Vicenne signe la première introduction en bourse de l’année 2025, devenant la deuxième entreprise du secteur de la santé à faire appel au marché après Akdital.
Ce 19 juin, lors de sa conférence de presse, le groupe a présenté les grandes lignes de cette opération qui marque une nouvelle étape dans son développement, après plus de trente ans d’activité dans les équipements, les consommables et les services médicaux.
Les objectifs stratégiques derrière l’introduction en bourse
L’opération, structurée sous la forme d’une augmentation de capital de 500 MDH au prix de 236 DH l’action, valorise le groupe à près de 1,9 MMDH.
« C’est de l’augmentation de capital exclusivement, pour financer notre croissance et nos fortes ambitions. Les objectifs sont très clairs : saisir des opportunités d’investissement et de croissance, interne ou externe, pour déployer la stratégie définie », précise Adnane Zerhouni, directeur général du groupe Vicenne.
« On a un pipeline de projets, essentiellement en croissance externe, de l’ordre de 700 MDH. Ce sont des discussions en cours et, évidemment, un deal n’est jamais fait jusqu’à ce qu’il soit finalisé. Mais nous continuons à screener le marché ».
Deux ou trois acquisitions pour un montant global de l’ordre de 700 millions de dirhams
Au-delà de ces investissements, l’introduction vise aussi à « accroître la notoriété de la société auprès des partenaires, des clients, des fournisseurs et du public », tout en garantissant un accès pérenne au marché des capitaux pour soutenir la stratégie de long terme.
« Cela nous pousse à être aux meilleures normes de gouvernance, ce qui est déjà notre cas, et c’est aussi important pour nous et pour les actionnaires ».
À l’issue de l’introduction en Bourse, le capital de Vicenne reste principalement contrôlé par ses actionnaires historiques et partenaires stratégiques. Best Financière conserve 34,80% du capital, suivi d’Amethis Fund II SCA SICAR avec 24,80% et d’Adil Bennani, qui détient 15,40%. Moufid Benkirane conserve de son côté une participation de 4,20%, tandis que les autres actionnaires minoritaires hors marché représentent une part résiduelle de 0,10%.
L’introduction en Bourse permet de constituer un flottant de 20,70%, désormais accessible aux investisseurs du marché.
Un business plan ambitieux, soutenu par les besoins structurels du secteur santé
Les projections financières de Vicenne, présentées dans le cadre de l’introduction en bourse, reposent sur un business plan établi en base pre-money, c’est-à-dire sans intégrer encore les ressources levées via l’opération.
Après avoir doublé son chiffre d’affaires en quatre ans, avec une croissance moyenne supérieure à 20% par an, le groupe table désormais sur une croissance annuelle moyenne de 11,7% du chiffre d’affaires sur l’horizon 2025-2030.
L’Ebitda devrait progresser de 16% à 17% par an, sous l’effet des économies d’échelle, de l’optimisation des opérations et de la montée progressive des revenus récurrents.
Le résultat net est attendu en forte progression, passant de 117 MDH en 2025 à 230 MDH en 2030, soit un rythme de croissance annualisé de 14,4%.
Cette trajectoire s’appuie sur plusieurs leviers : la poursuite des investissements hospitaliers, la modernisation du tissu médical public et privé, l’élargissement de la couverture médicale universelle et la transition démographique qui accroît les besoins en soins spécialisés et en équipements lourds.
Chaque ouverture de nouvel établissement de santé génère mécaniquement une demande supplémentaire en équipements, consommables et services associés.
En parallèle, la part des revenus récurrents issus des contrats de maintenance, des consommables implantables, des réactifs de laboratoire et de la gestion des déchets médicaux devrait passer de 38% du chiffre d’affaires en 2024 à 51% en 2030.
Lorsqu’on ajoute les fonds levés et l’effet de levier supplémentaire qu’ils peuvent générer, notre capacité d’investissement approche désormais le milliard de dirhams
Un acteur intégré au cœur de la technologie médicale
Vicenne construit son modèle autour d’un métier d’intégrateur de solutions médicales à haute valeur ajoutée technologique.
