A gauche, une affiche de belle taille indique en gros caractères et en capitales, en arabe et en français: Les bienfaits du CBD.
En bas, une gamme de produits est classée par catégories: Relaxation, Energie, Stress, Anxiété. Trois logos sont visibles : ANRAC (agence du cannabis), Agence du médicament et GACP (une certification des bonnes pratiques de cueillette et de production.
Nous sommes dans une pharmacie de Casablanca, bien située et qui a donc de la fréquentation. A notre question au sujet des produits affichés, on nous répond simplement qu’ils ne sont pas disponibles et que cette officine ne les vend pas encore, car les prix sont élevés.
Crèmes, tisanes, huiles de massage, produits relaxants… Lors de leur lancement, ces produits à base de cannabis non psychotrope avaient suscité la curiosité. A présent, les pharmaciens n’ont quasiment aucune demande, nous confirment des sources professionnelles du secteur.
Ce désintérêt peut s’expliquer par le manque d’information du grand public sur les bienfaits de ces produits, leurs usages et leurs limites, mais aussi par les prix pratiqués qui restent généralement élevés, au vu du pouvoir d’achat local, selon nos interlocuteurs.
Le Maroc produit mais ne consomme pas
Plusieurs compléments alimentaires et produits cosmétiques à base de cannabis ont commencé à être commercialisés en pharmacie le 1er juin 2024. Un an après, la demande reste timide, nous apprennent des pharmaciens d’officine.
« Il y a eu un certain engouement au lancement de ces produits, notamment pour les crèmes et les tisanes, mais actuellement, nous n’avons quasiment plus de demande ».
Ces compléments sont des produits de confort, qui sont en vente libre en pharmacie. Les médicaments à base de cannabis, et plus précisément de THC, ne sont pas encore commercialisés. Ces derniers seront vendus sur prescription médicale et seront réservés à des spécialités et maladies spécifiques, assez graves, précisent nos sources.
À ce stade, « ces médicaments ne sont pas encore prescrits. D’ailleurs, certains laboratoires ont déjà des molécules prêtes, mais qui ne sont toujours pas autorisées à la commercialisation par les autorités concernées », notamment l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC).
CBD: méconnu, mal perçu, peu demandé
Rappelons que le cannabidiol, bien qu’issu du cannabis, n’a pas d’effet euphorisant. Il est reconnu dans plusieurs pays pour ses vertus apaisantes, notamment contre l’anxiété, les douleurs musculaires ou les troubles du sommeil. Mais, au Maroc, cette nuance reste floue dans l’esprit de nombreux consommateurs.
« Il y a un vrai manque de communication autour des compléments à base de CBD. Les gens ne sont pas informés quant aux effets de ces produits », ni à leurs limites d’ailleurs.
« De plus, les pharmacies restent des espaces de santé. Les pharmaciens sont là pour accompagner les patients, les conseiller et dispenser des ordonnances. On ne peut de ce fait pas se permettre de leur proposer des produits à base de CBD ». En effet, cela peut être mal perçu. Nous avons nous mêmes constaté que des officines refusent de le commercialiser.
Par ailleurs, le facteur culturel et religieux peut expliquer ce désintérêt. « Faute de campagne d’information grand public, le CBD restera associé à une image floue, et parfois négative », expliquent nos interlocuteurs.
« Il faudrait peut-être que ces produits soient prescrits par un médecin« , et que leur usage soit encadré. « Sinon, c’est difficile de convaincre les gens », estiment des pharmaciens, qui soulignent que le CBD reste toutefois déconseillé aux enfants, adolescents, femmes enceintes et personnes souffrant de troubles psychiatriques, en raison de possibles interactions médicamenteuses. « Il ne faut donc pas le banaliser ni le vendre ailleurs qu’en pharmacie ».
CBD en pharmacie: des prix peu accessibles
Le prix de ces compléments est un autre frein de taille. « Une simple tisane au CBD peut coûter jusqu’à 140 DH », selon nos sources. Certaines sérums et crèmes avoisinent les 300 DH. « Le budget moyen d’un Marocain ne permet pas ce type de dépenses, surtout pour un produit de confort », soulignent les pharmaciens.
« Au Maroc, la consommation de médicaments destinés au traitement des maladies reste elle-même limitée, avec une dépense annuelle moyenne d’environ 500 DH par personne ». Or, à ce jour, le CBD est justement classé comme tel : un complément ou un cosmétique, non remboursé et destiné à améliorer le bien-être, pas à traiter une pathologie.
Un potentiel d’export à développer
Paradoxalement, le Maroc, désormais producteur légal de cannabis à usage thérapeutique et industriel, a tout intérêt à développer cette filière à l’export. « Être leader sur ce créneau, c’est une bonne chose. Il faut maintenant transformer cet avantage en potentiel économique à l’international », plaident nos interlocuteurs.
Mais pour le marché local, la route est encore longue. « Il y a encore beaucoup à faire », estiment-ils. Une stratégie de communication claire, un encadrement médical progressif et une politique tarifaire plus accessible pourraient permettre au CBD de sortir de sa niche.