La guerre « au sommet » entre les partis politiques en prévision des élections de 2026 n’épargne pas les conseils élus, et Rabat n’échappe pas à la règle.
Après l’épisode des démolitions de plusieurs habitations pour utilité publique validées par le Conseil de la ville, présidé par Fatiha El Moudni (RNI), et la polémique qui s’en est ensuivie, une affaire, actuellement en phase de traitement par la justice, vient ranimer les divergences entre majorité et opposition.
La semaine dernière, trois responsables du Conseil de la ville ont été incarcérés à la suite d’une enquête de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) en relation avec la délivrance indue de diverses autorisations, de violations des règles de l’urbanisme et de dysfonctionnements dans la gestion des ressources humaines de cette collectivité territoriale.
La guerre des communiqués
Concernant ces arrestations, un élu du Conseil de la ville confirme à Médias24 qu’elles ont bien eu lieu la semaine dernière et qu’il s’agit du directeur général des Services, du responsable de la Division de l’urbanisme et du responsable du Service économique. Tous entretiennent de solides relations avec des élus de la majorité, le RNI et le PAM essentiellement.
Médias24 a essayé à maintes reprises d’obtenir un commentaire de la maire de la capitale. Mais Fatiha El Moudni n’a pas donné suite à nos sollicitations et relances. « Elle trouve beaucoup de gêne à évoquer le sujet des arrestations. Mais elle a raison de garder le silence puisque cette affaire est traitée par la justice et en est à ses débuts », explique une source au Conseil de la ville.
De toutes les manières, cette nouvelle affaire a été du pain bénit pour l’opposition, surtout pour les élus de la Fédération de la gauche démocratique (FGD). Ils s’en sont emparés pour critiquer le manque de transparence dans la gestion des affaires de la capitale, revendiquant que le tout soit révélé au public.
Une fois n’est pas coutume, la majorité de Fatiha El Moundi (RNI, MP, UC, PAM et PI) répond par un communiqué commun pour dénoncer les élus de la FGD, disons pour l’ensemble de leur « œuvre ». Le communiqué accuse les élus de cette formation de « graves dérives » dans le langage utilisé dans leurs sorties médiatiques ou participations aux réunions du conseil. Pour la majorité, ces élus n’ont jamais contribué au travail de cette collectivité territoriale par une implication effective dans l’élaboration de programmes ou d’alternatives de développement.
Au contraire. Selon la majorité, leur seul souci est de « semer la zizanie et de créer des crises ». La majorité va jusqu’à accuser les élus de la FGD de recourir aux services de médias étrangers hostiles au Maroc pour ternir l’image des projets de développement que connaît la capitale.
Les élus du PJD, principaux animateurs de l’opposition aux côtés de la FGD, ont diffusé un communiqué où ils demandent à la maire de Rabat de dévoiler les dessous de l’arrestation des trois responsables pour rassurer la population quant à la bonne marche des services de la commune et préserver les intérêts des habitants de la capitale.
Un scénario Rhlalou bis ?
Dans certains cercles de Rabat, on formule la crainte d’un scénario similaire à la crise qui avait été provoquée autour d’Asmaa Rhlalou (RNI). La prédécesseure de Fatiha El Moudni s’était retrouvée complètement isolée, s’étant mis à dos majorité et opposition. Poussée vers la sortie, elle avait fini par remettre sa démission.
« Nous ne sommes pas dans le même scénario et malgré quelques divergences, ce qui est tout à fait normal, Fatiha El Moudni jouit de la confiance des membres de sa majorité », explique une source en interne.
Notre interlocuteur explique que, actuellement, la maire de Rabat est en train de mettre de l’ordre dans son administration. Cela a trait principalement à la réaffectation des délégations de signature entre membres élus et chefs de service.
Au Conseil de la ville de Rabat, le RNI est la première force politique avec 23 élus sur un total de 80. Le PJD et la FGD y sont représentés, respectivement par 8 et 4 élus.