Contrairement à une approche de simple distribution, le groupe intervient dès l’expression du besoin des établissements de santé, en accompagnant ses clients sur l’ensemble de la chaîne : définition des solutions techniques, conception des projets, installation des équipements, formation des praticiens et maintenance opérationnelle des dispositifs.
« Nous ne sommes pas un simple distributeur d’équipements ou de machines. Nous sommes un fournisseur et un intégrateur de solutions et de services à forte compétence technologique », souligne la direction.
Cette intégration complète permet au groupe de proposer à ses partenaires hospitaliers des solutions sur mesure, adaptées aux spécificités médicales, budgétaires et organisationnelles des structures qu’il équipe.
L’expertise technique constitue l’un des piliers du modèle Vicenne. Le groupe s’appuie sur une équipe de 310 collaborateurs, dont 70 ingénieurs et techniciens biomédicaux certifiés sur les différentes technologies déployées. Cette capacité interne permet de garantir un haut niveau de réactivité, de qualité de service et de suivi opérationnel.
« La santé d’aujourd’hui est devenue totalement technologique. Il n’y aura plus de diagnostic sans technologie », affirme Adnane Zerhouni.
Dans cet environnement fortement spécialisé, la concurrence reste relativement limitée. Les spécificités techniques des équipements, la complexité des installations et la qualité du service constituent autant de barrières à l’entrée qui réduisent le nombre d’acteurs réellement positionnés.
En radiothérapie, nous avons un seul concurrent direct. Dans les autres métiers, selon les spécialités, la concurrence active se limite généralement à cinq ou six opérateurs au maximum
Un acteur multi-métiers, positionné sur toute la chaîne critique des soins
Créé il y a plus de trente ans, Vicenne s’est progressivement imposé comme un acteur de référence sur le marché marocain des équipements et solutions médicales à forte composante technologique. Le groupe déploie aujourd’hui ses activités à travers cinq grands métiers complémentaires, couvrant l’ensemble de la chaîne critique des soins de santé.
Le premier pilier d’activité porte sur les équipements lourds et semi-lourds, avec des dispositifs de radiothérapie (accélérateurs linéaires à particules), d’imagerie médicale (scanners, IRM, blocs opératoires, respirateurs, moniteurs) ou encore de biologie médicale (automates de laboratoire). Vicenne collabore avec des fournisseurs mondiaux de premier plan, tels que Elekta pour la radiothérapie, Philips pour l’imagerie, Mindray pour les équipements de blocs et Beckman Coulter pour la biologie.
Le deuxième segment concerne les consommables et implantables à haute technicité, principalement utilisés en cardiologie (stimulateurs cardiaques, valves, dispositifs implantables), ORL (implants cochléaires) et oncologie. À travers ces spécialités, Vicenne accompagne directement les praticiens jusqu’au bloc opératoire.
« Nos ingénieurs biomédicaux sont présents aux côtés des médecins, y compris lors des premières interventions, afin de garantir une maîtrise parfaite des dispositifs implantés », souligne M. Zerhouni.
Le troisième pilier repose sur les services de maintenance et d’assistance technique, véritable cœur du modèle intégré du groupe. Chaque équipement installé donne lieu à des contrats de maintenance préventive et curative, indispensables au maintien de la performance des dispositifs et à la sécurité des soins. Cette activité de services constitue également une source croissante de revenus récurrents.
À ces métiers historiques s’ajoute depuis peu une quatrième activité dédiée au traitement des déchets médicaux à risque infectieux (DASRI), secteur hautement régulé et en pleine structuration au Maroc. Acquise récemment, cette activité vise à tripler de taille sur l’horizon du business plan, avec un objectif de maillage territorial élargi et de logistique optimisée.
Enfin, Vicenne déploie depuis quelques années un cinquième axe de développement à l’international, principalement en Afrique de l’Ouest francophone. Déjà présent au Sénégal et en Côte d’Ivoire, le groupe entend y répliquer progressivement son modèle intégré, avec une montée en puissance attendue après 2028-2030, en parallèle de la croissance toujours soutenue attendue sur le marché marocain.