignorions encore si toutes les centrales syndicales seraient reçues conjointement ou séparément.

« Les actions syndicales qu’on préparait seront ainsi mises en suspens, dans l’attente des conclusions de cette réunion avec le ministère », conclut le Dr Mohamed Lahbabi.

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