Dans un moment historique pour l’armée de l’air ukrainienne, un avion de chasse F-16 d’ancienne version a abattu pour la première fois un Su-35 russe, rapporte le média allemand Bild. L’engagement s’est déroulé le 7 juin 2025 lors d’une opération menée près de la frontière russe, dans la région de Koursk.
Le pilote ukrainien a tiré un missile air-air AIM-120 AMRAAM qui a touché sa cible près de la ville de Korenevo. Le pilote russe s’est éjecté et a survécu selon la même source.
Cet évènement inédit représente « une information d’une grande richesse stratégique, instructive à plusieurs niveaux », selon notre consultant militaire Abdelhamid Harifi.
Le premier point qu’il souligne est « l’asymétrie technologique apparente entre les deux appareils ». En effet, le F-16 impliqué est un « F-16 AM, une version modernisée mais ancienne, provenant des surplus de la force aérienne néerlandaise ». Contrairement aux versions plus récentes telles que les F-16 Block 52 ou encore le Block 72 « Viper » que le Maroc est en train d’acquérir, cet appareil ne peut être comparé. Face à lui, « le Su-35 représente l’un des fleurons de la technologie de combat aérien russe ». Sur le papier, ce duel semblait donc « joué d’avance« .
Pourtant, ce succès ne repose pas uniquement sur les capacités intrinsèques du F-16. Abdelhamid Harifi met en avant « l’intervention d’un multiplicateur de force : un avion de guet aérien et de commandement suédois », qui utilise « la même technologie que celle du Saab Erieye pakistanais« .
Ce dispositif a joué un rôle décisif à plusieurs égards :
– « Détection à distance » : l’appareil a détecté le Su-35 à une distance estimée entre 250 et 300 kilomètres.
– « Transmission de données » : il a ensuite « transmis les données de ciblage en temps réel au F-16 via une liaison de données sécurisée (Link 16).
Ainsi, « le pilote du F-16 a agi comme un simple exécutant », lançant son missile AIM-120 AMRAAM sur la cible « sans avoir ni à la détecter ni à l’analyser lui-même ». Le pilote est devenu « le bras armé d’un cerveau déporté dans les airs », résume notre expert.
Ce cas illustre parfaitement l’évolution du combat aérien, où « la supériorité ne se mesure plus seulement à la puissance brute d’un avion, mais à l’intégration des systèmes et à la coordination entre plateformes ».
Un enseignement stratégique pour le Maroc face à la montée en puissance régionale
Selon notre consultant, cette démonstration tactique offre « un enseignement stratégique capitale pour le Maroc », dans un contexte marqué par l’annonce de l’acquisition d’avions de chasse de 5ᵉ génération Su-57 par l’Algérie.
« La réponse ne réside pas nécessairement dans une course à l’armement coûteuse », affirme-t-il. À l’heure où le Maroc engage d’importants investissements dans des projets structurants – organisation de la Coupe du monde 2030, développement massif des infrastructures, déploiement de programmes sociaux –, l’acquisition d’appareils de type F-35 « apparaît difficilement soutenable à court terme ».
En revanche, le Royaume aurait tout à gagner à s’inspirer du modèle ukrainien : « investir dans les multiplicateurs de force, tels que les avions de guet aérien (AEW&C), est une alternative intelligente, économiquement viable et stratégiquement redoutable ». Une flotte bien dimensionnée de ce type de plateformes permettrait au Maroc de « compenser un éventuel déficit technologique ou numérique », tout en renforçant considérablement la létalité et la résilience de ses chasseurs existants.
« Ce n’est pas l’avion qui compte, c’est le réseau dans lequel il s’insère », résume M. Harifi. Dans une architecture bien pensée, même un F-16 moins avancé peut devenir « une menace stratégique sérieuse », dès lors qu’il est guidé par des capteurs puissants et intégrés dans un système de commandement efficace.
Une stratégie de dissuasion qualitative
Ce modèle de défense n’implique pas une escalade militaire, mais « une approche de dissuasion qualitative », affirme notre expert. L’idée n’est pas de rivaliser avion contre avion, mais de bâtir un système cohérent, interconnecté et capable de répondre à toute agression de manière crédible.
« Cet événement démontre que la performance individuelle d’un avion ne suffit plus. Ce qui fait la différence aujourd’hui, c’est la capacité à créer un système de systèmes« , souligne-t-il. C’est cette logique d’intégration, déjà mise en œuvre par certaines puissances moyennes, qui permet de « maintenir un équilibre stratégique sans s’engager dans une course quantitative ruineuse ».
Pour le Maroc, qui modernise progressivement son arsenal militaire tout en préservant son équilibre budgétaire, cette voie pourrait constituer une réponse efficace, adaptée à la réalité géopolitique régionale.