D’année en année, Rabat se métamorphose. En 2022, la Ville Lumière était la capitale culturelle de l’Afrique. En 2030, elle sera l’une des villes hôtes de la Coupe du Monde 2030. Les chantiers se multiplient à 5 ans de l’échéance.

D’ailleurs, récemment, le royaume s’est engagé dans une transformation majeure de sa mobilité urbaine et interurbaine, avec l’extension de la ligne à grande vitesse (LGV) jusqu’à Marrakech, mais aussi le lancement de l’ambitieux projet du réseau express régional (RER). Sa mise en service est attendue d’ici 2030. Ce projet feroviaire répond à la demande croissante qui risque d’augmenter davantage durant la période de la Coupe du monde 2030.

Concernant Rabat, la ville se prépare, doucement mais sûrement, à ce grand rendez-vous. Médias24 a échangé avec Nourredine Sridi, délégué régional du tourisme de Rabat-Salé-Kénitra pour comprendre les enjeux et la transformation attendue à l’aube de cet événement sans précédent dans le Royaume.

Médias24. Rabat fait partie des villes hôtes de la Coupe du monde 2030. Quel rôle stratégique peut-elle jouer ?

Nourredine Sridi. Oui, Rabat est bien l’une des villes hôtes officielles de la Coupe du monde 2030. Elle accueillera plusieurs matchs dans un stade entièrement reconstruit : le nouveau complexe sportif Prince Moulay Abdellah, d’une capacité de 68.500 places, avec des tribunes couvertes, des loges VIP, des équipements technologiques de dernière génération et une conformité totale aux normes FIFA.

En tant que capitale politique, culturelle et institutionnelle du Royaume, Rabat occupera également une place stratégique dans le dispositif global : accueil des délégations, organisation d’événements diplomatiques, centre média et base logistique de haut niveau.

– Quel est l’état actuel de l’offre hôtelière et touristique dans la région, et quels efforts sont en cours pour la renforcer d’ici 2030 ?

– La région Rabat-Salé-Kénitra dispose aujourd’hui d’environ 12.000 lits touristiques, dont plus de 70% sont concentrés dans la ville de Rabat. Cette capacité est répartie sur une offre hôtelière riche, équilibrée et très diversifiée.

Nous disposons d’hôtels de luxe et haut de gamme tels que le Ritz Carlton, le Marriott, le Sofitel, le Fairmont Marina, The View, le Conrad, le Four Seasons Bab Al Bahr, le Waldorf Astoria Rabat-Salé et, bientôt, le Royal Mansour Rabat, en cours de construction. Nous avons aussi des hôtels 3 et 4 étoiles bien positionnés, offrant un excellent rapport qualité-prix.

Il faut noter qu’il existe une offre croissante d’appart-hôtels et de maisons d’hôtes, notamment dans la médina et les quartiers résidentiels, et une offre complémentaire en arrière-pays, dans les provinces de Khemisset, de Tamesna ou de Sidi Bettach, avec des gîtes ruraux, des fermes hôtes et des villages de vacances.

Dans la perspective de la Coupe du monde 2030, les autorités locales mettent en œuvre un plan de développement touristique intégré, visant à renforcer l’hébergement en capacité et en qualité, à diversifier la restauration, du gastronomique à la street-food, et à créer des espaces d’animation touristique et culturelle dans les zones stratégiques.

– Peut-on s’attendre à une hausse significative du tourisme dans la région ? Quel positionnement souhaitez-vous mettre en avant ?

– Oui, une hausse significative du tourisme est attendue, grâce à la Coupe du monde, mais aussi aux efforts structurels engagés.

Un levier clé sera l’extension de l’aéroport international de Rabat-Salé, qui triplera sa capacité en passant de 1,5 à 4 millions de passagers par an d’ici 2030, avec un nouveau terminal de 69.000 m² et des parkings modernes. Cette transformation permettra de plus que doubler les arrivées internationales poste-frontière, faisant de Rabat un véritable troisième hub touristique national.

Rabat se positionne comme une destination culturelle premium, durable et connectée, à la croisée des influences arabes, andalouses et africaines, avec plus de 20 sites classés à l’UNESCO et un patrimoine architectural et artistique vivant. La ville développe également une offre forte dans le tourisme de luxe, avec des prestations exclusives et un art de vivre raffiné, dans le tourisme d’affaires (MICE), avec des infrastructures modernes, connectées et accessibles, et enfin dans le tourisme de loisir, autour du patrimoine, de la nature, du littoral, du shopping et de la création contemporaine.

