Dévoilé le 28 mai dernier, le contenu de la feuille de route du commerce extérieur réalisée avec le concours des opérateurs (ASMEX, CGEM et fédérations), après une tournée dans les 12 régions du Royaume, vise à renforcer le chiffre d’affaires à l’export et à générer de nouveaux emplois d’ici 2027. Sollicité par Médias24, le secrétaire d’État Omar Hejira revient sur les moyens qui seront mis en œuvre pour atteindre ces objectifs.

Médias24 : Quelles sont les grandes nouveautés de la feuille de route du commerce extérieur ?

Omar Hejira : La feuille de route du commerce extérieur 2025-2027 se distingue d’abord par ses ambitions en visant la réalisation d’un chiffre d’affaires à l’export additionnel de l’ordre de 84 milliards de DH à l’horizon 2027, ce qui permettra de générer 76.000 emplois directs, et la transformation de 400 entreprises actuellement non exportatrices en entreprises exportatrices.

Six grandes nouveautés pour accompagner les exportateurs 

Elle se distingue également par son approche et l’envergure de ses programmes d’intervention agissant sur plusieurs leviers, à travers principalement :

  1. L’accompagnement de 600 entreprises avec un programme de soutien à la carte à travers la mise en place d’une plateforme électronique « One Shop Store Export » centralisant l’accès aux outils de soutien à l’export.
  2. Le renforcement de l’ancrage territorial à travers le lancement de bureaux régionaux du commerce extérieur qui contribueront à mobiliser les entreprises dans les régions comptant très peu d’exportateurs.
  3. Le déploiement d’un dispositif d’assurance complémentaire à l’export visant à sécuriser les risques de défaut de paiement qu’encourent les exportateurs sur certains marchés, ce qui permettra de diversifier nos débouchés à l’export.
  4. La programmation, en partenariat avec les institutions de promotion et les associations professionnelles, des missions de prospection et des campagnes de promotion dans les marchés ciblés.
  5. Le renforcement de la diplomatie économique.
  6. La facilitation des procédures du commerce extérieur et la poursuite de leur dématérialisation dans le cadre d’un guichet électronique unifié.

– Que va apporter l’assurance à l’export pour les opérateurs ?

– Je tiens à préciser, tout d’abord, que l’assurance à l’export existe déjà et est opérée par des compagnies privées qui assurent le risque de défaut de paiement encouru par l’exportateur. Or les compagnies d’assurance privées assurent peu, ou pas, des transactions réalisées avec certains clients présentant des risques élevés.

Une assurance complémentaire pour couvrir les risques commerciaux dans des pays à fort potentiel

Le dispositif, que nous mettons en place en partenariat avec la Société centrale de réassurance (SCR), consiste par conséquent à fournir une assurance complémentaire permettant une couverture de risques plus élargie s’étendant à des pays qui sont actuellement peu ou non couverts par l’assurance à l’export existante.

L’objectif est de couvrir les risques politiques et commerciaux dans des marchés à fort potentiel, mais faiblement couverts par les assureurs privés.

Pour cela, nous allons déployer le dispositif dans une phase pilote, la couverture d’une quinzaine de pays africains présentant un fort potentiel avant de l’élargir aux marchés du Moyen-Orient et d’Asie. Ce qui va permettre, in fine, de diversifier nos exportations sur ces marchés.

– C’est la raison pour laquelle l’État a injecté 100 millions de dirhams dans la Société centrale de réassurance ?

– L’enveloppe de 100 millions de dirhams est une subvention d’équilibre mise à la disposition de la SCR qui sera chargée de réassurer les assureurs privés sur les transactions à risque dans le cadre de l’export. En effet, sans cette subvention, les assureurs et la SCR ne vont pas couvrir ces exportations.

Cela fonctionnera de la manière suivante : l’exportateur s’assure auprès des compagnies d’assurances qui opèrent dans l’assurance-crédit à l’export, et ces dernières se réassurent auprès de la SCR, qui elle-même se réassure auprès d’autres compagnies internationales de réassurance.

100 MDH injectés par l’État dans la SCR pour couvrir les risques d’impayés

En cas de défaut de paiement de l’exportateur avec une défaillance partielle ou totale des assureurs dans les trois niveaux, l’exportateur sera remboursé à partir de ce fonds de 100 millions de DH. En d’autres termes, c’est l’État qui prend le risque en dernier ressort.

– Comment cette somme permettra-t-elle de générer 7,5 MMDH d’exportation ?

– Selon les calculs actualisés et en tenant compte du niveau de risque politique et commercial pour les pays non couverts actuellement, chaque dirham investi permettra de couvrir jusqu’à 75 DH de chiffre d’affaires à l’export.

Ainsi, les 100 MDH mobilisés devraient permettre de garantir jusqu’à 7,5 MMDH d’opérations d’exportation, tout en assurant un équilibre entre les emplois et les ressources.

– Pourquoi ne pas avoir créé l’équivalent marocain de la Coface française ?

– Parce que la Coface opère déjà au Maroc à travers sa filiale marocaine et que nous avons deux autres compagnies qui opèrent dans l’assurance-crédit à l’export, à savoir la SMAEX et Allianz Trade.

Partant de ce constat, notre but n’était pas de créer un nouvel acteur, mais plutôt de renforcer les capacités existantes des compagnies privées d’assurance.

Au final, le modèle, tel que je l’ai décrit, s’inscrit dans une logique de complémentarité avec l’offre d’assurance à l’export en place, sans créer de redondances institutionnelles.

Lancement d’une plateforme numérique et de bureaux régionaux pour accompagner les opérateurs

– Quels services et plus-value va apporter la nouvelle plateforme « One Shop Store » ?

