Il arrive que le score importe peu. En témoigne cette courte victoire des Lions de l’Atlas, pleinement savourée par les supporters, tant le retourné acrobatique d’Ayoub El Kaabi (46ᵉ) valait, à lui seul, le déplacement.

Privée de plusieurs cadres, la sélection nationale a tout de même pris le dessus sur le Bénin (1-0), ce lundi 9 juin, au complexe sportif de Fès. Une douzième victoire consécutive, un record, qui porte donc la signature d’Ayoub El Kaabi, auteur d’un geste sensationnel qui pourrait bien renforcer sa position face à la concurrence à la pointe de l’attaque.

« Je me dois de féliciter Ayoub El Kaabi. C’est un joueur formidable sur le plan footballistique et humain. C’est aussi un exemple pour la jeunesse marocaine, qui a commencé dans le monde amateur pour en arriver là avec beaucoup de travail. Il mérite ce qui lui arrive. C’est un joueur sur qui je peux compter », a affirmé le sélectionneur national, Walid Regragui en conférence de presse d’après-match.

Alignés dans un système hybride, à mi-chemin entre le 4-3-3 et le 4-4-2, les Lions de l’Atlas ont rapidement imposé leur rythme, notamment lorsque El Kaabi se rapprochait de Soufiane Rahimi. D’entrée de jeu, ils ont étouffé leurs adversaires par un pressing agressif.

Dès la 2e minute, Osame Sahraoui a dynamité l’axe central avant de servir Ismael Saibari, dont la tentative n’a toutefois pas inquiété le portier adverse. Quelques minutes plus tard, Marcel Dandjinou a suivi du regard un coup franc de Soufiane Rahimi hors cadre.

L’attaquant d’Al Ain (EAU) a été très entreprenant en multipliant les appels dans le dos de la défense à quatre mise en place par Gernot Rohr, le sélectionneur béninois.

Avec Munir El Kajoui, Zakaria El Ouahdi, Osame Sahraoui et Ayoub El Kaabi, Soufiane Rahimi faisait partie des cinq joueurs qui n’étaient pas titulaires quelques jours plus tôt face à la Tunisie. Ce qui n’a pas forcément joué en faveur du Onze national en termes de fluidité.

« Il y avait beaucoup de fatigue et de changements dans l’équipe. Cela nous a beaucoup perturbés en termes de connexion entre les joueurs. On a peut-être changé trop de joueurs mais, comme une grande équipe, on a su gagner. On aurait pu être meilleurs avec plus de facilité à arriver dans la surface », a souligné le sélectionneur national.

Au vrai, on s’attendait à un turn-over plus important. Mais Walid Regragui n’a certainement pas voulu faire voler en éclats la solidité défensive entrevue contre les Aigles de Carthage. L’adversaire du jour était parfois menaçant, comme sur cette volée manquée (10′).

Mais globalement, la charnière composée de Jawad El Yamiq et Adam Masina n’a pas été particulièrement mise en danger. « La défense est toujours difficile à construire et on n’a eu que quelques jours pour le faire. Donc j’en suis satisfait, car, après avoir joué la Tunisie et le Bénin, nous n’avons pas encaissé de but. Cela veut dire que Jawad El Yamiq et Adam Masina ont été solides. Sans oublier Youssef Belammari, malgré une gêne à l’ischio-jambier », s’est satisfait le technicien marocain.

Bien que dans le domaine aérien, la paire Yamiq-Masina avait un sacré client avec le longiligne avant-centre Steve Mounié. Si on voyait de plus en plus l’attaquant béninois, c’est que les Marocains ont quelque peu levé le pied, mettant moins d’intensité dans tout ce qu’ils ont entrepris.

Une baisse de régime qui n’est pas dénuée de sens après une saison éreintante. Mais en face, les Béninois n’étaient pas en vacances toute la saison non plus. D’autant que la fatigue n’explique pas le manque de discipline tactique dont les Marocains ont fait preuve, en particulier les milieux de terrain, ce qui ne leur a pas permis de quadriller efficacement le terrain afin de récupérer le ballon rapidement comme en début de match.

En outre, l’entrejeu a par moments manqué de maîtrise et de patience dans la construction du jeu. « Nous avons parfois voulu jouer trop vite vers l’avant alors que nous avions le temps de construire nos actions sans nous presser », a regretté Walid Regragui. Il a fallu un nouvel appel en profondeur de Rahimi (33ᵉ) pour permettre quelques secondes plus tard à Ayoub El Kaabi de se retrouver en bonne position d’ouvrir le score.

Mais la demi-volée du natif de Casablanca s’est envolée au-dessus des cages adverses (34′). Toutefois, qui se souviendra de ce raté, à la lumière de l’incroyable ouverture du score de l’ancien joueur du Wydad, qui a réceptionné la passe en profondeur d’Adam Masina d’un inattendu retourné acrobatique, juste avant de rejoindre les vestiaires (46′).

Au-delà du service parfait du défenseur central gauche, Ayoub El Kaabi a fait preuve de sens du timing, de qualité de détente et surtout d’une audace digne des plus grands attaquants. Les beaux buts, le joueur de l’Olympiakos semble en faire sa spécialité après le tir enroulé du match précédent. Deux réalisations en première intention, sans contrôle ni fioritures. Ses 27e et 28e buts avec les Lions de l’Atlas en 54 matchs.

Imprimé dans l’esprit de ses coéquipiers et de ses adversaires, ce but n’a pas pour autant incité les Lions de l’Atlas à passer la seconde. Ils ont plutôt géré leur avance, non sans essayer d’accélérer par l’intermédiaire d’Osame Sahraoui, qui a souvent pêché dans la dernière passe. Pour sa part, Ayoub El Kaabi a poursuivi sa très bonne prestation en participant également à la construction des actions, puisqu’il est venu à plusieurs reprises demander le ballon et offrir des solutions dans le cœur du jeu.

Les rentrées conjuguées d’Amine Zouhzouh et d’Oussama Targhalline n’ont pas fait de mal au Onze national, loin de là. Dès leur premier ballon, ils ont participé activement à la construction de la première grosse occasion marocaine du second acte. Un tir à l’entrée de la surface signé Soufiane Rahimi, mais qui a fui le cadre (64′).

Lancé quelques minutes plus tard, Maroan Sannadi a manqué son face-à-face (80′) alors qu’il était en excellente position. « Ce n’est pas facile de rentrer en cours de match ni dans un nouveau groupe. Maroan était blessé à son arrivée et il a pris le temps d’intégrer ce qu’on demande de lui. C’est un joueur qui va encore grandir en disputant la Ligue des champions la saison prochaine avec son club. Il doit continuer à travailler, mais il nous donne d’autres solutions en termes de profil », explique M. Regragui. 

Tout comme Sannadi quelques minutes plus tôt, Munir El Kajoui était également en bonne position lorsqu’il fallait intervenir en s’allongeant sur un centre extrêmement dangereux dans sa surface de réparation à cinq minutes de la fin du temps réglementaire. Une intervention salvatrice, qui a sans doute changé le scénario de la rencontre.

Mais au final, on ne retiendra sans doute qu’une seule image de cette rencontre : le retourné acrobatique de Ayoub El Kaabi, aussi spectaculaire que décisif.