L’indice de l’industrie pharmaceutique de la Bourse de Casablanca a augmenté de 24% en mai, porté par ses deux composantes, Sothema et Promopharm, deux titres peu liquides et rarement sous les projecteurs. Depuis le début de l’année, cet indice affiche une envolée de 60,7%.
Cette hausse spectaculaire tranche avec la tendance des mois précédents : 4,6% en avril et 6,6% en mars.
Jusqu’à fin avril, le secteur évoluait largement en retrait par rapport au MASI global. Il aura fallu un mois, et quelques séances très actives sur Sothema, pour changer la donne. Depuis le début de l’année, Sothema affiche une progression de 42%, Promopharm de 36%. Ces niveaux interrogent sur la portée réelle de cette revalorisation.
Sur les six premiers mois de l’année, le secteur pharmaceutique a d’abord sous-performé le MASI, évoluant sans direction claire. Ce n’est qu’en mai que la tendance s’est inversée, avec une surperformance nette du secteur par rapport au marché global.
Sothema a amorcé son rebond plusieurs semaines après la publication de ses résultats annuels, en mars 2025. Le marché n’avait pas réagi dans l’immédiat.
L’accélération s’est produite en mai, dans un contexte de relecture positive des fondamentaux, renforcée par la publication des résultats du premier trimestre. Promopharm a accompagné le mouvement, dans un effet d’entraînement sectoriel.
Une dynamique de marché plus qu’un engouement ciblé
La forte progression de Sothema et de Promopharm en mai s’inscrit dans une vague d’optimisme plus large sur la Bourse de Casablanca. Le marché marocain, tiré par des anticipations de baisse durable des taux, un retour progressif de la liquidité et une bonne tenue des résultats d’entreprise, connaît une phase haussière soutenue depuis le début de l’année.
Dans ce contexte, les deux valeurs pharmaceutiques ont évolué dans le sillage du MASI, avec un retard initial, puis un rattrapage rapide. Leurs performances récentes traduisent autant un effet d’entraînement qu’un véritable mouvement fondamental. L’indice sectoriel, historiquement peu volatile, a ainsi suivi le rythme général du marché, avec une accélération marquée sur la dernière ligne droite.
Un analyste de la place rappelle que ces titres restent « peu suivis par les bureaux de recherche, et que même chez les investisseurs professionnels, la demande reste marginale. Leur flottant réduit et leur faible liquidité limitent leur accessibilité pour les gérants de portefeuilles, ce qui explique en partie la concentration des volumes sur quelques séances et l’amplitude parfois exagérée des variations ».
« La hausse récente s’inscrit dans un mouvement plus large de réallocation des investisseurs vers des secteurs délaissés, à la recherche de relais de performance. L’industrie pharmaceutique et, plus largement, le segment médical bénéficient d’un regain d’intérêt lié à leur résilience, à la souveraineté sanitaire et aux perspectives de croissance sur le continent africain ».
Sothema : croissance solide, valorisation désormais tendue
En bourse, le titre a gagné 42% depuis janvier, porté par ces fondamentaux et l’optimisme général du marché. Mais cette accélération rapide a fait grimper les ratios de valorisation : le PER ressort à 38,6x, très au-dessus des standards du marché.
Sothema a terminé l’année 2024 sur une dynamique remarquée. Son chiffre d’affaires consolidé s’est élevé à 2,82 MMDH, en hausse de 13,4%, tiré par la croissance des ventes de marchandises (+13,8%) et des biens/services produits (+10,8%).
Le résultat net part du groupe a atteint 298,8 MDH, en progression de 22,5% par rapport à 2023 (239,3 MDH), avec une marge nette consolidée de 10,6% (contre 9,6% en 2023).
Le groupe a également bénéficié d’un contexte favorable lié à la stratégie nationale de souveraineté sanitaire.
« Cette politique, qui encourage la production locale et l’industrialisation pharmaceutique, a renforcé la visibilité des laboratoires structurés comme Sothema, notamment grâce à la montée en puissance des fabrications à façon pour des partenaires internationaux et à une stratégie d’expansion active en Afrique de l’Ouest« .
La publication du T1-2025 a prolongé cette dynamique : chiffre d’affaires en hausse de 19% sur un an, à 782 MDH, sans effet calendaire particulier.
Cette performance a été obtenue sans effet calendaire particulier, portée par les lancements de produits, le développement de segments stratégiques comme l’oncologie, et le renforcement de la présence sur le marché public.
Parallèlement, la structure financière du groupe s’est nettement renforcée : l’endettement net a été réduit de moitié pour s’établir à 232 MDH, grâce à la baisse du besoin en fonds de roulement et à des flux de trésorerie solides.
Source: medias24.com
Promopharm : progression régulière
En bourse, le titre a gagné 36% depuis janvier, porté par cette dynamique régulière et par l’effet d’entraînement du secteur. Le PER ressort à 20,8x, ce qui reflète une valorisation exigeante au vu du faible flottant.
En 2024, Promopharm a amélioré ses indicateurs clés. Le chiffre d’affaires s’est établi à 898 MDH, en progression de 11,5%, et le résultat net a atteint 55 MDH. Au premier trimestre 2025, la croissance s’est poursuivie. Le chiffre d’affaires a atteint 160,6 MDH, en hausse de 10,5% sur un an.
Source: medias24.com
Et maintenant ?
Le titre de Sothema a enchaîné plusieurs séances de forte hausse début mai, atteignant un pic au-dessus de 2.000 DH. Mais depuis, le rythme s’est nettement calmé, les volumes se sont réduits et la dynamique s’est stabilisée. Ce comportement traduit souvent une forme d’essoufflement naturel après une accélération marquée.
En ce qui concerne le titre de Promopharm, il a suivi une courbe plus lisse, sans mouvements brusques. Mais là aussi, après avoir gagné 36% depuis janvier, la courbe se tend et les marges de progression immédiate se rétrécissent. Les volumes échangés restent faibles, ce qui limite les entrées de nouveaux investisseurs.
« La hausse s’est produite dans un contexte général de progression du MASI. Elle semble donc avoir été tirée par le marché plus que par une réévaluation propre des entreprises. Il n’y a pas eu de changement stratégique, ni d’annonces majeures qui justifieraient une revalorisation durable », explique l’analyste.
« Après toute hausse rapide, le marché a besoin de digérer. Cela passe par une consolidation des cours, des prises de bénéfices, et parfois un léger repli technique. Cette étape est naturelle, surtout pour des titres peu liquides ».