Le conflit entre Israël et l’Iran, au Moyen-Orient, a projeté ses ombres sur les marchés, notamment sur celui du pétrole.
Dans cette région se trouvent six des dix plus grands producteurs mondiaux de pétrole. Parmi eux figure l’Iran, quatrième producteur de l’OPEP. Un tel conflit, qui en est encore à ses premiers stades mais qui pourrait s’aggraver, s’annonce potentiellement néfaste pour l’économie mondiale.
Une inflation, déclenchée par la hausse des prix du pétrole, serait le premier et le plus redoutable des impacts. Surtout pour les pays exposés aux fluctuations du marché, ne disposant ni de capacités importantes de stockage ni d’infrastructures de raffinage développées, comme c’est le cas du Maroc.
Le pétrole dépasse les 75 $ le baril
Au moment de la publication de cet article, le prix des contrats à terme sur le Brent affiche 75,4 dollars le baril, soit le niveau le plus élevé depuis le 20 février, où le Brent avait atteint 76 dollars.
Ces prix ne reflètent pas les prix spot (au comptant), mais bien les prix des contrats à terme prévus pour une livraison en août.

Ainsi, dans l’univers des marchés à terme, les prix ne sont pas de simples unités de mesure de valeur et d’échange, ils constituent un véritable miroir des anticipations des investisseurs.
Le fait que les prix du pétrole à livrer en août dépassent les 75 dollars indique que les investisseurs exigent une prime de risque conséquente dans leurs transactions. Cela traduit également un environnement de plus en plus incertain.Depuis le début du conflit, le prix du Brent a augmenté de près de 9% par barilDepuis l’émergence des échos du conflit et de la menace d’une attaque imminente contre les infrastructures nucléaires iraniennes, le prix du baril de Brent est passé de 66,9 dollars le 10 juin 2025 à plus de 75 dollars au moment de la publication de cet article, soit une hausse de 12,8%.
Le marché a intégré dès le 5 juin une prime de risque croissante, en lien avec la montée des tensions régionales. Même si l’approvisionnement mondial reste stable, les opérateurs redoutent une perturbation potentielle du détroit d’Ormuz.
Dans le même sens, la sphère politique iranienne a, selon plusieurs sources, officiellement délégué à l’armée le pouvoir de décider du blocage du détroit d’Ormuz, ce qui constitue un signal d’alerte majeur pour les marchés. En parallèle, les Houthis, soutenus par l’Iran, pourraient, sur ordre de Téhéran, nuire à la navigation commerciale dans le détroit de Bab el-Mandeb, autre point névralgique des routes maritimes.
Si ces deux axes venaient à être bloqués simultanément, plus de 20% des flux mondiaux de pétrole seraient interrompus, auxquels s’ajouterait une part significative des échanges commerciaux maritimes entre l’Asie, l’Europe et la corne de l’Afrique.
Le marché réagit davantage au signal politique qu’à des faits concrets
Contactée par Médias24, Rebecca Babin, directrice générale chez CIBC Private Wealth US et spécialiste reconnue des questions énergétiques et géopolitiques, estime que la principale dynamique haussière sur les prix du pétrole ces dernières heures est davantage liée au revirement de ton de Donald Trump qu’à des éléments concrets sur le terrain.
« Aujourd’hui, nous avons observé une nouvelle hausse de plus de 2% des prix du pétrole. Sur le plan opérationnel, rien ne justifie cette évolution. Ce qui a véritablement déclenché cette poussée, c’est le changement de posture de Donald Trump lors du sommet du G7. Il a affirmé qu’il ne cherchait pas un cessez-le-feu entre l’Iran et Israël, mais ‘mieux qu’un cessez-le-feu’, avant de quitter prématurément le sommet pour convoquer une réunion avec le Conseil de sécurité américain. Les marchés ont interprété ce signal comme une possible implication directe des États-Unis dans le conflit », explique-t-elle.
Rebecca Babin souligne que le principal risque perçu par le marché reste le blocage du détroit d’Ormuz, mais que les hausses de prix actuelles relèvent davantage de primes de risque que de perturbations réelles.
« Pour l’instant, aucun flux de pétrole n’a été touché. Les exportations se poursuivent normalement. Ce que l’on observe, ce sont des anticipations intégrées aux prix, pas encore des effets physiques », poursuit notre source.
Elle avertit néanmoins que si la situation dégénère, les conséquences seront particulièrement graves pour les pays fortement dépendants des importations de pétrole. « Si les choses explosent, ce sera catastrophique, surtout pour les pays à forte consommation ou qui n’ont ni capacités de raffinage suffisantes ni réserves stratégiques. Ils devront payer plus cher non seulement pour le brut, mais aussi pour le raffiné », conclut-elle.
Il convient de souligner que, depuis fin décembre 2024, le dollar s’est déprécié face à l’euro, passant d’un taux de change euro/dollar de 1,03 à 1,15. Cette évolution peut contribuer à atténuer d’éventuelles hausses du prix du pétrole, étant donné que la facture énergétique est globalement libellée en dollars.