Le site archéologique de Chellah est un bijou de la capitale. Aux abords des remparts, les Rbatis adorent s’y rendre pour flâner et faire des pique-niques avec une vue imprenable sur le Bouregreg.
Le lieu est avant tout un site patrimonial d’exception. Il a été classé monument historique depuis 1920, puis patrimoine mondial de l’UNESCO en 2012.
Le chantier de restauration du Chellah a été lancé en 2019 et rentre dans le cadre du programme royal “Rabat, ville lumière, capitale marocaine de la culture”. En 2023, les travaux ont été accélérés sous l’impulsion de la Société de développement régional Rabat Région Patrimoine historique (RRPH).
Le projet a été supervisé par une équipe pluridisciplinaire composée d’architectes, de conservateurs du patrimoine et d’archéologues. Mustapha Ramdani, conservateur du site archéologique rbati, affirme à Médias24 que ces personnes ont veillé à la “préservation de l’authenticité de l’ensemble des édifices” restaurés. Les actions se sont limitées à des “opérations de consolidation”.
Conserver l’âme de Chellah
La restauration a été pensée dans une logique de conservation intégrale, comme nous l’explique Mehdi Hameda Benchekroun, président du Centre régional de tourisme (CRT) de Rabat-Salé-Kénitra : “Chaque pierre, chaque ruine, chaque recoin du site a été traité avec respect archéologique et sensibilité esthétique, afin de préserver ce qui constitue l’âme plurimillénaire du lieu. Il ne s’agit pas d’une simple restauration technique, mais d’un acte culturel et patrimonial fort, fidèle à la vision royale d’un Maroc fier de ses racines et résolument tourné vers l’avenir”.
Ces dernières années ont permis de retrouver l’âme de Chellah. Le projet a résulté en la création de nouveaux équipements (service sanitaire, une salle polyvalente transformée en café), la restauration de la muraille et de la grande porte, etc. Mustapha Ramdani nous explique qu’un tout nouveau circuit touristique a été créé, en plus d’un système audioguidé.

Pour le président du CRT Rabat-Salé-Kénitra, la transformation est “profonde mais subtile”. Désormais, le Chellah propose un parcours de visite structuré autour de 29 points d’intérêt, reliés par des allées paysagères élégamment intégrées dans l’environnement naturel. Chaque station est accompagnée de panneaux explicatifs multilingues, conjuguant rigueur scientifique et accessibilité grand public.
L’expérience sensorielle du lieu a été repensée. “Les visiteurs ne sont plus de simples spectateurs, mais des acteurs d’un voyage historique, au croisement de la civilisation romaine, de l’époque mérinide et de la mémoire contemporaine”, précise Mehdi Hameda Benchekroun.
Le site est désormais plus lisible, plus accueillant, plus vivant
Voyage dans le temps
Le site archéologique de Chellah est riche, c’est plus de 2000 ans d’histoire à ciel ouvert. Les visiteurs voyagent dans le temps en naviguant entre les périodes, de l’antiquité romaine, en passant par le temps des marabouts, jusqu’à la période mérinide.
Pour Mehdi Hameda Benchekroun, les visiteurs peuvent découvrir à Chellah les fondations de la cité romaine Sala Colonia, les restes majestueux de la nécropole mérinide, un jardin méditerranéen foisonnant, des bassins mystérieux et des voûtes silencieuses où le temps semble suspendu.

L’expérience est enrichie par une boutique de souvenirs inspirés des motifs historiques du site. Le président du CRT affirme qu’il y aura bientôt des dispositifs immersifs numériques (mapping, reconstitutions 3D, etc.) qui offriront une découverte interactive et sensorielle, en particulier pour les jeunes publics.
Une première à Chellah. Les visiteurs peuvent bénéficier d’une visite audioguidée. Pour Mustapha Ramdani, cette expérience est “essentielle” puisqu’elle permet aux visiteurs de comprendre l’histoire du site, sans intermédiaire.

Et sa fréquentation touristique ?
Le site archéologique est reconnu pour sa diversité et sa richesse. Il attire en moyenne 900 visiteurs par jour. La fréquentation étrangère représente environ “un tiers des entrées quotidiennes, avec une forte présence de visiteurs européens”, notamment français, espagnols et italiens, précise le responsable du CRT Rabat-Salé-Kénitra. Toutefois, il y a une émergence du “tourisme panarabe et nord-américain, notamment porté par la diaspora marocaine”. Ces MRE reviennent pour découvrir ou redécouvrir l’héritage de leur terre natale.
Cette diversité de visiteurs témoigne de la puissance évocatrice du lieu et de la réussite de sa mise en valeur
Le site de Chellah se transforme, souvent, en écrin pour les événements culturels de la ville-lumière. Le lieu accueille désormais des concerts, des spectacles vivants, des lectures poétiques et des rencontres artistiques, “dans un format qui respecte scrupuleusement l’intégrité du lieu”, souligne le président du CRT.

Chellah se métamorphose et accueille des soirées de musique andalouse et soufie, organisées en partenariat avec les conservatoires de la région. Le lieu reçoit des rencontres internationales de poésie. Le festival Chellah en Scène est un des événements phares du lieu, avec une programmation mêlant musique du monde, patrimoine et création contemporaine.