Le général Michael Langley, patron du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) s’exprimait le mardi 10 juin devant le Comité des forces armées de la Chambre des représentants, lors d’une audition consacrée à la situation sécuritaire sur le continent africain.

Interrogé par le représentant républicain Abe Hamadeh sur la possibilité d’un transfert du siège d’AFRICOM en Afrique, le général Langley a été clair : « D’un point de vue opérationnel, l’analyse coûts-avantages ne justifie pas une telle dépense ». Et d’ajouter : « Le coût d’un déménagement serait considérable pour notre budget. Compte tenu de l’investissement requis, nous n’en retirerions aucun bénéfice opérationnel ».

Le chef d’AFRICOM, en poste depuis août 2022, a néanmoins tenu à saluer l’engagement du Maroc dans la coopération sécuritaire. « Le Maroc est un partenaire exemplaire. Ce qu’il accomplit en matière de sécurité, notamment en Afrique subsaharienne, est remarquable », a-t-il affirmé.

Accueillir l’AFRICOM, une option non envisageable pour le Maroc non plus

Pour notre consultant militaire Abdelhamid Harifi, l’éventualité d’un transfert du siège de l’AFRICOM au Maroc n’aurait « aucune chance d’aboutir », du moins en ce qui concerne le Royaume. En cause : une doctrine historique fondée sur la souveraineté nationale et une vision singulière de la sécurité régionale.

« Le Maroc n’est pas un terrain ouvert à l’installation de bases étrangères permanentes », rappelle Abdelhamid Harifi. Cette position n’est pas nouvelle. « Lors de la création de l’AFRICOM, le Royaume avait déjà été sollicité et avait décliné l’offre ».

Cette posture découle d’une lecture stratégique profondément ancrée dans l’histoire. « Elle est renforcée par les leçons du passé, notamment les incidents liés à la présence américaine à Kénitra dans les années 1970 », souligne-t-il. Selon lui, « le Maroc n’a aucune intention de voir son territoire utilisé pour des opérations qui pourraient ne pas être alignées avec sa propre vision stratégique pour le continent ».

Une autre vision de la sécurité africaine

« La stratégie royale repose sur une approche de stabilité par le développement », explique Abdelhamid Harifi. Le Royaume se positionne comme un « pôle de paix et de sécurité« , et mise sur le soft power : « investissement, création de valeur ajoutée, coopération économique et initiatives de développement, comme celles menées au Sahel ».

« Pour autant, la coopération sécuritaire avec les pays africains est solide et se renforce », concède-t-il. Mais le Royaume se refuse à ce que son sol serve de base opérationnelle. « Mener des opérations militaires depuis le sol marocain dans d’autres territoires constituerait une violation de leur souveraineté et pourrait nuire à la crédibilité diplomatique du Maroc ».

Abdelhamid Harifi résume la situation en une équation diplomatique simple mais intransigeante. « Deux réalités se confrontent. D’une part, les Américains, bien que reconnaissant la pertinence stratégique du Maroc, ne sont pas prêts à en assumer le coût financier. D’autre part, le Maroc, fidèle à son principe de souveraineté, ne souhaite pas accueillir de base permanente sur son territoire ».

Et de conclure : « Il est donc hautement improbable, dans le contexte actuel, que le siège de l’AFRICOM soit transféré au Maroc, ni même dans un autre pays africain à court terme ».

Pour rappel, le siège d’AFRICOM est installé à Stuttgart depuis sa création en 2007.