Ce mercredi 11 juin 2025, au siège de Bank Al-Maghrib à Rabat, l’université a donné le coup d’envoi de la réflexion autour de son futur Plan stratégique 2025-2030. L’occasion aussi de marquer une étape symbolique : ses 30 ans d’existence.
Dans une intervention empreinte de recul et de clarté, Abdellatif Jouahri, président du conseil d’administration, a retracé les grandes étapes de l’histoire de l’université, rappelant sa mission fondatrice qui est d’offrir au Maroc un modèle académique d’excellence, inspiré des standards internationaux.
Il a insisté sur la capacité d’Al Akhawayn à évoluer avec son temps, en phase avec les priorités du pays. « Nous sommes une université qui s’adapte aux besoins du pays, du gouvernement, de la société ».
Amine Bensaïd, président de l’université depuis 2019, est quant à lui venu présenter un projet qui ne s’inscrit pas dans une simple logique de planification. Ce qu’il défend, c’est une transformation profonde. Pas une rupture brutale, mais un glissement résolu vers une nouvelle culture éducative, fondée sur l’adaptabilité, l’esprit critique et la responsabilisation des étudiants. Une transformation des contenus, oui, mais surtout des mentalités.
Changer le mindset des étudiants, un enjeu de fond
Former à des savoirs ne suffit plus. Pour Amine Bensaïd, c’est la manière de penser, de réagir à l’échec, de s’accrocher face à l’incertitude qui devient aujourd’hui centrale. « Nous ne cherchons pas seulement à transmettre des connaissances, mais à transformer la manière dont les étudiants abordent les défis ».
Il s’appuie sur une étude menée avec l’UM6P et le MIT. Résultat marquant : lorsqu’un étudiant marocain est confronté à un obstacle, il change souvent d’idée. À l’inverse, un étudiant du MIT persiste jusqu’à la concrétisation. Ce décalage, explique-t-il, renvoie à une dimension essentielle : les habitudes de l’esprit. Et c’est précisément ce que le modèle Liberal Arts d’Al Akhawayn cherche à développer : un modèle éducatif, inspiré des universités américaines, qui ne cloisonne pas les savoirs. Il vise à former des esprits ouverts, capables de relier les idées, de poser des questions complexes, de raisonner de manière critique et de communiquer efficacement.
C’est dans cette logique que s’inscrit ce qu’Amine Bensaïd appelle le mindset entrepreneurial, une posture qui s’appuie sur des qualités comme la résilience, la curiosité, l’initiative et la constance. Et si ce changement de posture prend du temps, les signaux sont encourageants.
Les étudiants d’Al Akhawayn s’engagent de plus en plus dans des dynamiques entrepreneuriales concrètes, soutenues notamment par les incubateurs de l’université. Ces structures offrent un cadre pour expérimenter, innover, tester des idées et collaborer avec des chercheurs, des experts et des mentors.
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, plus de 920 étudiants ont participé à des programmes d’entrepreneuriat et d’innovation, sans y être contraints, preuve qu’un changement de culture est bel et bien en cours.
Former à l’intelligence artificielle, sans perdre l’humain
Mais l’université ne s’arrête pas là. Elle investit massivement un autre terrain : celui de l’intelligence artificielle. Et pas de manière opportuniste. « Nous avons un master en IA depuis 1995 », rappelle Amine Bensaïd. Dès l’année prochaine, seize nouveaux programmes viendront enrichir son offre, dont plusieurs axés sur l’IA appliquée à des secteurs stratégiques comme la fintech, la cybersécurité ou les systèmes intelligents.
Mais l’ambition de l’université ne s’arrête pas à la formation des étudiants. Elle s’étend aux enseignants qu’elle prépare activement à intégrer l’IA dans leurs pratiques pédagogiques. Grâce à des partenariats avec des universités américaines, les professeurs sont formés et certifiés pour utiliser ces outils de manière pertinente, avec un seul objectif : mieux accompagner les étudiants, en adaptant l’enseignement à leurs besoins et à leurs capacités.
L’IA devient ainsi un moyen de rendre la pédagogie plus fine, plus réactive, et véritablement centrée sur l’élève.
Mais ici encore, la prudence est de mise. « La génération Z est hyperconnectée. L’IA les fascine, mais elle peut aussi devenir une source de stress, voire d’isolement. Notre mission, c’est aussi de les protéger ».
C’est pourquoi Al Akhawayn développe une approche équilibrée : intégrer l’IA sans déshumaniser, renforcer les dispositifs de soutien psychologique et préparer les jeunes à évoluer dans un monde automatisé sans y perdre leur boussole intérieure.