– La plateforme « One Shop Store Export » permettra principalement :

  • un accès simplifié et digitalisé à tous les programmes d’appui à l’export (aides, formations, missions, appui logistique, etc.) ;
  • une meilleure coordination entre les différents acteurs publics et privés de l’écosystème export ;
  • un suivi personnalisé des entreprises selon leur maturité à l’export, leurs secteurs et leurs régions ;
  • une communication et un échange fluide et instantané entre l’administration et les entreprises accompagnées.

Cette plateforme, qui constitue une vraie nouveauté, répondra donc à une forte attente des opérateurs en matière de lisibilité et d’efficacité dans la gestion de l’appui public octroyé aux entreprises.

Quel sera le rôle des bureaux régionaux qui seront lancés dans quelques jours ?

– Ces bureaux seront notre interface de proximité dans les régions et constitueront des relais pour le déploiement de la feuille de route à l’échelle territoriale.

Dans ce cadre, ils auront pour tâche :

  • d’identifier les entreprises à potentiel export dans chaque région et les mobiliser pour s’inscrire sur la plateforme « One Shop Store Export » pour bénéficier de l’appui ;
  • d’accompagner les opérateurs dans leurs démarches d’exportation.
  • d’organiser localement des formations, ateliers et missions d’information sur les questions relatives au commerce extérieur.

Plusieurs marchés continentaux sous-exploités en ligne de mire 

Quid des 22 pays identifiés ayant un potentiel inexploité d’exportation et des 200 produits ciblés ?

– Le choix de ces 22 pays, qui sont issus des continents africain, américain et asiatique, a été dicté par la croissance de leur demande en matière d’import de produits en ligne avec notre offre exportable.

En ce qui concerne les produits à fort potentiel, il y a lieu de citer :

  • les produits agricoles et de la mer, transformés ;
  • les produits de l’industrie de l’automobile et du secteur aéronautique ;
  • les produits textiles et habillement dont le textile technique ;
  • les composants électriques et électroniques ;
  • les produits cosmétiques et pharmaceutiques ;
  • les produits chimiques et matériaux de construction.

– Sur quoi repose votre calcul du potentiel d’exportation africain chiffré à 12 MMDH, et celui global de 120 MMDH ?

– Tout simplement sur la somme des couples produits/marchés qui ont été identifiés.

Ce calcul génère un potentiel de 120 MMDH pour l’ensemble de la planète et de 12 MMDH pour l’Afrique, tous deux mis en exergue lors de la préparation de la feuille de route du commerce extérieur.

Pour des raisons de confidentialité stratégique, je ne peux pas développer et vous en dire plus, mais les exportateurs disposeront de fiches détaillées des couples produits/marchés pour leur usage interne.

– Selon votre département, 92% des exportations sont concentrées dans six secteurs d’activité. Quels sont-ils et quels autres secteurs doivent faire l’objet d’efforts ?

– Effectivement, notre offre exportable est actuellement concentrée sur les six secteurs suivants :

  • Automobile.
  • Phosphates et dérivés.
  • Agriculture et agroalimentaire.
  • Textile et habillement.
  • Aéronautique.
  • Électrique et électronique.

Cela dit, nous sommes certains que notre offre à l’export sera bientôt élargie et diversifiée grâce aux investissements et aux projets qui sont en train de se développer, comme les batteries et composants de batteries pour véhicules électriques, l’hydrogène vert, les produits miniers de haute valeur…

Un guichet unique pour centraliser les démarches administratives naguère éparpillées

– Comment va fonctionner le guichet unique à l’export ?

– Il s’agit d’un projet de grande envergure qui permettra de réaliser une avancée majeure dans la facilitation des procédures de commerce extérieur.

En effet, en instaurant un guichet unique national des procédures du commerce extérieur, nous allons rompre avec la démarche de facilitation à travers la simple digitalisation, car nous allons offrir aux opérateurs une plateforme centralisée et interconnectée couvrant l’ensemble des formalités, à l’import comme à l’export.

C’est un véritable basculement de l’ancien système fragmenté vers un écosystème unifié, intelligent, fluide et harmonisé, aligné avec les meilleures pratiques internationales.

De cette manière, l’exportateur ou l’importateur pourra effectuer toutes ses démarches à partir d’une interface unique, mettant fin à la redondance documentaire, aux doubles saisies et à l’accès à plusieurs plateformes pour effectuer l’intégralité des formalités exigées.

Aujourd’hui, un exportateur doit interagir avec plusieurs plateformes, déposer plusieurs fois les mêmes documents, suivre plusieurs circuits mais, demain, avec ce guichet unique, tout sera centralisé.

L’exportateur accèdera à une interface unique en ligne à partir de laquelle il pourra initier l’ensemble de ses formalités d’export, que ce soit une autorisation, une déclaration, l’obtention d’un certificat sanitaire, etc.

Cette réforme, qui repose sur l’orchestration intelligente des démarches, va se traduire par une réduction de 30% des délais moyens de traitement et une diminution des coûts administratifs et procéduraux des transactions commerciales.

En outre, elle entraînera une amélioration du classement du Maroc dans les indicateurs internationaux de performance logistique. À ce titre, il convient de souligner que le rapport « Business Ready » de la Banque mondiale recommande la mise en place d’un portail unique national dédié aux procédures du commerce extérieur.

En d’autres termes, cette réforme structurante permettra au Maroc de gagner des points importants dans son classement dans les prochaines éditions de ce rapport, et d’améliorer sa position parmi les économies les plus attractives et compétitives de la région.