Les sociétés cotées à la Bourse de Casablanca ont dégagé un chiffre d’affaires consolidé de 84,98 MMDH au premier trimestre 2025, en hausse de 7,6% par rapport à la même période un an plus tôt.
Cette progression est tirée principalement par les secteurs bancaire, du BTP, des assurances et de la santé, selon les données du dernier rapport de recherche de la société de bourse MSIN.
« Ce rebond s’inscrit dans un environnement macroéconomique plus porteur. L’inflation est restée contenue autour de 2%, la campagne agricole 2024-2025 s’annonce plus favorable, et l’activité économique bénéficie d’une impulsion liée aux chantiers d’infrastructure engagés pour la CAN 2025 et la Coupe du monde 2030. À cela s’ajoute un effet calendaire favorable, avec un mois de Ramadan entièrement comptabilisé en mars. Ce qui a concentré l’impact de cette période de consommation sur un seul trimestre », explique la même source.
Une dynamique de croissance solide portée par les secteurs moteurs
Selon BKGR, les banques arrivent largement en tête, contribuant à hauteur de 43% à la hausse des revenus trimestriels. Le secteur bénéficie d’une progression robuste de son produit net bancaire (PNB), soutenue par l’activité commerciale, un effet positif des taux d’intérêt et une dynamique favorable des revenus de marché.
Vient ensuite le BTP, qui représente 16,3% de la contribution totale à la croissance. Le secteur profite directement du redémarrage de grands chantiers d’infrastructure liés à l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations 2025 et de la Coupe du monde 2030.
La santé se classe en troisième position, avec une contribution de 15,4%. Elle est portée notamment par Akdital, qui continue d’élargir son maillage territorial et d’accroître son chiffre d’affaires dans un contexte de demande soutenue. Les mines (8,1%) et les assurances (7,7%) complètent ce groupe de secteurs moteurs.
L’immobilier, de son côté, affiche une progression réelle de 7,8%. Toutefois, cette performance est jugée modérée au regard du potentiel sectoriel.
Banques : moteurs absolus de la croissance et de la rentabilité
Avec un produit net bancaire (PNB) en hausse de 10,7% à 24,4 MMDH, les banques cotées confirment leur rôle central dans la dynamique du marché.
Dans son rapport, BKGR explique que cette performance est tirée par l’ensemble des composantes du PNB. Les revenus des activités de marché ont progressé de 1,24 MMDH, ce qui montre le bon comportement des portefeuilles titres dans un contexte de détente des taux obligataires.
Les revenus nets d’intérêts affichent une croissance de 797 MDH, soutenus par une bonne tenue des encours de crédit et des marges d’intermédiation. Les commissions nettes augmentent pour leur part de 195 MDH, tandis que les autres produits contribuent à hauteur de 27 MDH.
Dans le détail, ce sont les plus grandes banques qui tirent les bénéfices vers le haut. Attijariwafa bank contribue pour 348 MDH à la hausse de la masse bénéficiaire du secteur, suivie de BCP (+207 MDH), Bank of Africa (+188 MDH) et CIH (+99 MDH). CDM et BMCI y participent également, de manière plus modérée.
Investissements et structure financière : une relance maîtrisée
Au-delà de la croissance des revenus, les sociétés cotées marocaines ont montré au premier trimestre 2025 une volonté claire de relancer leurs investissements. Selon les estimations de BKGR, le montant global des investissements (CAPEX) s’élève à 4,67 MMDH, en progression de 15,3% par rapport à la même période l’année précédente.
Cette accélération est portée par un noyau restreint d’entreprises à forte intensité capitalistique. En tête, le groupe Managem a engagé 1,5 MDH, soit à lui seul 33% de l’investissement total du marché. Ces fonds sont principalement orientés vers les phases finales de construction de deux projets stratégiques : la mine de cuivre de Tizert au Maroc et le projet aurifère Boto au Sénégal.
Maroc Telecom, deuxième contributeur, a investi 1,13 MMDH sur la période, ce qui représente 24% du total. Même si ce montant est en recul de 11,4% par rapport à l’an dernier, il traduit une poursuite de l’effort dans les infrastructures très haut débit fixe et mobile, aussi bien au Maroc qu’à l’international.
Marsa Maroc complète ce trio avec un bond spectaculaire de ses investissements à 890 MDH, soit près de 13 fois plus qu’au T1-2024. Ces dépenses sont principalement destinées à équiper les nouveaux terminaux à conteneurs de Nador West Med, confirmant l’ancrage stratégique du projet dans la logistique nationale.
Dans le même temps, la structure financière des sociétés cotées reste stable. La dette nette globale (hors financières) s’établit à 65,54 MMDH, quasiment inchangée par rapport à fin 2024 (-0,1%). Ce niveau d’endettement est principalement concentré dans trois secteurs : les télécoms (33%), les mines (19%) et l’immobilier (10%).
Les autres secteurs : contrastes, reprises et rééquilibrages
Le secteur des assurances continue de croître à un rythme régulier. Les primes émises brutes enregistrent une hausse de 6,2% au premier trimestre, portées en grande partie par la bonne performance de l’activité Vie. AtlantaSanad réalise notamment un bond de 16,6% sur la période, tandis que Wafa Assurance progresse de 5,4%. À l’inverse, Sanlam Maroc affiche un léger recul de 3,1%.
Le BTP, déjà évoqué pour sa contribution globale à la croissance, confirme sa relance avec une hausse de 13,5% du chiffre d’affaires sectoriel. Jet Contractors (+21,7%), Sonasid (+24,2%) et LafargeHolcim (+8,7%) figurent parmi les plus fortes progressions, portées par la reprise de la demande en infrastructures et les chantiers structurants.
Dans l’immobilier, le chiffre d’affaires agrégé progresse de 7,8%, soutenu notamment par Alliances (+10%) et Résidences Dar Saada (+18,5%). Toutefois, cette performance reste en deçà du potentiel sectoriel. Comme l’indique BKGR, si l’on corrige les effets liés à la nouvelle méthode de comptabilisation du chiffre d’affaires, la croissance proforma aurait été bien plus élevée, de l’ordre de 27% sur un an.
Du côté des industries de consommation, le tableau est plus nuancé. L’agroalimentaire affiche une croissance modérée de 4,2%, avec des évolutions très hétérogènes. Lesieur Cristal progresse de 10%, Cosumar de 9,3%, tandis que Mutandis (-3,8%), Dari (-13,6%) et surtout Unimer (-51,6%) enregistrent des replis significatifs. Le secteur des boissons évolue peu, avec un léger recul de Boissons du Maroc (-2,8%) et une progression modérée pour Oulmès (+10,9%).
Dans la distribution, la croissance atteint 8,1%, tirée par SRM (+50,0%), Auto Nejma (+22,4%) et Fenie Brossette (+31,6%). Ennakl, en revanche, chute lourdement de 22,9%, dans un contexte de ralentissement du marché automobile importé.
Le secteur transport affiche également une forte dynamique : CTM enregistre une progression de 108,8% de son chiffre d’affaires, tandis que Marsa Maroc confirme sa solidité avec une hausse de 12,3%.
Le secteur électricité reste stable, avec une légère baisse de 0,5% pour Taqa Morocco, tandis que le secteur des télécoms recule de 2%, principalement sous l’effet du repli de Maroc Telecom. Ce recul isole IAM comme la principale source de contre-performance à l’échelle agrégée du marché.