– Comment Rabat peut-elle capitaliser sur cet événement footballistique pour renforcer son attractivité économique et touristique ?

– La Coupe du monde 2030 représente une opportunité historique pour repositionner Rabat sur la scène internationale, bien au-delà du sport. Elle offre une visibilité mondiale exceptionnelle, qui doit être exploitée pour accélérer la transformation de la destination, structurer son offre, attirer de nouveaux publics et inscrire son nom durablement dans l’esprit des voyageurs et des investisseurs.

Sur le plan économique, Rabat pourra attirer de nouveaux investissements directs dans les secteurs stratégiques (hôtellerie, restauration, culture, mobilité, digital, événementiel, etc), dynamiser l’écosystème entrepreneurial local, avec des retombées directes pour les PME, artisans, startups et prestataires, stimuler l’emploi local, à travers les chantiers liés aux infrastructures, à l’accueil, aux services et à la culture. La capitale aura la capacité de renforcer son image de capitale d’affaires, de conférences et de diplomatie, grâce à ses équipements et à son positionnement institutionnel.

Sur le plan touristique, Rabat pourra s’affirmer comme une destination à part entière, alliant patrimoine, nature, art de vivre et innovation, déployer une stratégie de marketing territorial puissante, s’appuyant sur des contenus immersifs, des ambassadeurs de la destination et des campagnes ciblées sur les marchés prioritaires. La Ville Lumières pourra créer une programmation culturelle et événementielle autour de la Coupe du monde, valorisant les atouts identitaires de la ville : patrimoine UNESCO, musées, design, artisanat, musique, gastronomie, et mettre en œuvre des expériences visiteurs fluides et mémorables, pour fidéliser et encourager le retour.

L’objectif est de faire de la Coupe du monde un accélérateur de rayonnement, et de Rabat une destination référence sur la carte du tourisme méditerranéen et africain — moderne, humaine, inspirante et durable.

 

La porte des Oudayas à Rabat
Rabat se positionne comme une destination culturelle premium, durable et connectée, à la croisée des influences arabes, andalouses et africaines, avec plus de 20 sites classés à l’UNESCO et un patrimoine architectural et artistique vivant. Ph : Pexels

– Quels secteurs clés de l’économie locale pourraient bénéficier en priorité de cette dynamique ?

– La Coupe du monde 2030 va agir comme un accélérateur économique pour Rabat et sa région, en générant des investissements directs, en dynamisant les filières liées à l’accueil et en créant des opportunités pour les entreprises locales. Plusieurs secteurs clés bénéficieront de cette dynamique :

1. Le BTP et les infrastructures

• La reconstruction complète du Complexe Moulay Abdellah et des autres terrains de foot, l’extension de l’aéroport de Rabat-Salé, les aménagements urbains autour des axes touristiques et les nouvelles infrastructures hôtelières représentent un investissement estimé à plus de 4 milliards de dirhams.
• Les retombées concernent aussi bien les grandes entreprises que les sous-traitants et artisans locaux du bâtiment, du génie civil, de la signalétique ou de l’éclairage public.

2. L’hôtellerie, la restauration et les services touristiques

• L’afflux attendu de visiteurs étrangers et nationaux stimulera la demande sur l’ensemble de la chaîne d’accueil : hôtels, maisons d’hôtes, restaurants, cafés, traiteurs, services de transport privé, guides touristiques.
• Ce secteur sera un générateur important d’emplois directs et indirects, avec un potentiel de plus de 1 000 créations de postes dans les prochaines années.

3. La culture, l’artisanat et les industries créatives

• Rabat, déjà capitale culturelle du Royaume, verra ses musées, ses festivals, ses lieux d’art contemporain et son artisanat mis en valeur auprès d’un public international.
• Cela renforcera la demande pour les créateurs, artistes, designers, producteurs locaux, mais aussi pour les marchés de la médina, les coopératives et les circuits de découverte culturelle.

4. Le digital, la tech et les solutions intelligentes

• La Coupe du monde 2030 nécessitera des outils technologiques avancés pour la gestion des flux, la billetterie, la sécurité, les traductions en ligne, les visites immersives, ou encore les applications mobiles de destination.
• Ce contexte crée des opportunités pour les start-ups, développeurs, agences digitales et acteurs du numérique dans la région, en lien avec la vision de Rabat comme ville intelligente et connectée.

5. Le commerce et les entreprises de proximité

• L’augmentation du trafic touristique stimulera les secteurs de la vente au détail, des souvenirs, du textile, des produits du terroir, des transports locaux, des agences réceptives, etc.

