Loin d’être seulement une simple course à l’armement, la modernisation des Forces armées royales (FAR) est une réponse calculée à un « paysage régional en mutation ». Le rapport allemand identifie plusieurs facteurs : les ambitions d’un voisinage immédiat, « l’instabilité » croissante au Sahel et les « activités séparatistes dans le Sud, soutenues par des acteurs extérieurs ». Face à ce tableau complexe, le Maroc a opté pour une « approche qualitative avec un fort accent sur les systèmes aériens », privilégiant la précision, l’information et la supériorité technologique sur la masse.

L’arsenal de la supériorité technologique

Au cœur de cette transformation figure un arsenal de pointe. Les drones turcs Bayraktar TB2 et, plus récemment, les redoutables Akinci, ont révolutionné les capacités de « renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) » des FAR. L’analyse souligne que l’Akinci, avec « une endurance de 40 heures et une portée de 7.500 kilomètres« , offre une capacité de frappe en profondeur et de guerre électronique qui change la donne, notamment pour surveiller les menaces transfrontalières émanant du Sahel.

Cet arsenal aérien est en train d’être complété par des hélicoptères de combat AH-64 Apache et des chasseurs F-16 Block 70/72, décrits comme des plateformes de pointe garantissant une supériorité aérienne. Au sol, les systèmes d’artillerie de précision comme le Caesar français et l’Atmos 2000 israélien, couplés aux futurs missiles HIMARS, complètent ce dispositif en offrant une puissance de feu mobile, précise et adaptée au terrain.

Un leader régional, partenaire clé de l’Occident

Cette montée en puissance positionne le Maroc bien au-delà de ses propres frontières. Le rapport le décrit comme « un acteur clé dans la lutte contre l’instabilité au Sahel » et un partenaire de plus en plus crucial pour les puissances mondiales. Alors que les États-Unis et la France se retirent de certaines zones, le Maroc, avec ses capacités et sa stabilité, apparaît comme un « partenaire fiable pour ancrer les initiatives de sécurité ».

Son statut de membre du « dialogue méditerranéen » de l’OTAN et d’hôte de l’exercice African Lion témoigne de son « interopérabilité avec les systèmes de l’OTAN », en faisant un allié précieux. « La participation du Maroc le positionne comme un partenaire clé dans la lutte contre les menaces basées au Sahel, renforçant sa souveraineté par des alliances plus profondes », note l’analyse.

Vers une souveraineté industrielle et multidomaine

La vision marocaine ne se limite pas à l’achat d’équipements. L’un des piliers de cette stratégie est le développement d’une « industrie de défense souveraine« . L’annonce de l’ouverture prochaine d’une usine de production et de maintenance de drones Baykar au Maroc est une illustration concrète de cette ambition. L’objectif est de réduire la dépendance extérieure, de favoriser les transferts de technologie et de créer un écosystème industriel local.

Parallèlement, le Maroc diversifie ses partenaires stratégiques – États-Unis, Turquie, France, Israël – pour renforcer son « autonomie stratégique » et éviter une dépendance excessive à l’égard d’un seul fournisseur.

L’avenir, selon le rapport, s’oriente vers deux nouveaux fronts : le domaine naval et le cyberespace. Face à une façade maritime de plus de 3.500 km et à des menaces comme les cyberattaques, le Maroc est « prêt à renforcer ses capacités navales et à développer une expertise en matière de guerre hybride ».

La création d’une « armée cyber robuste » et l’investissement dans une marine capable de protéger sa zone économique exclusive (ZEE) sont les prochaines étapes logiques pour faire du Maroc une « puissance multi-domaine polyvalente », assurant sa souveraineté sur terre, en mer, dans les airs et dans le cyberespace.