Pour faire face à la situation de l’offre en viandes rouges et préserver les équilibres du marché, le gouvernement a eu recours à l’importation de bétail et de viandes en 2025. Intervenant lors de la séance des questions orales à la Chambre des représentants, ce mardi 10 juin, le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, a indiqué que les importations effectuées jusqu’à présent cette année se chiffrent à :

– 90.000 vaches ; 

– 238.000 ovins ; 

– 1.922 tonnes de viandes rouges et d’abats.

Ce recours à l’importation s’accompagne d’un ensemble de mesures pour assurer l’approvisionnement du marché national en viandes rouges comprenant :

– la suspension prolongée de la TVA et des droits d’importation pour les reproducteurs mâles (moutons, caprins, dromadaires) ;

– l’exonération douanière pour les viandes rouges importées ;

– L’interdiction temporaire de l’abattage des femelles reproductrices (jusqu’en mai 2026) qui seront prochainement identifiées par des anneaux électroniques, afin d’assurer un suivi en temps réel et de protéger le capital animalier. 

Ces mesures d’urgence s’articulent avec un plan plus vaste et structurel. Sur instruction du Roi Mohammed VI, un programme national de reconstitution du cheptel a été lancé.

Il prévoit une enveloppe de 3 milliards de dirhams mobilisés d’ici à fin 2025, et 3,2 milliards supplémentaires en 2026. Annoncé le 5 mai 2025, ce programme structurant s’articule autour de cinq axes majeurs :

– Allègement des dettes pour 50.000 éleveurs, incluant l’annulation partielle des dettes et la reprogrammation des échéances ;

– Soutien à l’alimentation animale, avec de l’orge vendu à 1,50 DH/kg (dans la limite de 7 millions de quintaux) et des aliments composés à 2 DH/kg ; 

Subventions directes de 400 DH par tête identifiée et non abattue pour préserver les femelles reproductrices ;

– Campagne sanitaire couvrant 17 millions de têtes ;

– Amélioration génétique et accompagnement technique, avec encadrement par l’Association nationale des éleveurs d’ovins et caprins (ANOC) et l’Office national de conseil agricole (ONCA).

58 projets d’agriculture solidaire dédiés à l’élevage

Ce chantier est également au cœur de l’agriculture solidaire, un modèle soutenu à 100% par l’État. Il vise à renforcer la résilience des petits éleveurs (80 % du secteur), améliorer leurs revenus et à répondre aux défis climatiques.

À ce jour, 58 projets d’agriculture solidaire dédiés à l’élevage ont été validés dans 39 provinces et 180 communes, touchant plus de 25.000 bénéficiaires, pour un investissement global de 500 millions de dirhams. Ces projets comprennent :

– l’acquisition et la distribution de 37.000 têtes : ovins, caprins, vaches laitières améliorées et camelins ;

– l’achat et la distribution d’aliments pour le bétail ;

– la création et l’équipement de 99 unités de production d’orge ;

– la création et l’équipement de 9 centres d’engraissement pour vaches laitières et ovins ;

– l’acquisition de 963 tonnes de semences pour fourrages ;

– la culture de 5.000 hectares d’arbustes fourragers ;

– l’équipement de 124 points d’eau pour le bétail ;

– la création de 10 regroupements d’éleveurs pour l’amélioration génétique ;

– L’encadrement technique des coopératives et organisations professionnelles.

À terme, ce programme devrait atteindre 200 projets solidaires. “Des appels à projets seront lancés pour soutenir la création d’exploitations d’élevage, d’unités de transformation, et pour développer les filières de logistique et d’insémination artificielle”, assure M. El Bouari.

Le ministre a également présenté un point sur l’état d’avancement de la campagne agricole 2024-2025. Celle-ci a été marquée par des conditions climatiques contrastées, notamment des précipitations précoces en octobre, un déficit entre novembre et février, suivi d’une amélioration depuis mars.

Le cumul des précipitations enregistrées jusqu’au 5 juin 2025 s’élève à 302 mm, soit une baisse de 23% par rapport à la moyenne des 30 dernières années, mais une hausse de 14% par rapport à la saison précédente. Cette amélioration a permis de porter le taux de remplissage des barrages agricoles à 37% (5,2 milliards de m³), contre 30% l’année précédente. La production céréalière prévisionnelle est estimée à 44 millions de quintaux, en hausse de 41%.

Jusqu’à présent, 21% des superficies ont été récoltées. En parallèle, 661.000 hectares ont été assurés dans le cadre des programmes agricoles, et les cultures printanières couvrent environ 187.000 hectares. Enfin, le ministre a souligné que l’amélioration du couvert végétal depuis mars aura un effet bénéfique sur les ressources fourragères, soutenant ainsi les efforts de reconstitution du cheptel national.