La médina à Rabat par un temps calme.
Rabat. La ville se prépare, doucement mais sûrement, pour la Coupe du monde.

– Quelles actions sont prévues pour capter la clientèle internationale à Rabat et ses alentours ?

– Afin de tirer pleinement profit de la Coupe du monde 2030 et de capter une part significative des visiteurs internationaux, plusieurs actions concrètes sont mises en œuvre à l’échelle de la ville et de sa région. Ces actions sont articulées autour de trois axes : visibilité, accessibilité et expérience.

Des fanzones seront mises en place dans différents quartiers de la ville. Elles seront bien plus que de simples espaces de retransmission : elles offriront une ambiance festive, une immersion culturelle et une vitrine vivante du patrimoine local à travers des concerts, des animations artistiques, des stands gastronomiques et des activités interactives.

Pour permettre aux visiteurs de découvrir pleinement la richesse du territoire, un programme structuré de plus de 10 circuits touristiques est en cours de développement. Ces circuits seront conçus comme de véritables portes d’entrée vers l’identité plurielle de la région, en s’appuyant sur 12 expériences complémentaires. Chaque circuit bénéficiera de supports en plusieurs langues, d’un encadrement professionnel et sera progressivement intégré dans les circuits des tour-opérateurs et des plateformes de voyages.

D’autre part, des campagnes de communication ciblées seront menées en coordination avec le Centre régional de tourisme (CRT), l’Office national marocain de tourisme (ONMT), les compagnies aériennes et les tour-opérateurs. Elles viseront à intégrer Rabat dans les offres touristiques liées à la Coupe du monde, à renforcer la visibilité de la destination dans les marchés émetteurs prioritaires (Europe, Amérique du Nord, Golfe, Afrique) et à positionner Rabat comme une ville à vivre avant, pendant ou après les matchs.
Et pour finir, des partenariats sont en cours avec les agences de voyages, les plateformes digitales et les réseaux de distribution pour promouvoir Rabat et proposer des séjours sur mesure. Un accueil spécifique est aussi envisagé pour les groupes, délégations, médias et clients VIP.

– En termes de mobilité, d’accueil et d’expérience touristique, quels sont les chantiers prioritaires du CRT pour les années à venir ?

– Pour garantir une expérience fluide, moderne et qualitative aux visiteurs attendus pendant la Coupe du monde 2030 et au-delà, Rabat et le CRT travaillent sur plusieurs chantiers prioritaires, articulés autour de trois grands axes : la mobilité, l’accueil et l’amélioration de l’expérience touristique.

1. Mobilité et accessibilité

• Le chantier d’extension de l’aéroport international de Rabat-Salé, qui fera passer la capacité de 1,5 à 4 millions de passagers par an, est au cœur de la stratégie d’accessibilité. Ce projet fera de Rabat le 3ᵉ hub aérien du pays, après Casablanca et Marrakech.
• Le développement de nouvelles lignes aériennes internationales est en cours, avec un objectif de 15 liaisons directes d’ici 2030.
• La mobilité interne est également une priorité : la ville poursuit l’amélioration du réseau tramway, du transport public et la promotion de la mobilité douce (marche, vélo, circuits piétons touristiques).
• L’un des projets emblématiques est le déploiement d’un bus touristique à impériale, qui permettra aux visiteurs de découvrir les principaux sites d’intérêt de Rabat à travers des circuits commentés, accessibles, pratiques et attractifs.

2. Qualité de l’accueil et signalétique

• Un plan d’amélioration de l’accueil touristique est en cours, ciblant les gares, l’aéroport, les médinas, les plages, les musées et les pôles hôteliers.
• Ce plan prévoit la mise en place de guichets d’information multilingues, une signalétique urbaine moderne et cohérente, et la digitalisation des supports d’orientation (QR codes, cartes interactives, info en temps réel).
• Des dispositifs spécifiques seront mis en place pour l’accueil des groupes VIP, des délégations officielles et des visiteurs internationaux pendant les événements.

3. Expérience visiteur et hospitalité

• La formation des professionnels est un axe prioritaire, avec un objectif de plus de 1 000 personnes formées d’ici 2028 dans les métiers de l’accueil, du guidage, de la restauration et du service.
• L’amélioration de l’expérience passe aussi par l’usage du digital : outils de réservation en ligne, cartographie géolocalisée, informations multilingues, audioguides, etc.
• Enfin, les autorités travaillent à renforcer les standards de qualité dans les hôtels, restaurants, espaces publics et zones de forte fréquentation touristique.
L’objectif est clair : offrir aux visiteurs une expérience fluide, sécurisée, conviviale et immersive, à la hauteur des standards internationaux, et faire de Rabat une destination de référence au-delà de l’événement sportif.

-Selon vous, quels sont les défis majeurs à relever pour que Rabat devienne une destination touristique incontournable sur la carte mondiale ?

-Rabat possède des atouts indéniables pour devenir une destination touristique de premier plan : patrimoine classé à l’UNESCO, capitale culturelle et politique du royaume, offre balnéaire, nature, architecture contemporaine, gastronomie, art de vivre… Mais pour concrétiser cette ambition à l’échelle mondiale, plusieurs défis stratégiques doivent encore être relevés. Tout d’abord, celle de changer la perception internationale de Rabat : Aujourd’hui, Rabat souffre encore d’une image perçue comme principalement administrative.

Le premier défi est donc de faire émerger une nouvelle identité de destination, centrée sur la culture, la modernité, la nature, la sécurité et la qualité de vie. Il s’agit de passer du statut de ville “institutionnelle” à celui de capitale inspirante, humaine et vibrante, à l’image de ce qu’est réellement Rabat.

La capitale a un fort besoin d’amélioration de l’accessibilité aérienne. L’attractivité touristique passe aussi par l’accessibilité. Le chantier d’extension de l’aéroport Rabat-Salé est un pas décisif, mais il devra être accompagné d’une ouverture plus large aux compagnies internationales, d’une politique de promotion des lignes directes et d’une meilleure desserte interrégionale. L’objectif est d’atteindre 1 million de passagers à l’horizon 2030 et de faire de Rabat un point d’entrée compétitif par rapport à Marrakech ou Casablanca.

Il est nécessaire de structurer une offre touristique forte et cohérente. Le potentiel existe, mais il reste parfois dispersé. Le défi est de structurer une offre lisible, segmentée et commercialisable, avec des produits adaptés aux différentes clientèles (loisir, affaires, luxe, culture, sport, famille…). Cela implique la création de packages, la digitalisation de l’offre, et une coordination entre les opérateurs privés et les institutions.

Améliorer la qualité de service et la formation est aussi un défi majeur. L’hospitalité est un pilier de l’expérience touristique. Le renforcement de la formation continue, le développement d’une culture de service, et l’adoption de standards internationaux dans l’accueil, la restauration, l’accompagnement, et la propreté urbaine seront essentiels pour fidéliser les visiteurs.

Le défi restant est de renforcer la promotion et la présence sur les marchés internationaux. Rabat doit être plus visible. Cela implique une présence continue dans les salons professionnels, une stratégie digitale ciblée, une mobilisation d’ambassadeurs de la ville, et des campagnes créatives pour mettre en valeur sa singularité.

Ces défis sont à la fois techniques, organisationnels et symboliques. Mais ils sont à la hauteur du potentiel exceptionnel de Rabat. La Coupe du monde 2030 est une fenêtre stratégique pour accélérer cette transformation et inscrire durablement Rabat sur la carte des grandes capitales touristiques mondiales.

– Enfin, qu’aimeriez-vous que les visiteurs étrangers retiennent de leur passage à Rabat pendant la Coupe du monde 2030 ?

– Nous souhaitons que chaque visiteur reparte de Rabat avec un souvenir vivant, émotionnel et profond. Qu’il ne s’agisse pas seulement d’un match ou d’un séjour, mais d’une rencontre authentique avec une ville à dimension humaine, enracinée dans l’histoire et tournée vers l’avenir.

Nous voulons qu’ils retiennent que Rabat est une capitale élégante et accueillante, qui conjugue patrimoine et modernité ; Une ville ouverte, tolérante, cosmopolite, au carrefour des cultures arabe, andalouse et africaine ; Une destination calme, inspirante, sûre et verte, où il fait bon se promener, s’émerveiller, déguster, échanger et revenir.

Qu’ils se souviennent de l’hospitalité chaleureuse de ses habitants, de la beauté de ses paysages, de l’émotion d’un coucher de soleil sur le Bouregreg, du silence majestueux d’un monument, ou encore du goût d’un plat typique partagé dans une médina vivante.

Notre ambition, au-delà de l’événement sportif, est que Rabat marque les esprits, touche les cœurs et donne envie d’y revenir — et d’en parler. Que la Coupe du monde soit pour beaucoup une première visite… mais jamais une dernière.